Désirs d'Avenir 76 Comité de Seine-Maritime
 
 
Avec Ségolène Royal nos Désirs d'Avenir continuent !
 
 

Ségolène Royal

"Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas"" Ségolène ROYAL Paris, le 6 mai 2007
 

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Le 6 mai et après 
avec Ségolène !

"Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas,
ce que nous avons commencé ensemble,
nous allons le continuer ensemble" 


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Dans votre commune, votre quartier , Créez votre comité !
 
     
3 Dates à retenir :
  1/A l'initiative d'Alain MAIRE animateur DA 76 le Havre , deux réunions dans le cadre de la consultation participative "pour un congrès utile et serein" nous vous invitons le:

 

        -  le 17 mai  à la section du Havre  (9rue Georges Braque )  de 14h à 17h

« Le Parti socialiste doit intégrer toutes les nouvelles formes de militantisme et d’engagement citoyen, ainsi que les réussites du travail des élus locaux. Il doit aussi décider efficacement, avec le sens de la discipline collective. Quelles nouvelles règles communes pour y parvenir sereinement ? »

-le 24 mai à la section du  Havre (9rue Georges Braque ) de 14h à 17h

    « Le socialisme ne peut pas se contenter d’aménager le capitalisme financier à la marge : comment produire et répartir  autrement la
 richesse ?
_______________________________________________________________________________________

 2/ Débat public sur l’Agglo de Rouen prévu initialement le vendredi 16 mai 20h30 , est reporté au Jeudi 22 mai
à la Maison de la Lombardie, 50 rue Leverrier, sur les Hauts de Rouen

Chères amies, chers amis,  
je vous souhaite la bienvenue sur ce site participatif. Il répond à l'initiative que nous avons lancée, en vue du Congrès du Parti socialiste, pour lancer un débat de qualité, serein, utile aux Français. Je compte sur vous pour le faire vivre et apporter vos idées. Elles nous permettront de composer une belle contribution dont nous serons toutes et tous co-auteurs !

                                                                 Ségolène Royal

Lundi 4 février 2008
Quel est le point commun entre la royauté et la gauche en France ? 

Versailles ne leur réussit pas.

On sait comment Louis XVI a mal fini pour avoir méconnu depuis la Cour le sort de ses sujets mécontents. Le PS pourrait connaître après le 4 février la même malédiction. Réunis avec le Parlement en Congrès pour se prononcer sur la ratification du traité de Lisbonne, les socialistes sont pourtant face à un choix d’une rare simplicité. Ou ils considèrent que le mini traité est un moindre mal qui permet à l’Europe politique de repartir et ils votent la révision constitutionnelle, ou bien ils estiment que ce texte est néfaste et ils votent contre.

Mais dès qu’il s’agit d’Europe, le PS vire marxiste, tendance Groucho. Ou encore zaniniste, du nom d’un chanteur qui connut une gloire éphémère il y a quelques décennies avec des paroles dont on ignorait qu’elles deviendraient le discours programme des socialistes de 2008 : «Si tu veux, tant mieux. Si tu veux pas, tant pis. J’en ferai pas une maladie.» Le titre de la chanson était Tu veux ou tu veux pas ?.

Le fait est que le PS ne sait toujours pas s’il veut de l’Europe. Il sait qu’il voulait d’un référendum pour embêter Nicolas Sarkozy ; comme il ne l’a pas eu, il a dit qu’il boycotterait en représailles le Congrès de Versailles. C’était tellement gros que même Groucho Marx n’a pas trouvé cela drôle. Alors le PS a dit qu’il irait à Versailles, mais pour s’y abstenir. Ça, c’était drôle ! Voilà donc la tragicomédie à laquelle se livrent les socialistes français, à qui l’on souhaite bonne chance lorsqu’ils devront expliquer leur position à leurs homologues européens.

