S.Royal craint "l'immobilisme" de Sarkozy
La socialiste estime que malgré "l'agitation" du président, "les réformes les plus douloureuses n'ont pas été
faites".
Interrogé sur les premiers mois de mandat de son rival au second tour de la présidentielle, l'ex-candidate du PS déclare: "Si on ne veut pas entrer dans la caricature, je dois lui reconnaître sa capacité de mouvement. Certains la jugeront excessive. C'est son style. L'important c'est d'avoir un style et ce n'est pas négatif."
"Nous avons quelqu'un qui démontre, au moins dans la forme, sa volonté que ça marche. Mais paradoxalement, le principal risque c'est celui de l'immobilisme", ajoute-t-elle.
"Vaste coalition de la gauche, des altermondialistes et du Modem"
Concernant les élections municipales de 2008, la présidente de Poitou-Charentes estime que "la question se pose d'une vaste coalition de la gauche, des altermondialistes et du Modem, sur des projets municipaux. Mais pas de façon désordonnée."
"Sur la responsabilité et la morale politiques, la dépense publique, il y a plein de questions sur lesquelles on peut se retrouver avec les centristes mais en évitant que ce soient des alliances à la carte qui risqueraient d'émietter le parti socialiste, ce qui serait regrettable. Avec le Modem qui a refusé toute proposition, les choses peuvent évoluer", poursuit-elle.
Un livre fin octobre
L'ancienne députée indique en outre que son prochain livre paraitra "fin octobre". "C'est un bilan mais aussi une volonté de ne pas oublier la leçon", déclare-t-elle.
"Ségolène Royal peut conduire la rénovation du PS"
Alors que la candidate socialiste à la présidentielle fait aujourd'hui sa rentrée politique à la fête de la Rose de Melle, Jean-Louis Bianco parle de la "nouvelle" Ségolène Royal. Malgré les sondages et les prétendants, malgré les turbulences et les trahisons, elle reste pour lui la meilleure, un incontournable leader, et doit "tenir une place de premier choix".
Quel rôle peut jouer désormais Ségolène Royal dans la rénovation du PS ?
Jean-Louis Bianco : "Elle est armée pour jouer un rôle de tout premier plan. Pas exclusif, mais elle a deux atouts énormes:son charisme, intact, elle a rassemblé 17 millions d'électeurs, les gens continuent à lui dire merci, sa force attractive est impressionnante. Son deuxième atout, c'est son intuition. Elle bouscule les tabous, elle a eu ce courage là, et elle a surpris tout le monde. François Mitterrand disait : "Le socialisme n'est pas une momie entourée de bandelettes", Ségolène Royal va dans ce sens, elle le prouvera encore dans l'avenir. Mais je pense que la refondation du parti socialiste prendra au moins un an.
Elle reconnaît elle-même avoir fait des erreurs, mais ne dit pas lesquelles. Pour vous quelles sont ces erreurs?
J. L. B. : Dans le séminaire de bilan qu'elle a réuni en juillet, tous les avis ce sont exprimés et nous reconnaissons tous que la défaite venait de loin. Face à l'appareil UMP, ses slogans et son organisation, le PS est resté lui à mi-chemin de sa rénovation. Nicolas Sarkozy a bien capté le moment individualiste des Français, Ségolène Royal est arrivée avec des idées en décalage, sans avoir eu le temps de les adapter. Sur l'emploi et l'économie par exemple, nous avions de bien meilleures propositions mais nous avons été incapables de les identifier et de les expliquer aux Français.
Il y a eu aussi des erreurs dans le tempo de la campagne. Nous n'avons pas réagi au show de Versailles de Nicolas Sarkozy, nous devions expliquer alors le revers de sa méthode. On a continué sur la démocratie participative où il s'est passé des choses étonnantes, formidables, ce n'était pas du pipeau, mais nous n'avons pas su communiquer au bon moment.
Ségolène Royal fait sa rentrée face aux éléphants mais aussi face à une génération montante. Quels sont ses rapports avec eux?
J. L. B : La génération montante est très proche d'elle. J'ai des contacts amicaux et étroits avec certains comme Gaëtan Gorce, Vincent Peillon ou Manuel Valls qui ont beaucoup travaillé avec Ségolène Royal et je sais que sa priorité à elle c'est de travailler ensemble. Le danger c'est toujours que l'ambition personnelle prenne le dessus mais je suis confiant, il y a actuellement une bonne qualité de contacts, tout est ouvert. On a parlé ces jours-ci d'une "nouvelle" Ségolène Royal, c'est vrai, après une campagne épuisante, après la défaite, après l'auto-critique, elle revient sereine et calme, elle est en pleine forme.
Avez-vu lu ou contribué au livre qu'elle publie sur sa défaite?
J. L. B : Non, c'est un livre très personnel. Elle m'en a parlé il y a quelques jours, je crois qu'il était nécessaire pour elle de donner sa vision d'une défaite, de raconter comment les choses s'étaient réellement passées après tout ce qui avait été dit et écrit.
Quel est votre commentaire des cents premiers jours de Nicolas Sarkozy?
J. L. B: Je partage les propos de François Hollande lorsqu'il dit qu'après les annonces, les factures vont arriver. Mais ce qui me frappe c'est que nous sommes encore dans une phase d'adhésion des Français qui approuvent l'action de Nicolas Sarkozy, et lui font confiance. Il faudra du temps, peut-être un an pour qu'ils voient le chômage, les inégalités et qu'il comprennent que les avantages ne sont pas pour une majorité d'entre eux."
