A titre personnel je m'interroge sur la précipitation dont font preuve certains responsables politiques en affirmant sans détour, sans concertation a priori, que la solution passe par la suppression des régimes spéciaux. Peut-on poser le problème de cette manière ? Pour ma part, je pense que la suppression des régimes spéciaux porte en elle l'affaiblissement du régime général des retraites, et que l'on cherche à opposer une catégorie de salariés et de retraités que l'on veut faire passer pour des nantis à une autre qui regarde l'avenir avec anxiété ne me semble pas être la bonne méthode.
Les régimes spéciaux correspondent à une réalité de travail qu'ont connu bon nombre de salariés où l'exposition au risque le disputait à la pénibilité de la tâche. Ce sont les syndicats qui ont obtenu les régimes spéciaux, ce fut sans doute l'un de leurs points d'honneur. Bien sûr, les conditions de travail ont changé et dans la plupart des cas ont évolué positivement.
Qui doit juger de l'opportunité d'une réforme ? Le gouvernement assurément, sans négliger les partenaires sociaux, syndicats et employeurs qui doivent effectivement se déterminer sur cette question branche par branche, et dans la concertation proposer les solutions qui permettront de trouver un équilibre social entre les régimes tendant à l'égalité pour les nouveaux entrants. Pour l'aspect budgétaire, qui voudrait croire que la seule solution viendrait de cette nouvelle distribution ? Sans doute ceux qui veulent une nouvelle fois faire porter sur une seule catégorie d'hommes et de femmes le poids d'une solidarité qui incombe à notre société tout entière. De ce point de vue le gouvernement s'est trouvé bien plus prompt à améliorer le sort des plus riches des Français en faisant porter sur ceux-là même qui sont concernés par les régimes de retraite, le poids de la solidarité nationale. Je l'affirme : la règle d'or est la négociation d'abord et la prise en compte de la pénibilité des conditions de travail pour l'ensemble des salariés. >>
Quotidien : "le bien public" mardi 11 septembre 2007
Alors que Manuel Valls, député et maire d'Evry (Essonne), a assuré, lundi, sur RTL, qu'il "faudra aligner les régimes spéciaux sur le régime général ; c'est une question d'équité et une question financière", Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire, voit derrière la question des retraites "un moyen de traduire dans les faits" la "rénovation du Parti socialiste". "Utilisons les moyens dégagés par l'harmonisation des régimes spéciaux pour ouvrir des droits nouveaux au profit des salariés les plus exposés à la pénibilité", préconise-t-il. Selon lui, "la retraite à soixante ans à taux plein ne peut plus se justifier pour toutes les catégories. En raison des différences d'espérance de vie, un instituteur n'est pas dans la même situation qu'un maçon de même qu'un cadre supérieur et un ouvrier des abattoirs".
Président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault refuse de "nier la réalité" de la situation des régimes spéciaux et évoque "une prise de conscience des Français", mais il critique une tentative du premier ministre de "culpabiliser les bénéficiaires" de ces pensions, présentés comme "des privilégiés".
François Hollande, premier secrétaire du PS - qui avait assuré de la nécessité de "dire la vérité sur les comptes sociaux de demain et d'après-demain" et prôné la création d'une "CSG-retraite" dans un entretien au Monde du 19 décembre 2006 - s'est contenté de son côté de mettre en garde, dimanche, sur Radio J, le gouvernement contre toute "précipitation" et toute "brutalité" sur le dossier. Jean-Michel Normand
Point presse : Benoît Hamon
envoyé par PartiSocialiste
"La privatisation des systèmes de santé
n'est pas inexorable"
Didier Tabuteau, titulaire de la chaire santé de Sciences Po
La chaire santé de Sciences Po Paris organise, mercredi 12 septembre, un débat sur Sicko, le film du réalisateur Michael Moore, sorti le 5 septembre sur les écrans. Didier Tabuteau, titulaire de cette chaire, explique pourquoi il soutient ce documentaire, brûlot contre le système de santé américain.
