2007. Vieil ami de François Hollande, cet ancien proche de Jacques Delors, créateur des clubs Témoins et militant du PSU dans sa jeunesse avant de rejoindre le Parti socialiste, fait aujourd'hui partie du cercle rapproché de
Ségolène Royal. Mediapart commence avec lui une série d'entretiens sur l'état de la gauche, son avenir et son
positionnement face à la présidence de Nicolas Sarkozy.
En tant qu'avocat, quel bilan dressez-vous de la présidence Sarkozy, notamment en termes d'évolution des libertés
individuelles et de réforme de la justice?
Il y avait une nouvelle carte de la justice à dresser ; cependant, il ne fallait pas qu'elle soit budgétaire ou technocratique, mais politique au sens noble du terme, c'est-à-dire en resituant le
rôle de la justice dans la société. Il fallait revoir la carte des juridictions en fonction de deux critères: assurer le meilleur service public possible et rehausser la qualité de la production
juridictionnelle. Sans doute fallait-il un nouveau maillage du territoire en fonction des bassins de population les plus importants. En privilégiant une augmentation bien plus grande des
tribunaux d'instance et des maisons du droit et de la justice, et en réduisant le nombre de cours d'appel pour accroître leurs effectifs. Leur emplacement aurait ensuite pu être défini en
fonction de leur proximité avec les grands centres juridiques universitaires, afin de bénéficier du renfort de la doctrine, sur le modèle des centres hospitalo-universitaires.
Et sur le plan des libertés individuelles?
Je suis d'abord très frappé par l'aggravation de la répression pénale et du choix de la surpopulation carcérale. Je remarque aussi la multiplicité des dispositifs de surveillance et de contrôle
de la vie des gens qui dessinent peu à peu une société telle que la réprouvait George Orwell. Enfin, la question des sans-papiers est toujours plus inacceptable. Sous prétexte de reconduite à la
frontière, dans un pays qui s'est singularisé par l'arrestation des enfants juifs, on arrête encore des enfants aujourd'hui et je suis accablé de cela.
Comment jugez-vous la pratique du pouvoir sarkozyste depuis un an?
Quand j'étais adolescent, j'ai été jusqu'en 1968 un gaulliste de gauche. Donc pour moi, le présidentialisme et la personnalisation du pouvoir ont été une hypnose à laquelle on peut céder
lorsqu'ils se retrouvent dans l'uniforme du général De Gaulle. Là, nous sommes dans une répétition en comédie de ce que la Ve République peut offrir de pire. Ce pouvoir personnel présidentiel est
d'autant plus déphasé que ses contreparties institutionnelles ne sont pas suffisantes pour l'équilibrer et qu'il méconnaît l'émergence de nouveaux pouvoirs, comme celui de la démocratie
participative.
Le présidentialisme et la personnalisation du pouvoir
Le PS semble complètement pris au piège de la logique présidentialiste, qui occulte les autres débats...
Il est difficile de s'affranchir de cette logique, puisque par définition, un parti politique qui veut conquérir le pouvoir doit s'installer dans le lit des institutions. Il s'agit de savoir si
une fois installé il s'estime bien couché ou s'il veut refaire le lit. Mais il me semble que le début de réflexion amorcé par Ségolène Royal durant la dernière campagne présidentielle sur la
démocratie participative fait que nous n'échapperons pas à un débat sur ces contradictions avec le présidentialisme. On ne peut pas à la fois appeler à la mobilisation de l'intelligence des
citoyens et camper sur un hiératisme de posture institutionnelle.
On n'a pas entendu Ségolène Royal sur la réforme des institutions. Quelle est votre position?
Très franchement, cette question ne mérite pas qu'on lui accorde tant d'importance, car je suis convaincu que c'est un débat qui est loin des préoccupations de nos concitoyens. Par ailleurs, il
n'y a pas de désaccords majeurs sur ce point au sein du PS. Le président vient parler quand il le veut à la télévision. Qu'est-ce que ça peut bien changer dans la vie des gens qu'il vienne à
l'Assemblée nationale ou au Sénat. Car la vraie question, c'est comment les citoyens peuvent agir concrètement entre deux élections et quels pouvoirs on peut leur donner pour agir. Autrement dit,
comment harmoniser la démocratie participative avec la démocratie représentative.
Personnalisation du pouvoir et présidentialisation du régime sont des reproches que l'on fait aussi à Ségolène Royal en
interne au PS...
