"Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas,
ce que nous avons commencé ensemble,
nous allons le continuer ensemble"
"Combattre et proposer"
vous trouverez ici la contribution que nous déposons au Parti socialiste le 2 juillet. Elle est le résultat d’un long travail collectif, d’une large participation de militants, de chercheurs et de femmes et d’hommes politiques.
Vous pouvez y apporter votre signature en cliquant sur le lien prévu à cet effet. Soyons nombreux à porter le changement avec nous. »
Ségolène Royal
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Par Charles Fiterman, ancien ministre.
QUOTIDIEN : lundi 1 octobre 2007
L’attaque virulente lancée par Lionel Jospin à l’encontre de Ségolène Royal constitue une faute politique majeure.
Faute de méthode d’abord. Lionel Jospin veut écarter la candidate socialiste de 2007 de l’avant-scène politique et de la candidature en 2012. Il devrait savoir, puisqu’il dit la connaître, que l’agression va plutôt l’inciter à vouloir relever un défi aussi provocant. Il va rendre plus difficile un examen critique collectif sérieux de ce qui s’est passé, et obliger à des prises de distance avec la parole inconvenante du maître à penser qu’il veut être. A vouloir juger des capacités de quelqu’un à l’aune d’un résultat électoral, il prend un terrible risque, car la comparaison entre 2002 et 2007 ne plaide certes pas en sa faveur. Comment comprendre un tel aveuglement ?
Faute sur le fond surtout. Ce qui a manqué et ce qui manque encore au Parti socialiste, c’est avant tout un projet politique fondé sur ses valeurs et inscrit dans le XXIe siècle, capable de constituer ainsi une alternative mobilisatrice à la politique de la droite. Un travail avait été engagé dès 1994 en vue de construire à gauche un tel projet sous le label des «assises de la transformation sociale». Or Lionel Jospin qui a d’abord pris appui sur cette initiative l’a par la suite fait interrompre et n’a jamais depuis ni permis ni favorisé sa reprise.
Il a fait perdre une douzaine d’années à son parti et à la gauche tout entière. Il s’est contenté de quelques interventions personnelles et a laissé sans réponse pertinente en 2002 le besoin de proposition d’une véritable perspective politique, ce qui est la cause centrale de la défaite. Il a voulu en 2001 une inversion du calendrier électoral qui a donné le résultat que l’on sait et qui a accentué la présidentialisation et la personnalisation du système politique, favorisant toutes les dérives médiatiques de la campagne de 2007.
Pour ces raisons, je considère Lionel Jospin comme le premier responsable du déficit de projet dont souffre aujourd’hui le Parti socialiste. Cherche-t-il à le faire oublier avec une diversion grossière ? Et puis, il y a la faute de savoir vivre ensemble. C’est peut-être la plus irrémédiable.
En 2002, le projet rassembleur fait défaut, la gauche plurielle se délite, Lionel Jospin perd… et il s’en va. Le peuple de gauche lui a manqué, il n’a pas su reconnaître ses mérites. Lionel Jospin regrette très vite son départ et passe les années qui suivent à tenter d’organiser son retour, en faisant peser sur le parti son ombre tutélaire. Et voilà qu’une «moins que rien» surgie de nulle part se lance dans le vide existant et se fait désigner candidate, s’octroyant au surplus le droit de faire l’inventaire de l’héritage de son prédécesseur.
Pour couronner le tout, le premier secrétaire, sollicité, ne lance pas l’appel au retour du partant d’hier. Une telle outrecuidance ne pouvait rester sans suite. Lionel Jospin remâche son ressentiment et se venge. On ne peut que s’interroger sur les ressorts d’une attitude aussi affligeante. Elle n’aura pour seul effet que d’enfoncer définitivement Lionel Jospin dans l’impasse qu’il a lui-même choisie.
Tournons la page et passons, comme nous y a appelé François Hollande à La Rochelle, au travail d’élaboration d’un projet politique porteur des changements attendus par le pays et d’un parti libéré de ses entraves, capable de réaliser autour de lui un rassemblement victorieux. L’avenir est ouvert.
publiée dans le Monde du 2 octobre
Paris, le 27 août 2007, Conférence des ambassadeurs. Abordant l’épineuse question de la Turquie, Nicolas Sarkozy tient des propos qui, dans sa bouche, prennent une résonance singulière. « La France ne s’opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l’Union et la Turquie soient ouverts » dit-il devant une assistance médusée.
Le refus de l'entrée de la Turquie dans l’Union semblait pourtant réglée. Association oui, adhésion non : Nicolas Sarkozy en avait fait une question de principe, lors de notre débat. Quelques mois plus tard, frappé par un principe de réalité jusqu’alors soigneusement nié, il dessine une perspective radicalement différente. La fermeture qu’il prônait se voit du jour au lendemain disqualifiée. On pense même à supprimer le referendum obligatoire préalable à une éventuelle adhésion. Pour la Turquie, tout redevient possible !
Ce revirement n’est pas isolé. 14 Juillet 2007 : les principales forces politiques libanaises dont le Hezbollah sont invitées à dialoguer à la Celle Saint Cloud, dans la résidence du ministre des Affaires étrangères. « Le Hezbollah est un acteur politique important au Liban. Il est l’une des composante du dialogue national et à ce titre, il est invité aux rencontres inter-libanaises » affirme ce jour là le porte-parole de l’Elysée. Oubliée la déclaration de Nicolas Sarkozy lors du forum de l'ump du 12 décembre 2OO6 à propos d'une candidate qui avait rencontré la commission des affaires étrangères du liban en présence de l'ambassadeur de France et dans laquelle ne siégeait qu'un seul député du Hezbollah :"le fait d'être un élu ne suffit pas pour discuter. Hitler avait été élu, ça n'en fait pas un interlocuteur respectable et responsable". La polémique fut entretenue une bonne semaine : faute lourde, inexcusable, inqualifiable, méconnaissance des questions internationales, et pour tout dire, incompétence.
