vous trouverez ici la contribution que nous déposons au Parti socialiste le 2 juillet. Elle est le résultat d’un long travail
collectif, d’une large participation de militants, de chercheurs et de femmes et d’hommes politiques.
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Ségolène Royal représente le mieux
les valeurs de la gauche
PARIS (AFP) - Ségolène Royal est la personnalité socialiste quireprésente le mieux
les valeurs de la gauche (41%) aux yeux des sympathisants de gauche, loin devant Dominique Strauss-Kahn (28%), selon un sondage LH2 paru mardi
dans Libération.
Sont ensuite cités Laurent Fabius, François Hollande et Arnaud Montebourg (7% chacun). 3% nomment une autre personnalité.
A l'avenir, les sympathisants de gauche souhaitent que la gauche soit "plus attentive à la situation des personnes
défavorisées" (18%) mais également qu'elle "s'adapte davantage aux réalités économiques" (18%).
Parmi les autres enjeux retenus, ils veulent que la gauche "défende davantage l'éducation, le savoir et la culture" (14%), "se préoccupe davantage de
l'environnement" (10%), "défende davantage l'ordre et la sécurité" (10%), "s'oppose davantage à la mondialisation économique" (9%) et "analyse mieux le monde d'aujourd'hui" (6%).
"Ségolène Royal demeure la personnalité socialiste qui incarne le mieux les valeurs de la gauche aux yeux des personnes interrogées. Ce succès
persistant s'explique notamment par sa capacité à convaincre une part significative des milieux modestes", analyse François Miquet-Marty, directeur des études politiques à
LH2.
Sondage réalisé du 11 au 19 mai par téléphone auprès d'un échantillon de 810 sympathisants de gauche issus d'un panel de 2.019 personnes représentatif de la
population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice détaillée consultable à la commission des sondages.
L'ex-candidate «représente le mieux les valeurs de gauche» pour 41 % des sympathisants, qui souhaitent que le PS s'allie à la fois avec le Modem de Bayrou et la LCR de Besancenot.
Par Jean-Dominique MERCHET
Le «peuple de gauche» aime encore Ségolène Royal. Notre «Baromètre populaire»-LH2 réalisé pour Libération auprès des sympathisants de gauche l'indique
clairement : la défaite à la présidentielle n'a pas porté un coup politique fatal à Ségolène Royal. Forte des 16,8 millions de voix qui se sont portées sur son nom, l'ex-candidate reste
«la personnalité socialiste qui représente le mieux les valeurs de la gauche» pour 41 % des électeurs de ce bord.
Pas assez soutenue. Elle devance largement son seul véritable rival, Dominique Strauss-Kahn, qui ne recueille que 28 %. Cet écart est encore plus
important chez les électeurs socialistes (47 % contre 30 %) et dans les catégories populaires (43 % contre 25 %), ce qui constitue deux bons points pour elle dans la bataille interne qui
s'annonce au PS. Les autres personnalités citées (Fabius, Hollande, Montebourg) ne font que de la figuration avec un score de 7 %.
Si Ségolène Royal reste populaire à gauche, c'est essentiellement parce que son camp ne lui fait pas porter la responsabilité personnelle de l'échec du 6
mai. Interrogés sur les causes de la défaite, les sympathisants de gauche citent en premier «le fait que le Parti socialiste n'ait pas assez soutenu Ségolène Royal»
(66 %), puis «le travail de Nicolas Sarkozy» (51 %) et «le manque de renouvellement des idées de gauche» (50 %). Ce qui relève de la responsabilité directe de la
candidate est nettement moins cité, que ce soit sa personnalité (35 %) ou son programme (30 %). Autre atout dans le jeu de Ségolène Royal, les sympathisants PS sont encore plus nombreux à
penser de la sorte : 71 % incriminent le manque de soutien de leur parti. En revanche, les classes populaires sont plus sévères que l'ensemble de la gauche sur le programme de la candidate : 42
% des ouvriers et employés lui attribuent la responsabilité de la défaite. «Ségolène Royal est pour une large partdédouanée de l'échec de la présidentielle», constate
François Miquet-Marty, directeur des études politiques de l'institut LH2.