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Il est rare de voir le logo d'une chaire universitaire sur l'affiche d'un film. Pourquoi avoir choisi d'être partenaire du documentaire de Michael Moore ?
Ce film est un formidable vecteur de débat sur la santé. Il est important que ce débat soit posé parce qu'il s'agit de choix fondamentaux. L'évolution des dépenses de santé et des thérapeutiques oblige à faire des choix politiques. Or, autour de ces choix, il n'y a malheureusement pas de débat public. Tout ce qui peut créer de la controverse est bon. Ce film est un excellent moyen de la provoquer.
En tant que spécialiste des questions de santé, quel regard portez-vous sur l'analyse de Michael Moore ?
L'apport essentiel du film, par rapport à nos réflexions d'Européens, est qu'il met à mal deux idées reçues. La première est : "Plus c'est cher mieux on est soigné." On voit que cela est faux. Le système de santé américain coûte deux fois plus cher par habitant et produit une santé moins bonne. Les indicateurs sanitaires sont, sans ambiguïté, moins bons aux Etats-Unis qu'en France ou en Grande-Bretagne. Deuxièmement : "Plus on responsabilise financièrement les gens plus le système est efficace." Ce n'est pas vrai. Si on responsabilise économiquement, on fait payer cher, mais cela a un impact néfaste en matière de santé publique. Il y a un tel écart de "sécurité" sociale - au vrai sens du terme - entre les Etats-Unis et des pays comme la France que, évidemment, la perception qu'on en a est différente suivant que l'on est américain ou français. Mais, lorsqu'on met les deux systèmes en perspective, il n'y a pas photo. Aux Etats-Unis, 45 millions de personnes n'ont pas de couverture maladie et, sur les 250 millions de personnes qui en ont une, une partie d'entre elles sont mal couvertes en cas de gros pépins de santé. Lorsqu'on dit qu'il faut une assurance-maladie universelle, cela signifie qu'elle couvre tout le monde, mais c'est aussi une assurance qui couvre toutes les maladies. L'universalité dans les deux sens, c'est-à-dire pour les malades comme pour les maladies, c'est un message très fort du film.
La notion de "responsabilisation du patient" est devenue très forte en France, et la proposition de Nicolas Sarkozy d'instituer des franchises médicales fait débat. La "privatisation" du système de santé n'est-elle pas un phénomène inexorable, même chez nous ?
Non, ce n'est pas un phénomène inexorable, c'est un choix politique. Il y a des tentations de privatiser via la responsabilisation financière, notamment en médecine de ville (avec l'extension des dépassements d'honoraires et des forfaits de franchise). Mais rien n'interdit, ni économiquement ni techniquement, que l'on continue à financer un système de solidarité. Il faudra augmenter les prélèvements obligatoires consacrés à la santé pour maintenir un bon taux de couverture sociale. C'est un choix fondamentalement politique. Les Etats-Unis mobilisent d'ailleurs autant de prélèvements obligatoires (impôts et cotisations) que les Européens pour financer leur système de santé, près de 7 % du PIB. Mais parce que leur système est très coûteux et non solidaire, ils sont mal protégés.
Le discours politique actuel est : la population vieillit, les techniques médicales progressent,les nouveaux traitements sont de plus en plus chers, donc il faudra plus participer individuellement au financement...
On disait la même chose il y a dix ans et on dira la même chose dans dix ans. Pendant les trente dernières années, on a augmenté, pour faire face aux capacités nouvelles de la médecine, les prélèvements obligatoires pour la santé. C'est un choix collectif. Les bien-portants financent les catastrophes médicales individuelles. Il n'y a aucune obligation à interrompe ce système. Sur un pépin de santé grave, on sait que l'on sera soigné et que le meilleur de la médecine sera accessible. L'opinion publique est consciente que la France a un système de santé jusqu'à présent satisfaisant. Les Français sont prêts à un effort collectif pour maintenir ce système, et ils ont raison.
Propos recueillis par Sandrine Blanchard


