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Mercredi 21 février 2007
A Rennes, Ségolène Royal cogne la droite
Par David REVAULT D'ALLONNES


Ecran géant «de 7 mètres sur 10», caméra Luma montée sur grue pour soigner la profondeur de champ, jeunes socialistes déchaînés opportunément disposés juste devant la presse : pour le premier des grands meetings régionaux de Ségolène Royal, hier à Rennes devant quelque 12 000 personnes, la mise en scène de la mobilisation, c'est un euphémisme, fut soignée. Et c'est bien en appelant à une mobilisation massive et à une «dynamique de victoire» dès le premier round que la candidate, «presque jour pour jour à deux mois du premier tour de l'élection présidentielle» , a attaqué son propos. Agitant le spectre du naufrage de 2002 : «Je n'oublie pas le 21 avril. Rien n'est jamais fait et je voudrais dire les ravages que peuvent produire la dispersion des candidatures, l'effacement des enjeux, l'oubli des clivages essentiels.» Ces clivages, la candidate s'est appliquée à les soigner, tout au long d'un discours d'une heure et quart, s'en prenant alternativement au candidat de l'UMP et à celui de l'UDF, tous deux accusés «de brouiller les cartes». Et de mettre en pratique ce qui constituera désormais un des axes de sa stratégie de campagne : «La confrontation des projets.» 

Tactique. Ségolène Royal, initialement, songeait à une tirade consacrée à l'emploi et à la «valeur travail». Mais elle a finalement opté pour une autre tactique : «Avant tout populariser, décliner, répéter le pacte présidentiel», glisse un proche. Effort de pédagogie, donc, essentiellement consacré à présenter Ségolène Royal en championne du «gagnant-gagnant fondé sur la valeur travail» et du réalisme économique. «Contre une société de l'assistanat», mais «pour une société de la responsabilité et de la dignité». Capable de «réconcilier la France avec les entreprises».

Elle se veut compétitrice de haut niveau, aussi, apte à surmonter les épreuves imposées par les adversaires, au lendemain d'une performance télévisée qui a ravi son staff : «On me dit à chaque fois que je joue à quitte ou double. A chaque fois, je double.» Et surtout candidate crédible qui, en quelques mots, tente de mettre un coup d'arrêt au «débat sur le chiffrage», alors que le secrétaire national à l'économie démissionnaire Eric Besson expliquera ce matin les raisons de son départ... au moment même où son successeur détaillera l'estimation du coût des propositions de Royal : «Elles sont chiffrées, bien sûr. Une équipe solide travaille à mes côtés, maintenant soudée, qui rassemble toutes les sensibilités du parti socialiste, et au delà.» Sur ce, la candidate s'en prend à François Bayrou, dont «on ne sait pas quel est son chiffrage car on ne sait pas quel est son projet». Ainsi qu'à Nicolas Sarkozy, qui «a promis à tellement d'interlocuteurs, pris tellement d'engagements contradictoires, que les calculettes de l'UMP se sont affolées et que ses plus chauds partisans lui ont dit : halte-là, halte au clientélisme, à la démagogie, au n'importe quoi...». 
«Arrogance». Car il fut beaucoup question, hier soir, des deux principaux adversaires de droite de la candidate socialiste, moqués d'avoir pris les sondages pour vote comptant : «J'en vois déjà certains qui s'autocélèbrent, se congratulent, se désignent avant l'heure, comme si les Français s'étaient déjà prononcés. Laissons-les à leur arrogance et avançons sur notre chemin, il est le bon.» Ségolène Royal, hier, a répété son inébranlable «confiance dans la lucidité des Français sur le bilan des uns comme celui des autres. Ceux qui ont été responsables de l'échec d'aujourd'hui ne peuvent pas être les mieux placés pour permettre le succès de la France demain». Le propos est résolument clivant et offensif, il vise tour à tour le candidat de l'UDF : «Est-ce que, par le passé, ceux qui se disent ni de droite ni de gauche n'ont pas fini par tomber du même côté ?» Puis celui de l'UMP, qui «cherche à faire oublier qu'il est candidat sortant. Il est temps de faire cesser cette confusion molle et de mettre la vérité devant». 
En l'occurrence, les charges pesant sur le numéro 2 du gouvernement : faiblesse de la croissance, «chômage qui ne baisse que dans les statistiques officielles», endettement public, «déficit cumulé des comptes sociaux», «balance commerciale», «nombre de RMistes». Jusqu'au «terrain de la sécurité». Pour l'oratrice, la conclusion est claire : «Nul candidat sortant ne peut être élu sur un tel bilan. La morale politique est de devoir rendre des comptes sur ses actes.»