Comment analysez-vous le sondage LH2 qui place Dominique Strauss Kahn devant Ségolène Royal comme leader de la gauche ? J. L. B : C'est un sondage parmi d'autres qui, pour certains, le contredisent comme celui de la Sofres et la placent légèrement devant. Mais je ne suis pas surpris du résultat de LH2, Ségolène Royal s'est peu exprimée, elle a été sous-exposée médiatiquement alors que Dominique Strauss-Kahn a été lui surexposé, notamment par sa candidature au FMI.
J'observe en revanche que la défaite a plutôt été attribuée aux rivalités du PS qu'à Ségolène Royal elle-même. Les socialistes choisiront leur leader au congrès dans un an, mais la rénovation c'est maintenant et les sondages auprès des socialistes confirment que c'est elle, avec sa capacité d'apporter des idées nouvelles, qui peut conduire cette rénovation."
Par Catherine Estève ( cesteve@laprovence-presse.fr
A Melle "Fête de la rose"
"Je vais vous faire une confidence: j'ai quelque chose à vous dire et je ne suis en compétition avec personne. Je ne recherche rien d'autre que d'assumer mes responsabilités dans le débat
d'idées. De toute façon, c'est un travail collectif de longue haleine qui commence", a affirmé d'emblée l'ex-candidate socialiste à l'élection présidentielle, faisant sa rentrée politique lors de
la "Fête de la rose" départementale des Deux-Sèvres.
"Comme je m'y étais engagée et forte de ce que j'ai compris (...) durant cette campagne, je commence aujourd'hui à mettre ce que j'ai appris au service de tous les socialistes", a ajouté Mme Royal devant un millier de personnes.
Selon elle, "cette réflexion devra déboucher sur une rénovation profonde de nos méthodes et de certaines de nos idées dans la fidélité à nos valeurs".
Pour cela, elle s'est dite "entièrement mobilisée, animée d'une volonté très solide et sereine". "Je n'ai aucun esprit de revanche, aucune amertume, contrairement à ce que je lis ici ou là, y compris envers ceux dont la chaude affection littéraire m'entoure en cette rentrée", a-t-elle dit, faisant allusion à la parution prévue de plusieurs ouvrages sur la période allant jusqu'à la présidentielle.
"Ils sont tournés vers le passé, ils en ont peut-être besoin. Tout le monde est bienvenu, toutes les brebis égarées", a-t-elle ajouté en riant.
Elle s'est, ensuite, déclarée "sidérée" que les socialistes aient "peur de l'affirmation de l'individu", prônant "un équilibre" entre le collectif et l'individu.
Dans
son discours de rentrée, elle s'est élevée contre ce qu'elle a appelé des "faux débats" chez les socialistes: la place du marché et celle de l'individu.
Elle s'est étonnée que des socialistes se demandent encore si le PS doit être pour ou contre le marché. "Le marché nous est aussi naturel que l'air qu'on respire ou que l'eau qu'on boit. Il s'agit là d'un jeu d'enfoncement de portes ouvertes", a-t-elle lancé.
Elle s'est référée aux "socialistes allemands" qui ont "une devise: le marché chaque fois que cela est possible, l'Etat chaque fois que cela est nécessaire".
Préconisant à nouveau "un socialisme du XXIe siècle", Mme Royal s'est d'autre part dite "sidérée" que les socialistes aient "peur de l'affirmation de l'individu". Selon elle, "nous sommes de gauche précisément en ce que nous affirmons que chacun recèle des talents propres et que chaque être humain est singulier dans l'humanité plurielle".
"La complémentarité entre le collectif et l'individuel me permet de dire avec force qu'il n'y a pas de droits sans devoirs. Parce que chacun d'entre nous est comptable des moyens collectifs mis à sa disposition. Cet équilibre, la gauche a donné le sentiment qu'elle l'oubliait. Cela ne doit plus jamais arriver", a poursuivi Mme Royal, avant d'insister dans le même ordre d'idées sur "l'éthique de responsabilité".
Elle a, par ailleurs qualifié l'action du président Nicolas Sarkozy d'"immobilisme" parce qu'il "ne prépare pas la France à relever les défis de la mondialisation".
Mme Royal a crédité le président de la République d'"une sincère volonté de réforme". "Mais annoncer la réforme n'est pas l'accomplir", a-t-elle critiqué.
Selon elle, "ce qui menace la France aujourd'hui, en plus des injustices fiscales, du nouvel impôt (la "TVA sociale", NDLR), c'est l'immobilisme".
Elle a jugé que la politique de Nicolas Sarkozy "ne prépare pas la France et les Français à relever le défi de la mondialisation".
"Croit-on vraiment préparer les Français à relever les défis de la mondialisation en dépensant des sommes importantes uniquement sur les heures supplémentaires" et "les cadeaux fiscaux aux plus favorisés", a-t-elle lancé.
Elle a préconisé une politique favorisant "la prise de risque", "le risque créateur, l'innovation".
Ségolène Royal s'en est prise notamment aux nouvelles loi et mesures de lutte anti-pédophilie promises par Nicolas Sarkozy. "Faut-il attendre le prochain enfant violé, le prochain enfant assassiné pour promettre une nouvelle loi?", M. Sarkozy ayant été ministre entre 2002 et 2007, s'est-elle interrogée.
Mme Royal a souhaité que "la parole de la gauche (soit) percutante sur les propositions et les critiques". "Nous n'avons pas besoin de caricaturer ce qui n'a pas besoin de l'être", a-t-elle ajouté.
Selon elle, "les socialistes sont prêts à soutenir des actions efficaces, crédibles".
LEMONDE.FR | 25.08.07


