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Avertissement : toute interview télévisée, quelles que soient ses prétentions à l’objectivité, est en réalité une fiction ; c’est un message élaboré et encodé, puisque la lumière, le cadrage, l’échelle de plans, les mouvements de caméra, le montage et les commentaires, par exemple, permettent de créer un message audio-scripto-visuel dans lequel les propos tenus par la personne filmée ne sont que l’un des matériaux du spectacle. De plus la sophistication des moyens techniques et de la rhétorique utilisés en font une pratique réservée à ce que l’on nomme des professionnels ; c’est eux qui peignent le paysage politique à leur guise ou à celle de leurs commanditaires. Nous avons donc souhaité nous saisir de l’outil pour tenter de rendre la parole, en tentant d’éliminer au maximum le détournement du message ; pour cela nous employons du matériel amateur, nous ne faisons ni commentaire ni montage, aucune post-production et nous considérons nos défauts techniques, sonores en particulier en extérieur, comme la garantie de notre liberté. Nous nous situons donc volontairement en dehors des normes esthétiques recommandées par l’idéologie dominante ; mais la qualité d’un message politique est-elle à ce niveau ? Choisir celle ou celui que l’on veut entendre : Henri Weber;Alain Bergougnioux Michel Rocard Pierre Moscovici Arnaud Montebourg Catherine Trautmann Najat Belkacem Dominique Bertinotti Jean-Louis Bianco Jean-Christophe Cambadélis Jean-Marie Le Guen Stéphane Pocrain Manuel Valls Stéphane Le Foll Gaétan Gorce |
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Prouesses ou performances ?
Loin de mobiliser les Français, comme il prétend le faire,
Nicolas Sarkozy les pétrifie
Dans un livre dont les analyses sont devenues classiques («A la recherche de la France», Seuil, 1963), le sociologue américain Jesse R. Pitts
définissait la France comme le pays de la prouesse. Qu'est-ce qu'une prouesse ? C'est «un acte éclatant par lequel un individu réussit dans des circonstances particulières à atteindre les
plus hautes valeurs auxquelles puisse atteindre l'action humaine». La création d'une pièce de bijouterie par un artisan parisien, la distillation d'une liqueur par un moine d'une abbaye, le
stoïcisme d'un résistant face aux tortures de la Gestapo, la grâce de Saint-Loup enjambant les banquettes d'un restaurant sont, dit l'auteur, des prouesses. L'appel du 18-Juin est la prouesse par
excellence. C'est ainsi que Inge et Stanley Hoffmann ont pu décrire de Gaulle comme un «artiste de la politique». A cette culture française de la prouesse, Pitts opposait la culture
anglo-saxonne des résultats - je dirais volontiers : de la performance.
Il serait tentant de définir la «rupture» opérée par Nicolas Sarkozy au sein de son propre camp comme le passage de la prouesse à la performance. Le discours de Dominique de Villepin à l'ONU à
propos de l'Irak est l'essence même de la prouesse; le déjeuner estival de Nicolas Sarkozy avec George Bush est, hélas ! une performance... On souligne volontiers le pragmatisme du nouveau
président, son dédain pour la théorie, sa volonté de parvenir coûte que coûte et par tous les moyens possibles à l'objectif fixé; en un mot, la face «américaine» du personnage.
Bien. Tout cela fait ricaner les étrangers, mais ce ne serait pas la première fois. Plus importante est la fascination qu'exerce sur la population ce one-man-show. Il est de la nature de la prouesse d'être solitaire. Massés au-dessous du fil, les Français, le nez en l'air, contemplent l'équilibriste. Tombera ? Tombera pas ? Loin de les mobiliser, comme il prétend le faire, il les pétrifie. D'admiration pour la plupart, d'effroi pour quelques-uns. Pas un instant ils ne se demandent ce qu'ils pourraient faire pour la France mais seulement ce que Sarkozy pourrait bien faire pour eux. Avec ses cadeaux inauguraux, celui-ci leur a d'ailleurs donné de mauvaises habitudes.