«Espérance». Dès lors, détaille la candidate «le choix» qui s'offre aux électeurs est une alternative «entre la continuité et le changement profond». C'est ce choix qu'elle entend incarner, forte de ses débats participatifs, «cahiers de l'espérance» plutôt que «cahiers de doléances». Quant aux interrogations sur la conduite de sa campagne, elle les évacue : «Je vais vous dire un secret : mon équipe de campagne, c'est vous. Vous êtes mes porte-parole. Déployez-vous, partez convaincre, n'ayez peur de rien.» Avant de marteler une dernière fois : «J'ai besoin de vous.».
Mercredi 21 février 2007

Mme Royal contre-attaque et

chiffre son programme à 35 milliards d'euros

Une foule de plus de 10 000 supporteurs rassemblés, mardi 20 février, dans deux salles du Parc des expositions de Rennes, le succès d'audience de l'intervention de Ségolène Royal, sur TF1, la veille, et tout a changé dans le camp socialiste. "Elle a été excellente et voyez, je n'ai jamais vu autant de militants engagés", se réjouit Edmond Hervé, le maire de Rennes. En prime, la candidate socialiste repasse en tête au premier tour, selon un sondage CSA-Le Parisien. Un bon jour.

Requinquée, Mme Royal est passée à l'offensive en dénonçant "ceux qui s'autocélèbrent, se désignent avant l'heure". "Laissons-les à leur arrogance", a-t-elle lancé avant d'aborder le financement des projets PS et UMP. "Cette polémique vient surtout d'un candidat qui a lui-même un très gros problème de chiffrage, a ironisé Mme Royal. Il a promis à tellement d'interlocuteurs, il a pris tellement d'engagements contradictoires auprès de ses clients que les calculettes de l'UMP se sont mises à chauffer et que ses plus chauds partisans lui ont dit (…) 'halte au n'importe quoi'."

"INVESTISSEMENT POUR L'AVENIR"

La candidate, elle, conçoit son pacte présidentiel comme "un investissement pour l'avenir qui rapportera ensuite". Selon l'évaluation présentée mercredi par les députés Michel Sapin et Didier Migaud, son coût s'élève à 50 milliards d'euros d'ici à 2012, auxquels le PS retranche 15 milliards d'économies pour parvenir aux 35 milliards avancés jusqu'ici. L'endettement serait ramené de 65 % à 60 % du produit intérieur brut (PIB) à cette date, ce qui signifie une réduction de 1 % du déficit sur la législature. Les socialistes tablent sur une croissance de 2,5 % à partir de 2008 et s'engagent à une stabilité des prélèvements obligatoires, "ce qui n'empêche pas, précisent MM. Sapin et Migaud, des mouvements pour une meilleure justice fiscale".

Les cinq plus gros postes de dépenses concernent la recherche (5,3 milliards d'euros d'ici à 2012), l'université (5 milliards), la création de 500 000 emplois-tremplins (4,5 milliards), la justice et la lutte contre les discriminations (4,5 milliards) et l'éducation nationale (3,4 milliards, avec le soutien scolaire et la réduction à 17 des élèves dans les classes en ZEP). La création du revenu de solidarité active proposé par le président d'Emmaüs, Martin Hirsch, est estimée à 3 milliards d'euros et la revalorisation de 5 % des petites retraites à 2 milliards.