Avec un tel capital, l'ancienne candidate est donc bien placée pour peser sur les orientations futures du PS. A cet égard, 37 % des sympathisants
de gauche souhaitent que le PS «prenne plus clairement une orientation sociale-démocrate», alors qu'ils ne sont que 14 % et à peine 7 % chez les ouvriers-employés à préférer
«une orientation antilibérale». Les autres (45 %) souhaitent que le PS «rassemble ces deux sensibilités».
Infréquentable. En terme d'alliances, les sympathisants de gauche sont très oecuméniques. Ils veulent que le PS s'allie avec les Verts (87 %), le
Mouvement démocrate de François Bayrou (64 %), la LCR d'Olivier Besancenot (59 %), le Parti communiste (55 %), le Parti radical de gauche (54 %) et le MRC de Jean-Pierre Chevènement (51%). La
possibilité d'une alliance avec François Bayrou est largement approuvée.
Avant le premier tour, l'ex-candidat UDF était dénoncé par les dirigeants du PS comme un homme de droite infréquentable. Là encore, la main tendue par
Ségolène Royal entre les deux tours est légitimée dans l'opinion de gauche. Sans que celle-ci ne rejette pour autant la perspective d'une alliance avec le trotskiste Olivier Besancenot.
«Les sympathisants de gauche aspirent à une gauche fédérée autour d'un Parti socialiste plus ouvert», affirme François Miquet-Marty. Le politologue diagnostique un
«désir d'ouverture» qui s'explique par un «triple contexte» : la nécessité pour la gauche de reconstruire une stratégie de victoire, la faiblesse électorale des partenaires
historiques du PS et «le succès de la thématique de l'ouverture illustrée par les positionnements de François Bayrou et de Nicolas Sarkozy».
Dans l'opinion de gauche, un schéma semble ainsi se dessiner : Ségolène Royal à la tête d'une alliance allant de Bayrou à Besancenot. Un scénario
sans doute plus facile pour elle que de prendre la tête d'un PS allant de Dominique Strauss-Kahn à Laurent Fabius.
Par Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives
Economiques
Il faut, parait-il, « réhabiliter la valeur travail ».
Nicolas Sarkozy en a fait le thème central de sa campagne victorieuse. Il considère manifestement que la paresse actuelle des français est la cause principale des difficultés que rencontre le
pays. Il s’agit là pourtant d’une contrevérité qui aurait du en bonne logique lui coûter l’élection tant le propos est insultant à l’égard des 22,5 millions de salariés, qui travaillent dur
chaque jour, et des 2 millions de chômeurs, qui aimeraient pouvoir en faire autant. Les résultats de l’économie française ne sont pas, c’est vrai, toujours à la hauteur, mais c’est plutôt du
côté des élites économiques dirigeantes qu’il faut en chercher les causes. Et les remèdes.
Rien n’est plus faux en effet que ce préjugé tenace d’une France paresseuse : les salariés français
figurent au contraire parmi les plus productifs au monde. Selon les chiffres du Bureau of Labor statistics, organisme officiel américain donc peu suspect de socialisme militant
ou de francophilie excessive, un français qui occupe un emploi avait produit 71 900 dollars de richesses en moyenne au cours de l’année 2005. C’est certes moins que les 81 000 dollars produits
par l’employé américain moyen mais significativement plus que les 64 100 dollars d’un anglais, les 59 100 des allemands ou encore les 56 300 dollars d’un japonais... Et même en matière
de temps de travail, si Nicolas Sarkozy ne se contentait pas de répéter les poncifs que lui soufflent ses amis chefs d’entreprises, il saurait que les salariés français ne sont pas, et de très
loin, ceux qui travaillent le moins en Europe. Selon Eurostat, l’organisme statistique officiel de l’Union, un salarié français travaillait en moyenne 36,4 heures par semaine au
troisième trimestre 2006. Contre 36,1 dans l’ex Union à 15. Les français travaillent presqu’aussi longtemps que les anglais, 36,5 heures, et significativement plus que les danois, 34,6 heures,
dont le modèle social est si envié, ou encore que les allemands, 34,5 heures, pourtant champions du monde de l’exportation. Sans parler des néerlandais qui ne restent en moyenne que 29,8 heures
au travail chaque semaine. Dans l’ex Europe à 15, c’est en Grèce, 39,9 Heures, et au Portugal, 39,2 Heures, qu’on travaille le plus longtemps. Rattraper la Grèce et le Portugal, est-ce
cela l’ambition de Nicolas Sarkozy pour l’économie française ?