Comme il ne rate pas un enterrement, les Français s'habituent en outre à voir en lui une sorte de tonton compassionnel ou peut- être le directeur général des Pompes funèbres. Ils adorent cela, les Français. A l'une de mes amies, sa mère, noblesse de province, reprochait volontiers de sécher les enterrements de sa nombreuse parentèle : «On en manque un, on en manque deux, à la fin on perd le goût.» Pas Nicolas.
C'est en économie que le système atteint ses limites car l'économie est affaire de performances, non de prouesses, encore moins de compassion. Le Medef a ovationné Sarkozy comme on salue un ami qui a réussi, mais le Medef a été déçu. Pour le moment, la phase 2 du programme économique du président est une page blanche. Il peut paraître paradoxal de ma part de reprocher à Nicolas Sarkozy de ne pas faire son travail d'homme de droite. Mais c'est ainsi : si un président de droite ne relance pas l'économie, quelle sera son utilité sociale ? L'ouverture, c'est bien; la croissance, c'est mieux. Dans ce domaine, ce drogué de l'action en est à nommer une commission. Bien, mais depuis le rapport Camdessus, on sait en gros ce qu'il faudrait faire. Mais qu'on n'a pas fait. C'est dire s'il y a péril en la demeure.
Le Nouvel Observateur
Mercredi 5 septembre, le courant Socialisme et démocratie, créé par Dominique Strauss-Kahn, a rendu public un manifeste qui sera soumis aux autres courants du PS. Ce texte constate que la mondialisation "affaiblit les marges de manoeuvre de la politique macroéconomique nationale et modifie le rapport de force entre capital et travail""contrairement à l'idée agitée par des courants politiques qui prospèrent sur la peur, la France n'est pas une grande perdante de l'ouverture des échanges". Regrettant que "la déclaration de principes du parti, qui a au moins cent ans de retard", n'évoque pas la mondialisation, Pierre Moscovici, député et secrétaire national du PS aux relations internationales, estime que les socialistes "ont eu tendance à régresser sur ce sujet au cours des dernières années, comme l'a illustré la confrontation autour de la Constitution européenne". "Nous nous sommes laissé dominer par notre sur-moi gauchiste", soupire l'animateur de Socialisme et démocratie. mais considère que
Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'économie et proche de Ségolène Royal, assure que . Cette "parole libérée" va, dit-il, permettre "de se poser enfin la seule question qui vaille : quelles politiques publiques engager pour tenter de peser sur la mondialisation ?".
Dénonçant "la schizophrénie qui nous fait réclamer une régulation mondiale et dénoncer les organisations mondiales qui tentent d'y concourir", Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, a sollicité Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et ancien chef de cabinet de Jacques Delors, pour participer à la Journée parlementaire du PS, le 17 septembre, à Paris. "Ces débats sont révélateurs de la mue qui est en train de se produire, estime M. Lamy, qui a accepté l'invitation. Les socialistes français sont en train de réaliser que leur attitude face au capitalisme, au marché, à l'Europe ou à la mondialisation forme un tout. A l'image des sociaux-démocrates européens, qui savent que la mondialisation n'est pas égalitaire mais qui cherchent à la maîtriser."
Au sein du PS, le débat promet d'être animé. Pour le sénateur fabiusien Henri Weber, le PS "défend depuis sa convention de 1996 le principe d'une mondialisation maîtrisée et solidaire mais il bute sur l'absence d'instruments efficaces pour obtenir des résultats". Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire, discerne le retour d'un net clivage "entre la gauche des centres-villes et la gauche du non, celle des zones rurales et des régions industrielles en déclin qui rêvent autrement l'ouverture au monde".
Quant à Henri Emmanuelli, figure de l'aile gauche du PS, il dénonce "une acceptation croissante des règles du libéralisme économique". "Une mauvaise analyse de notre défaite électorale amène à considérer qu'un recentrage serait salvateur. J'y vois une posture, et peut-être même une imposture", s'indigne le député des Landes.