LA "CONFUSION MOLLE" ENTRETENUE PAR M. BAYROU

En contrepartie, l'enveloppe globale des aides aux entreprises, 65 milliards d'euros actuellement, devrait diminuer de 5 milliards, grâce à leur modulation selon des critères tels que la taille, l'emploi ou les investissements. D'autres économies sont prévues sur la formation professionnelle, après transfert de compétences aux régions. "Je réformerai en profondeur l'Etat", a affirmé la candidate. Mardi soir,  Royal a accusé François Bayrou de ne pas avoir de projet du tout et d'entretenir une "confusion molle" : "Est-ce que, par le passé, ceux qui se disent ni de droite ni de gauche n'ont-ils pas toujours fini par tomber du même côté?", a-t-elle demandé. Puis elle a conclu sous les ovations des militants : "A chaque fois on me dit, demain elle joue à quitte ou double et je double ! (…) Déployez-vous ! N'ayez peur de rien ! Mon équipe de campagne c'est vous !"

Isabelle Mandraud
Mercredi 21 février 2007
Edito
Drapée dans sa gloire d'avoir été, en 1789, l'accoucheuse de l'Histoire et, à peu de chose près, l'inventrice de la République, la France oublie trop volontiers qu'elle se satisfait d'un système politique parfaitement archaïque. Ainsi, il aura fallu un siècle et demi pour que les femmes y obtiennent le droit de vote et plus de deux siècles pour qu'une loi - d'ailleurs largement contournée au Parlement - pose le principe de l'égal accès des hommes et des femmes aux fonctions électives.

De même, la Ve République a assuré le triomphe d'une conception féodale du pouvoir politique en permettant aux mêmes notables de monopoliser les fonctions de représentation et de décision à tous les échelons ou presque de la vie du pays, depuis la commune jusqu'au gouvernement en passant par le département ou la région. Ce cumul des mandats est, au plus mauvais sens du terme, une exception française : il concerne plus de quatre parlementaires sur cinq quand, dans toutes les autres grandes démocraties occidentales, les Constitutions ou l'usage le cantonnent à 15 % au maximum des élus nationaux.

Certes, depuis vingt ans, la gauche a tenté de limiter le phénomène. Une première loi avait timidement ouvert la voie en 1985, à l'initiative du gouvernement Fabius. En dépit de sa volonté de moderniser la vie politique, Lionel Jospin s'est, lui aussi, heurté sur ce terrain à la fronde de tous les élus, et en particulier de la droite sénatoriale, bien décidés - au nom de l'enracinement local des élus nationaux - à ne pas abandonner l'essentiel de leurs prérogatives et de leurs rentes de situation : la loi d'avril 2000 n'a limité qu'à la marge la pratique du cumul, sans parvenir à en remettre en cause le principe.

Or le problème est tout sauf mineur. En bloquant le renouvellement fluide des élus et des élites, en renforçant, voire en justifiant, un absentéisme parlementaire déplorable, en ignorant une décentralisation qui, depuis vingt-cinq ans, a modifié en profondeur la nature et l'exercice des pouvoirs locaux ou régionaux, le cumul des mandats a lourdement contribué au jugement très sévère que les Français portent sur le fonctionnement de notre système politique. Et, inévitablement, au discrédit des hommes qui en exercent la responsabilité.

Plusieurs candidats à l'élection présidentielle, notamment Ségolène Royal et François Bayrou, se sont prononcés en faveur d'une stricte limitation du cumul et ont proposé que cette réforme, parmi d'autres modifications institutionnelles, soit soumise à référendum. Tant mieux. Car elle est une condition nécessaire, sinon suffisante, pour restaurer la confiance entre les Français et leurs représentants.


La limitation du cumul des mandats

ou comment partager le pouvoir

“Nous donnerons aux élus les moyens de se consacrer pleinement à leurs fonctions : la limitation du cumul des mandats dans le temps à trois mandats exécutifs et du cumul des fonctions ainsi que la mise en place concomitante d’un statut de l’élu”.

C’est la première fois depuis le début de la Ve République que le Parti socialiste pousse aussi loin son objectif de modernisation et de démocratisation de la vie politique.
Désormais, les députés et les sénateurs devront appliquer le mandat unique. Cette évolution d’abord permet la diversité de la représentation, elle permet de partager le pouvoir, d’intégrer dans la dynamique démocratique collective beaucoup plus d’élus, de responsables politiques. Cela devrait faire progresser la parité et la diversité de la représentation.

Voir l’infographie : L’état du cumul des mandats en France / Ailleurs en Europe

 

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citation

"Plus les hommes seront éclairés plus ils seront libres." Voltaire


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