Et que dire du dossier iranien et de l'accès à la filière nucléaire qui inclut la maîtrise de l'enrichissement de l'uranium ? Je m'y suis toujours opposée tant que les garanties de contrôle n'étaient pas apportées. Aujourd'hui, faute de n'avoir pas défendu cette attitude préventive et responsable, on nous exhorte par la voix du ministre des affaires étrangères à « nous préparer au pire », à la guerre, ne faisant d'ailleurs que traduire l'incroyable déclaration de Nicolas Sarkozy devant les ambassadeurs, évoquant une alternative menaçante entre « la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran ». Le texte intégral ici
Haro sur Ségolène ! Voilà ce qui semble être le maître mot de certains socialistes qui sortent tour à tour des livres anti-Ségo pour expliquer la défaite du PS à la présidentielle. Leur conclusion est pour tous la même : Ségolène n’était et ne sera pas la bonne candidate pour gagner.
Peu leur importe, car ils n’y pensent pas, que du même coup ils relèguent au rang de débiles profonds ceux qui ont eu l’audace de la choisir pour porter un Parti socialiste en manque d’idées. En gros ils leur déclarent, à ces pauvres électeurs déficients, par livres interposés : « Vous n’avez pas été au niveau, vous avez manqué de clairvoyance ! »
Ont-ils oubliés qu’un capitaine, que son ego a étouffé et qui n’a pas supporté un certain échec d’avril 2002, a préféré quitter le navire, laissant du même coup à son équipage le soin de colmater les fissures ? Sans Ségolène y aurait-il eu plus de 17 millions de voix derrière le PS ? N’a-t-elle pas eu le courage de vouloir remettre sur les rangs un PS qui faisait figure de conservatisme dépassé en montrant qu’il fallait revoir certaines idéologies que tout le monde sentait déjà désuètes et inadaptées au monde réel ?
Car le Parti est bel et bien en manque d’idée ! C’est un fait. Bertrand Delanoë n’a-t-il pas lancé sur son blog de pré-municipales un appel aux idées pour son Paris à venir ? A croire que 6 ans aux commandes de notre belle capitale l’ont abattu à ce point qu’il ne sait déjà plus comment appâter le manant. Ségolène appelait cela de la démocratie participative. Lui appelle cela l’expression démocratique. Le français aime la rhétorique, la sémantique. Mais le fond est le même. Parlez-nous de vous et nous porterons vos idées !
En ce sens déjà les Français peuvent remercier madame Royal d’avoir mis un coup de pied dans la fourmilière en décrépitude qu’est le Parti socialiste. La preuve en est que ces ténors anti-Ségo reprennent ses modes de fonctionnement et de modernisation, soit l’écoute de la voix du peuple. Car cette dernière ne vient pas des énarques, elle surgit de son terreau le plus profond, de ceux qui gagnent moins de 4 000 euros par mois. Ces fameux 4 000 euros que monsieur Hollande considère comme riches sans savoir ce qu’est une charge locative, ni même le nombre d’enfants à élever avec ce salaire à deux ! Imagine-t-il que l’on peut se serrer la ceinture pour faire grandir 3 enfants avec 3 500 euros par mois sans être propriétaire de son logement ? Se demande-t-il comment les couples, les familles font pour boucler les fins de mois ?
Je pose la question à ce donneur de leçons qu’est ce capitaine qui s’est vite débiné au soir du 21 avril 2002. Pourquoi cher monsieur Jospin avez vous mis en route les 35 heures au moment du passage à l’euro ? Comment vous qui savez tout, qui connaissez tout et qui avez réponse à tout n’avez pas pu percevoir, voire imaginer, l’augmentation des prix qui allait s’ensuivre ? Vous qui pendant votre législature avez continué à nier l’augmentation des prix ? Vous que cette mesure des 35 heures a amené à voir nos salaires gelés voire indexés sur le nombre d’heures à effectuer ? Nous avons vu, nous salariés, émerger la notion de travail effectif ! Avec le recul le peuple français peut dire que vous avez manqué de clairvoyance, vous savez cette qualité qui normalement fait les grands hommes ! Cette qualité vous fait défaut.
Voilà la première victoire de cette femme que tous veulent déjà enterrer. Elle a voulu replacer le Français moyen au centre du discours.
Le PS pendant le quinquennat de Jacques Chirac, pour exister sans programme, sans projet, s’est fait l’avocat du contre tout. Le non-non est devenu sa marque de fabrique, sans réflexion. Les idées des autres étant toujours négatives. Mais quelles sont donc les idées de la gauche ? Quelles sont les solutions ?
La gauche a besoin d’une figure. Ségolène Royal donnait à rêver. Pourquoi au lieu de vous acharner contre elle, ne vous rangez vous pas derrière elle, pourquoi ne l’aidez-vous pas à devenir celle, parce que le peuple français au fond l’aime bien, qui pourrait porter haut le drapeau d’une France en mouvement, avide d’espérance ? Mais au lieu de cela, vous préférez tirer sur l’ambulance. Méfiez-vous, car c’est bien l’ambulance qui seule peut vous amener jusqu’aux urgences...