Si, à niveau de richesses comparable, le chômage est
plus important chez nous que chez nos voisins, c’est justement parce que ceux qui ont déjà un emploi sont particulièrement productifs. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs la démarche des
35 heures était parfaitement censée. Et c’est pour la même raison, qu’en cherchant à allonger le temps de travail de ceux qui ont déjà un emploi, Nicolas Sarkozy ne ferait qu’aggraver
le chômage. Quant aux chômeurs, soupçonnés de se complaire dans leur situation, il serait pourtant difficile de les pénaliser davantage qu’aujourd’hui afin de les obliger à trouver
un emploi : les chômeurs français figurent déjà parmi les plus mal traités. En 2003, 10 des pays de l’ex Union à 15 dépensaient, en effet, davantage que la France pour indemniser leurs
chômeurs, rapporté à leur PIB. Jusqu’à 2,7 fois plus par chômeur pour le Danemark ou les Pays Bas, mais aussi un peu plus pour le Portugal...
Contrairement à ce que laisse entendre le nouveau
président de la République, les salariés français ne sont donc pas des paresseux ni les chômeurs de l’Hexagone des profiteurs. Pour autant, il ne fait guère de doutes que les entreprises
françaises rencontrent des difficultés importantes. Elles sont souvent à la peine sur les créneaux High tech en expansion et s’en sortent, en particulier, nettement moins bien sur le marché
mondial que les entreprises allemandes. Et cela bien que le travail soit sensiblement plus cher Outre Rhin : 33 dollars de l’heure en 2005 pour un ouvrier de l’industrie contre 24,6 en France
selon les chiffres du BLS. Si la paresse des salariés n’est pas en cause, ni le coût de leur travail, est-ce que les raisons de ces difficultés ne seraient pas à chercher plutôt en
priorité du côté de la tête des entreprises ? Du côté de la faible qualité de leurs dirigeants et de l’inefficacité de leurs modes de gestion ? Quand on observe, par exemple, le
gigantesque gâchis que l’incurie d’un Arnaud Lagardère, actionnaire de référence, combinée à la soif de pouvoir d’un Noel Forgeard a provoqué au sein d’Airbus, on se dit en effet que c’est
surtout au niveau de ses élites économiques, de leur recrutement et de leurs habitudes de fonctionnement, que l’économie française aurait besoin d’une « rupture ». Mais évidemment il est
plus naturel pour l’ancien maire de Neuilly, qui a recueilli un pourcentage record de 87 % des voix dans sa commune, de chercher à culpabiliser salariés et chômeurs plutôt que de bousculer ses
amis patrons...
"Le vieux schéma tripolaire droite, centre, gauche, ne fonctionne plus"
Piero Fassino, secrétaire des Démocrates de gauche,
Issu de la fusion des deux principaux partis de centregauche, les Démocrates de gauche (DS, héritiers du Parti communiste italien) et la Démocratie libérale-Marguerite (DL, héritiers de la Démocratie
chrétienne), le Parti démocrate - une formation de type social-démocrate - doit voir le jour le 14 octobre, dans le cadre d'une assemblée constituante pour laquelle les dirigeants des deux
formations comptent faire voter un million de sympathisants.