Comment en sont-ils arrivés là ? Les tenants du non ont continué de mener le combat au sein du Parti socialiste. Et la direction du parti est hors d’état de leur imposer un point de vue, si tant est qu’elle en ait un. A quelques mois d’un congrès décisif, la confusion est à son comble.

Pourtant, trois ans après le fiasco de 2005, chacun sait à quoi s’en tenir. Le non au référendum était l’expression d’un rejet profond de la construction européenne, de sa volonté de créer un modèle social original en économie de marché. Tous les arguments de circonstances invoqués par les nonistes ont fait long feu : il n’y avait pas de plan B. Il n’y avait aucun rapport entre le traité et l’adhésion turque ; le rejet de la troisième partie n’a rien changé aux politiques communes ou communautaires. Les réponses apportées aux questions institutionnelles étaient et restent le meilleur équilibre. Se rallier au projet de traité simplifié, c’est en prendre acte.

Le tango ridicule qu’a dansé le PS ces dernières semaines ne s’explique que parce qu’il n’a toujours pas choisi entre les mirages de la gauche radicale et les vrais espoirs de réformes que portent les autres partis socialistes d’Europe. Il n’est pourtant que temps. En ce qui les concerne, les Gracques ont choisi : ils se retrouvent avec la social-démocratie européenne à voter, sans état d’âme, pour le traité simplifié. Ils demanderont à adhérer au Parti socialiste européen, qui incarne ce choix et cette famille de pensée. Et ils plaideront pour que le Parti socialiste choisisse enfin clairement la voie de la réforme en Europe.

www.lesgracques.fr

Mercredi 13 février 2008
Pardon de n'être pas élu. Pardon d'avoir été choisi par Jacques Attali comme l'un des 42 membres de sa commission pour la libération de la croissance française. Pardon d'en être fier. Pardon d'aimer mon pays tout autant que vous l'aimez. Pardon d'avoir travaillé, cinq mois durant, avec des personnalités aussi diverses qu'exceptionnelles.

Pardon d'avoir écouté avec passion le point de vue de deux Italiens, d'une Espagnole, d'une Allemande, d'un Anglais, d'un Autrichien, également membres de la commission et tous attachés à la France. Pardon d'avoir auditionné 450 personnes. Pardon d'avoir contribué au diagnostic commun : notre pays va mal, plus mal encore qu'on ne croit. Mais il dispose d'atouts considérables, à rendre jaloux tous ses concurrents.

Pardon d'avoir prêté attention aux expériences réussies de nos voisins. Pardon d'avoir, avec mes camarades, cherché des solutions pour réveiller l'énergie de notre pays. Pardon d'avoir cru en trouver. Pardon d'en avoir, avec le secours du directeur du budget, évalué le coût.

Pardon de connaître le rôle de chacune des institutions de la République : je ne prends pas une commission, fût-elle la nôtre, pour l'une d'entre elles.

Pardon de comprendre votre souci de l'intérêt général. Pardon de moins comprendre votre passion du statu quo, votre attachement à un système qui a montré son inefficience sauf pour fabriquer de l'inégalité. Une à une, les corporations se présentent au palais pour supplier que rien ne change. A chacune, on répond de se tranquilliser : rien ne changera. Une à une, les corporations repartent du Palais, ravies. Pardon de ne point partager leur bonne humeur : tout privilège est une rente. Toute rente est une taxe et mauvaise pour l'emploi.

Un scrutin s'approche. Pauvres élections municipales ! La droite va les perdre : elle aura eu beau renier ses engagements de réforme. La gauche va y triompher sans avoir réglé une seule de ses contradictions.

Plus tard, dans dix ans, dans vingt ans, lorsque nos enfants, endettés jusqu'à la gorge, nous demanderont : "Comment avez-vous fait pour tant gâcher les atouts de notre pays ? De votre temps, paraît-il, nous étions la quatrième ou la cinquième puissance du monde, avec de la solidarité, de la santé pour tous, des moyens de financer la recherche... Comment avez-vous fait pour tant ruiner ?"