Je pense qu'on n'évitera plus la représentation personnalisée du pouvoir. Donc, l'enjeu démocratique est de faire en sorte que cette personnalisation ne fabrique pas un faux pouvoir et que la
société se prenne en charge. La réponse n'est donc pas de se demander quel mode de campagne électorale on doit choisir, mais plutôt quel mode de vie politique on doit favoriser. Aujourd'hui,
l'extrême personnalisation de la politique est le fait d'une tendance à la dépossession par les citoyens de leur pouvoir sur les choix qui les concernent. C'est par un rétablissement naturel de
cet équilibre que nous arriverons à vaincre ce qui serait sinon un dévoiement de la démocratie.
Le PS semble complètement pris au piège de la logique présidentialiste, qui occulte les autres débats...
Il est difficile de s'affranchir de cette logique, puisque par définition, un parti politique qui veut conquérir le pouvoir doit s'installer dans le lit des institutions. Il s'agit de savoir si
une fois installé il s'estime bien couché ou s'il veut refaire le lit. Mais il me semble que le début de réflexion amorcé par Ségolène Royal durant la dernière campagne présidentielle sur la
démocratie participative fait que nous n'échapperons pas à un débat sur ces contradictions avec le présidentialisme. On ne peut pas à la fois appeler à la mobilisation de l'intelligence des
citoyens et camper sur un hiératisme de posture institutionnelle.
On n'a pas entendu Ségolène Royal sur la réforme des institutions. Quelle est votre position?
Très franchement, cette question ne mérite pas qu'on lui accorde tant d'importance, car je suis convaincu que c'est un débat qui est loin des préoccupations de nos concitoyens. Par ailleurs, il
n'y a pas de désaccords majeurs sur ce point au sein du PS. Le président vient parler quand il le veut à la télévision. Qu'est-ce que ça peut bien changer dans la vie des gens qu'il vienne à
l'Assemblée nationale ou au Sénat. Car la vraie question, c'est comment les citoyens peuvent agir concrètement entre deux élections et quels pouvoirs on peut leur donner pour agir. Autrement dit,
comment harmoniser la démocratie participative avec la démocratie représentative.
Personnalisation du pouvoir et présidentialisation du régime sont des reproches que l'on fait aussi à Ségolène Royal en
interne au PS...
Je pense qu'on n'évitera plus la représentation personnalisée du pouvoir. Donc, l'enjeu démocratique est de faire en sorte que cette personnalisation ne fabrique pas un faux pouvoir et que la
société se prenne en charge. La réponse n'est donc pas de se demander quel mode de campagne électorale on doit choisir, mais plutôt quel mode de vie politique on doit favoriser. Aujourd'hui,
l'extrême personnalisation de la politique est le fait d'une tendance à la dépossession par les citoyens de leur pouvoir sur les choix qui les concernent. C'est par un rétablissement naturel de
cet équilibre que nous arriverons à vaincre ce qui serait sinon un dévoiement de la démocratie.
La présidence Sarkozy a-t-elle encore un sens?
Ségolène Royal a été membre du cabinet de l'Elysée puis au gouvernement lors des années Mitterrand. Or, on ne l'a pas
entendue faire de critique sur les excès du mitterrandisme, notamment la présidentialisation du régime...
C'est vrai qu'elle pourrait s'en affranchir. Mais je pense que si elle ne le fait pas, c'est par fidélité et scrupule personnels. Elle ne souhaite pas participer à une vindicte facile, qui aurait
été autrement plus efficace du vivant de François Mitterrand. Pour n'avoir jamais été complaisant vis-à-vis du mitterrandisme, je suis aujourd'hui très choqué de voir par exemple le film de Serge
Moati sur les années Vichy. Nous savions tous cela et ceux qui ont eu le courage de le dire l'ont dit quand il fallait le dire. Les sincérités et les courages d'aujourd'hui me semblent suspects
et finissent même par me rendre Mitterrand sympathique. Je trouve qu'il y a là une facilité à laquelle Ségolène Royal ne cède pas et je trouve cela élégant. Je trouve plus intéressant de voir
comment elle s'attelle à mettre en œuvre les moyens d'éviter de retomber dans les travers du présidentialisme mitterrandien.
Quelle question voudriez-vous voir posée à Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisé de jeudi?
Au regard du résultat d'une année, est-ce qu'il pense qu'il aurait dû être candidat? On devait avoir des résultats importants, une dynamique considérable, une confiance renouvelée et un pays
debout. Est-ce que sa candidature conserve un sens? Et par voie de conséquence, sa présidence?
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