Quels sont les objectifs du Parti démocrate ?
Avec la coalition de l'Olivier, nous avons mis en route depuis douze ans, et plus particulièrement ces cinq
dernières années, un processus d'unification de notre électorat qui a besoin d'être complété.
Le Parti démocrate entre dans le cadre d'une stratégie d'unité des forces réformistes qui s'est déjà réalisée dans L'Olivier et qui a été approuvée par les
électeurs. Le deuxième objectif est d'amorcer une réorganisation du système politique à travers une réforme des partis. La réforme des institutions et celle de la loi électorale ne suffisent
pas.
En Italie, nous en avons la preuve : l'adoption d'un système bipolaire majoritaire n'a pas mis fin à la culture proportionnelle. C'est pourquoi nous mettons en
place une grande force politique qui a l'ambition de réunir plus de 30 % de l'électorat. Notre but est de dépasser la désespérante fragmentation politique qui caractérise le système
italien.
Pourquoi le faire maintenant ?
Nous sommes à un moment où le pays a besoin de grands changements et de réformes profondes. Cela ne peut pas se faire seulement à travers le gouvernement. Pour
conduire une phase de grande transformation, on a besoin de s'appuyer sur un grand parti politique. Aux Etats-Unis, Roosevelt l'a fait pour son New Deal, Adenauer en Allemagne après la guerre et
de Gaulle au moment de créer la Ve République.
L'Italie d'aujourd'hui a besoin d'une grande formation de centre gauche qui soit le moteur du changement.
Sur quel projet idéologique repose cette gauche réformatrice ?
Le Parti démocrate est l'équivalent italien des grands partis sociaux-démocrates européens, en termes de
culture, de programmes et de rôle. Sauf qu'on ne peut pas parler seulement de social-démocratie parce que, en Italie, il y a en plus l'apport d'une culture catholique progressiste.
Une constante italienne, c'est le catholicisme en politique. Pendant longtemps, les catholiques ont été représentés par un parti, la Démocratie chrétienne, qui
avait une vertu : c'était un parti du centre qui regardait à gauche, c'est-à-dire qui a empêché que les catholiques deviennent la base d'une action conservatrice.
Depuis qu'il n'y a plus de parti catholique, la tentation est récurrente de greffer sur le monde catholique une politique de droite. Le Parti démocrate est aussi la
réponse à ce problème : maintenir le monde catholique dans le camp progressiste.
L'avenir de la gauche en Europe est-il celui-ci, toujours plus au centre ?
Les élections des deux dernières années en Europe se sont jouées à un point ou un point et demi. Cela signifie
que la compétition est de plus en plus centre-droit contre centre-gauche. Le vieux schéma tripolaire droite, centre, gauche, l'un cherchant à gagner contre les deux autres, ne fonctionne
plus.
Même en France, l'hypothèse d'un Bayrou comme troisième pôle s'est révélée inexistante. Il doit choisir, être ici ou là. La gauche doit être capable de parler au
centre et de le représenter. Le parti qui guide le front progressiste doit toujours être un grande formation de centre gauche. C'est ce qu'ont fait Tony Blair avec le Parti travailliste et
Gerhard Schröder avec le SPD.
Votre expérience peut-elle servir de modèle pour le Parti socialiste français ?
Il n'y a pas de doute que l'élection présidentielle pose ce problème en France. Mais elle ne le pose pas
seulement au PS. Il serait trop simple de dire que la gauche ne peut pas vivre sans une alliance avec le centre ; ce dernier doit aussi absolument s'allier. C'est tout le schéma qui a
changé.
Il faut réorganiser le système politique en fonction de cette bipolarité nouvelle. Ce n'est pas un hasard si des dirigeants français comme Michel Rocard, Jacques
Delors et Dominique Strauss-Kahn regardent avec intérêt notre expérience.
Partout, il faut une force pour conduire une alliance plus large car, en Europe, la bipolarisation n'est jamais un bipartisme.