Alors nous, les anciens, aurons la mine qui convient à la fierté modeste : les yeux mi-clos. Nous caresserons lentement, l'une sur l'autre, nos mains tavelées et répondrons, désolés : "Comment nous avons fait ? En 2008, nous n'avons rien changé."


Erik Orsenna est écrivain.
Mercredi 20 février 2008

Le décrochage brutal de Nicolas Sarkozy dans l'opinion ne préoccupe pas que la presse française : le très sérieux Financial Times, pour ne prendre que son exemple, vient de publier un article, dans son édition du 12 février, d'autant plus sévère que son style est d'ordinaire serré, prudent, feutré.

L'affaiblissement de l'image de la France à l'extérieur qui résulte d'une situation que l'affaire de Neuilly a fait virer au ridicule, est une raison supplémentaire de ne pas se réjouir de ce nouveau soubresaut du malaise dans lequel est plongé notre pays.

Nicolas Sarkozy a été élu sur une promesse, essentielle, celle d'apporter des solutions aux problèmes que son prédécesseur avaient trop longtemps délaissés. Le pays, dans ses profondeurs, sait qu'il doit négocier un nouveau virage, lié à l'impact de la mondialisation sur une société qui se fragilise, sans savoir comment réagir. Nicolas Sarkozy avait pu, le temps d'une campagne, créer l'illusion, donnant l'impression qu'il aurait la lucidité de s'affronter au réel et le courage d'entreprendre de véritables changements.

Six mois plus tard, le « Ensemble, tout est possible » fait place au « Pour moi seul, tout est permis ».

L'indifférence (certains diraient le mépris) avec laquelle le nouveau chef de l'État a traité ceux qui l'avaient soutenu est proprement incroyable. Avoir mis autant d'énergie  pour convaincre et dilapider si rapidement, sans doute sous l'effet de la griserie du pouvoir, ce capital ne peut manquer d'interroger. Mais plus encore d'inquiéter !

Cette perte de crédit, qui ne doit rien à une opposition en déroute, et tout à la vanité de l'hôte de l'Elysée, est grave pour notre pays. La plupart des grandes questions à traiter sont encore sans réponse et risquent de le rester. A mesure que l'aura du président s'étiole, se renforce le poids de sa majorité, foncièrement conservatrice : la réforme des institutions risque ainsi d'en faire les frais alors qu'elle constituait l'occasion historique d'un rééquilibrage au profit du Parlement.

Mais, plus grave encore, ce « dévissage » n'offre pas le début du commencement d'une alternative. Faute d'avoir entamé sa réforme, la Gauche n'est toujours pas en mesure d'en proposer même l'esquisse. Et l'on peut sérieusement douter qu'elle commence vraiment à y travailler au lendemain des municipales, qu'il faut souhaiter victorieuses, mais dont le résultat servira une fois de plus de prétexte à une habile inertie.

Je ne partage pas, depuis longtemps, le faux bon sens de ceux qui prétendent que la France, et plus encore les Français, seraient en réalité hostiles aux changements et à la réforme. Ils ont, au contraire, pris davantage conscience que leurs dirigeants de leur nécessité, peut-être parce qu'ils savent qu'ils auront plus qu'eux à redouter les conséquences de cette passivité. Leur réticence n'est en réalité l'expression que de leur scepticisme quant à la capacité des responsables politiques à les engager et, surtout, à les réussir dans un esprit d'équité.

