Sofia, le jeudi 26 juillet 2007 – Il est des cauchemars dont on ne se réveille qu’après de très longues années. Au-delà de ces longues nuits
d’enfer, les lendemains conservent souvent une durable impression d’irréalité. Tel a ainsi dû être le sentiment de nombreux auditeurs d’Europe 1, ce jeudi 26 juillet au matin. La célèbre radio
évoquait le voyage de Nicolas Sarkozy en Libye, où la « normalisation » des relations avec le dictateur Mouammar Kadhafi semble avoir bénéficié d’une accélération sans précédent. Un «
mémorandum d’entente sur la coopération dans le domaine des applications pacifiques de l’énergie nucléaire » a en effet été signé entre les deux pays, à l’occasion de la visite du chef
de l’Etat français, qui a affirmé que cette décision n’était aucunement liée à la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien. Cette tragique manifestation de
l’arbitraire pouvoir libyen semble en effet avoir été oubliée et le pays de Mouammar Kadhafi pourrait aujourd’hui être désigné comme un exemple à suivre pour les pays émergents en quête de
souveraineté (nucléaire). Se félicitant de l’accord signé avec la Libye qui permet à la France de s’attribuer les plus belles parts du marché Libyen, Nicolas Sarkozy aura ainsi commenté, comme le rapportait Europe 1 : « Cela signifie qu’un pays qui respecte les règles internationales peut accéder à une industrie nucléaire
civile ».
Syndrome des sous-mariniers
Il semble que les « règles internationales » évoquées par Nicolas Sarkozy ne font que peu de cas du respect des droits l’homme. La constante violation de ces derniers, pendant les huit années de captivité des otages du pouvoir libyen, était pourtant évoquée à demi-mot à Sofia, pendant que le chef de l’Etat français faisait ses honneurs au colonel Kadhafi. Christiana Malinova Valcheva, Valentina Manolova Siropulo et le médecin d’origine palestinienne Ashraf Ahmad Jum’a tenaient en effet ce mercredi 25 juillet leur première conférence de presse, tandis que leurs trois compagnes ne pouvaient répondre aux questions des journalistes, en raison de leur état de santé. « L’état psychologique des praticiens est proche de celui des sous mariniers provoqué par un long séjour dans un espace clos dans de mauvaises conditions » a en effet expliqué le directeur de l’hôpital militaire de Sofia, Stoïan Tonev. Ces « mauvaises conditions » ont été succinctement décrites par les infirmières présentes. Les premiers mois de captivité auront été les plus durs : les cinq infirmières partageaient une minuscule pièce sans électricité et sans douche et un unique matelas. Leur vie quotidienne s’est peu à peu améliorée, mais l’incertitude constante quant à leur sort demeurait, ainsi que le souvenir des tortures subies. Leurs confessions sur ces dernières auront été presque inexistantes ce mercredi, mais les témoignages livrés dans la presse ces dernières heures ne sont guère à l’image d’un pays qui respecte les « règles internationales ». La mère de Christiana Malinova Valcheva a ainsi raconté il y a quelques jours, avant même la libération de sa fille que : « Lorsqu’elle s’évanouissait, on la ranimait avec des électrochocs. Un des policiers éteignait sa cigarette sur les ongles de ses pieds. Lorsqu’elle demandait de l’eau, une surveillante lui enfonçait sa chaussure dans la bouche ».
La grâce de la compréhension n’est pas descendue sur la Libye
Lors de cette conférence de presse très encadrée, les journalistes présents n’ont pas été autorisés à poser des questions sur les éventuelles
contreparties accordées au pouvoir Libyen. L’argent versé aux familles des enfants contaminés par le virus du Sida n’a ainsi pas été évoqué. Cette rançon destinée à racheter le sang des innocents
ne se sera semble-t-il pas révélée suffisante. Un communiqué des familles libyennes rendu public hier n’a en effet pas hésité à dénoncer la grâce du président bulgare qui a permis la libération
des soignants dès leur arrivée à Sofia. Ces déclarations ubuesques ont été rapidement suivies par une convocation du premier secrétaire de l’ambassade de Bulgarie à Tripoli par le pouvoir libyen,
afin que celui-ci manifeste à son tour sa désapprobation face à la grâce présidentielle. Et pendant que l’état libyen confirmait son incapacité à entendre les règles internationales de la
justice, Mouammar Kadhafi recevait pour la première fois le président Nicolas Sarkozy.
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LEMONDE.FR | 26.07.07


