"Les socialistes se régénèreront s'ils montrent un contraste radical avec l'approche de Nicolas Sarkozy, c'est-à-dire s'ils disent non à la "peopolisation" et à l'hyper-médiatisation, s'ils préfèrent le débat de fond à la gesticulation tous azimuts", a estimé l'ancienne ministre de la justice sur Europe 1.
La députée de Seine-Saint-Denis a dénoncé "la gesticulation" de Nicolas Sarkozy alors que "la situation s'aggrave" et que "la croissance est en berne".
Selon elle, "le financement du paquet fiscal, dans ce contexte, va creuser les déficits publics et à un moment donné, il faudra payer". "On va nous reparler de la TVA sociale, des franchises médicales", a-t-elle dit.
Ségolène Royal
Elisabeth Guigou a mis en garde aussi les responsables du PS contre "les démarches individuelles". Interrogée sur le rôle dévolu à Ségolène Royal, Elisabeth Guigou a indiqué que l'ex-candidate à la présidentielle devait avoir "une place importante, mais parmi d'autres".
De son côté, la députée PS Aurélie Filippetti, proche de Ségolène Royal, a souhaité mardi "un grand rôle" pour l'ancienne candidate à la présidentielle, en ajoutant que "le PS ne doit ni l'enfermer ni oublier ce qu'elle a capitalisé".
Rénovation
Dans un entretien à Libération, elle estime que "Ségolène Royal n'est pas du tout obtuse sur sa défaite" et rappelle qu'elle va "publier à la rentrée un livre sur l'analyse de son échec".
"Elle a rassemblé derrière elle 17 millions de Français et incarné une nouvelle manière de faire de la politique. C'est donc fondamental que l'on continue de travailler avec elle sur la rénovation. Mais elle doit continuer à garder toute sa liberté d'expression. Le PS ne doit ni l'enfermer ni oublier ce qu'elle a capitalisé", explique la députée de Moselle
Pédophilie : opposition et majorité émettent
des réserves sur les mesures annoncées
"SYSTÈME ASILAIRE"
M. Collomb, qui est également président des Hospices civils lyonnais (HCL), a dénoncé, dans un communiqué, une "annonce visiblement hâtive et faite sans préparation et sans discussion avec le terrain", s'étonnant qu'une telle décision puisse être prise "sans concertation ni avec les élus, ni avec les corps médical et hospitalier local". L'Administration pénitentiaire régionale a également affirmé ne pas avoir d'information sur cet "hôpital fermé".
Marylise Lebranchu, ancienne garde des sceaux socialiste, a, pour sa part, dénoncé le durcissement de la législation contre les délinquants sexuels
prévu par Nicolas Sarkozy, estimant qu'elle illustrait "l'échec de la politique pyschiatrique" du gouvernement. "Nous revenons au système asilaire. C'est une forme de retour vers la
barbarie", a-t-elle regretté dans une interview au Parisien daté de mardi.
"INCONSTITUTIONNALITÉ"
Tout en affirmant que "les propositions du président vont dans le bon sens", Pascal Clément, ancien ministre de la justice du gouvernement Villepin, a mis en garde contre les risques
constitutionnels liés à ces mesures, qui pourraient empêcher leur application. "Est-ce que l'on peut considérer que l'enfermement psychiatrique est une peine ou n'est pas une peine",
s'est interrogé M. Clément sur France Inter. "Si c'est une peine, vous tombez sous l'inconstitutionnalité de la loi parce que vous ne pouvez pas rajouter à une peine une autre peine",
a-t-il conclu.
Nicolas Sarkozy a annoncé la création de cette infrastructure lundi, à l'issue d'une réunion interministérielle consacrée à la récidive. En pratique, cet hôpital spécialisé accueillerait des délinquants sexuels jugés trop dangereux pour être libérés au terme de leur incarcération.
C'est là que le bât blesse. La politique ne peut se contenter de réponses à l'emporte-pièce, ni se cantonner à une succession de réactions compassionnelles, presque épidermiques à tout épisode marquant de la vie publique. Sauf à prendre le risque d'épouser, et finalement amplifier, tous les emballements de l'opinion publique, aussi compréhensibles soient-ils. La responsabilité de l'exécutif et plus encore celle du chef de l'Etat doit être, évidemment, de chercher des solutions, mais en prenant en compte et en expliquant la complexité des problèmes plutôt qu'en la balayant d'un revers de main ou d'un haussement de menton.
L'annonce de la création d'hôpitaux fermés pour les délinquants sexuels, après la prison, illustre cette dérive. Que le dispositif actuel ait montré, une nouvelle fois, ses limites, voire des carences criantes, c'est une évidence. Ce n'est pas une raison pour y répondre par une solution qui pose de redoutables problèmes juridiques, moraux, déontologiques ou constitutionnels. Cela ne conduit-il pas, subrepticement, à rétablir les peines à perpétuité, au mépris des peines prononcées par la justice ? Comment ne pas mesurer les risques de dérapage que cela pourrait entraîner dans d'autres domaines ? Comment distinguer crimes sexuels et crimes "ordinaires", si l'on ose dire ? Comment confier à des commissions de médecins la responsabilité de trancher, à nouveau, le sort de personnes déjà jugées ? Comment enfin faire croire qu'une nouvelle loi réglerait le problème, quand les dispositions existantes sont aussi peu et mal appliquées, faute de moyens notamment.
A force de vouloir prouver son efficacité, tous les jours et sur tous les fronts, l'"hyperprésident" en fait trop. Non seulement parce qu'il brouille les institutions, réduit ses ministres à faire de la figuration et, au passage, s'expose trop pour durer. Mais surtout parce que le président est menacé de glisser sur une pente dangereuse. Celle qui, à partir de l'attention légitime prêtée aux victimes, aux "vraies gens" et à leurs problèmes, conduit à la démagogie.