En clair, rien ne sera possible sans créer la confiance : celle-ci ne se décrète pas. Elle se construit. Elle suppose, pour celui ou celle qui veut l'acquérir, de proposer au pays une analyse lucide, des choix courageux qui ne doivent rien à la démagogie, et une éthique de comportement, gage de sa sincérité. En somme, une attitude que je qualifierai par rapport à celui qui, dans les temps d'aujourd'hui, devrait nous servir de référence, de « mendésiste ». Voici 50 ans, en pleine crise, certains commençaient à écrire : « c'est De Gaulle qu'il nous faut ! ». C'est aujourd'hui Mendès qu'il nous faut ! ... Ou celui ou celle qui aura la force et le talent de s'inspirer de son exemple. Affaire à suivre …

 

Mercredi 20 février 2008
 la chronique de Nicolas Domenach,   directeur-adjoint de la rédaction de Marianne

Prendre un enfant de la Shoah par la main… L'initiative de Nicolas Sarkozy annoncée hier devant le conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) provoque un malaise. Un profond malaise même. On ne saurait douter des bonnes intentions du Président, mais l'enfer en est pavé.

La proposition sarkozyste part de ce qu'il est convenu d'appeler un excellent sentiment : que chaque enfant de CM2 prenne en charge la mémoire d'un des 11.000 petits Français juifs, victimes de l'extermination, voilà qui montrerait du cœur. Un grand cœur qui souhaite que les élèves de France connaissent un nom et un prénom de martyr enfant, pour en perpétuer le souvenir. L'intention peut paraître louable : on a tant insisté sur le devoir de mémoire, sur la nécessité pour les générations à venir de ne plus être coupées du passé, qu'on pourrait se réjouir de cette volonté affirmée pour chacun de renouer avec son histoire, avec toute son histoire, y compris ses moments les plus tragiques. C'était le sens aussi de la lecture de lettre de Guy Môquet qui avait pour ambition de rappeler aux écoliers et lycéens qu'il y avait des valeurs de résistance, de solidarité, d'appartenance à une nation. Des valeurs défendues, y compris par le sang, et qui méritaient de l'être toujours.

Mais si cette lecture lacrymale avait provoqué débat, ce nouvel appel à la mémorisation enfantine devrait soulever encore plus de polémiques. D'abord, parce que le moment choisi pour cette initiative n'est pas idéal. Nous sommes en pleine campagne électorale, comme le Président ne l'ignore pas, qui a pris en personne la parole devant le CRIF, ce que n'avait fait aucun chef d'Etat avant lui à l'exception de François Mitterrand, en 1991, à l'occasion du bicentenaire de l'émancipation des juifs. Chirac s'était gardé de s'y rendre ensuite et s'était fait représenter par son chef de gouvernement. Or, cette fois, sans qu'il y ait de célébration exceptionnelle, non seulement le Président a fait le déplacement mais il était escorté de François Fillon et de pas moins d'une vingtaine de ministres ; les dirigeants socialistes étaient, eux aussi, venus en nombre, mais pas dans les mêmes proportions. Ajoutons que Nicolas Sarkozy en a profité pour annoncer qu'il se rendrait en Israël au mois de mai et qu'il prononcerait, je cite, « un grand discours devant la Knesset ». Comme s'il n'en avait jamais prononcé de petit ! Mais ce type d'annonce ne devrait-il pas être réservé à d'autres enceintes : le CRIF n'est pas l'ambassade d'Israël.

Il y a là une confusion. Mais comme il y en a une autre et plus grave encore dans cette charge d'âme infligé aux enfants de nos jours. Peut-on prendre une tragédie par la main et, plus encore, la Shoah, si exceptionnelle, si insupportable ? Et tout cela en jouant du ressort émotif, si pernicieux.

« Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui ». Voilà l'argument massue de Sarkozy. L'émotion, l'émotion comme moteur de la prise de conscience du passé. Est-ce qu'on fait de la bonne histoire avec de l'émotion à la louche, pour ne pas dire, à la bassine ? Certes non. L''émotion à grosses doses tue la réflexion. L'émotion appelle l'émotion et submerge la raison. Elle pousse à la passion dévastatrice. Jusqu'au rejet meurtrier.

A force de vouloir imposer les morts aux vivants, on va susciter une répulsion, une bataille de morts, certains refuseront les enfants juifs qu'on aura voulu leur imposer par l'émotion. Ils y opposeront les enfants de leur famille, de leurs cousins de leur patrie d'origine. La spécificité même de la Shoah risque d'être balayée par ce recours systématique à l'émotionnel. La vie n'est pas un feuilleton hollywoodien où il faut faire pleurer pour convaincre ou instruire. Le devoir de mémoire n'est pas le sentimentalisme et il ne se confond pas avec l'Histoire. Que les programmes scolaires soient renforcés, très bien. Qu'ils traitent mieux de la Shoah, de son mécanisme, de sa logique tragique, parfait. Mais inutile de coller un fantôme comme un boulet derrière chacun.


Prendre un enfant juif martyr par la main ? Et pourquoi pas aussi un enfant malheureux du Darfour ou de Palestine ? Et pourquoi pas un enfant triste et exclu de banlieue ? Et pourquoi pas aussi un enfant battu du palier d'à côté ? On se perd à vouloir entrer dans la ronde infernale du malheur.
Nicolas Domenach
Vendredi 22 février 2008
 
Par Claire Aymes
 

dimanche 17 février 2008 , mis en ligne par la rédaction de Montray Kreyol

Voila que, non satisfait de la glissade morale effectuée sur la peau de banane Guy Môquet qu’il s’était à lui-même étendue comme carpette, Mr Sarkosi prétend « faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah ».

 

Ma fille sera en CM2 en 2013. Elle porte en elle de par la grâce de ses parents la mémoire de ces milliers d’enfants, français et non français, qui au long de l’histoire humaine furent déportés, séparés des leurs, rendus orphelins, esclaves, choses sexuelles, assassinés…sur les 5 continents. Et qui le sont encore. Elle porte en elle la mémoire future de ces enfants violemment séparés de leurs parents ou familles, ici, maintenant, en France devant ses yeux de fillette de 4 ans. Elle porte en elle en tant que future femme, citoyenne, lionne au combat, la mémoire de tous ces enfants qu’elle aura vus déportés de son supposé pays de cocagne vers des univers où ils disparaissent, de tous ces enfants qui n’ont pas d’enfance, en Palestine, au Liban,... de tous ces enfants marchandés cyniquement, au nom de l’enfance, au Tchad, ailleurs…

Ma fille porte en elle tout ceci parce qu’elle est vivante. Parce qu’elle a un papa et une maman vivants auprès d’elle. Qui animent son âme autant qu’ils le peuvent de toute l’actualité de leurs combats, à sa mesure de petite fille, en lui apprenant qu’il n’y a pas de différence, entre un enfant blanc et un noir, entre un enfant juif, catholique, sikh, musulman, bouddhiste, que tout enfant a droit au bonheur d’être enfant, dans la douceur de sa famille, les câlins, le jeu, les apprentissages.

Ma fille porte en elle tout cela, et elle ne se verra pas confiée par l’école la mémoire de l’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. Ce travail, qui m’est dévolu en tant que parent, et qu’il n’appartient pas à mon sens au Président de la République de choisir de faire à ma place, je l’élabore dans le respect de mon enfant, et de ce qu’est notre famille.

Il n’y a pas que la Shoah, Mr. le Président. Maints massacres furent perpétrés, maintes mémoires furent et sont encore blessées qu’il vous semble vain d’honorer, maints enfants furent déportés et assassinés, dont vous semblez faire si peu de cas, en d’autres temps tout aussi atroces que celui de la Shoah.

Mercredi 27 février 2008

La nouvelle Ségolène Royal est arrivée

Elle semble en effet, bien placée pour prendre la place de son ex. Tous ceux qui la suivent, ne voient pas bien ce qui pourrait l'arrêter, et on peut souhaiter bien du plaisir à ses rivaux éventuels, comme Bertrand Delanoë, la vague Ségolène risque de les submerger. Comme Mitterrand, son modèle, elle sillonne, elle laboure, elle sème et elle récolte. Ces dernières heures, on l'a vu par exemple, à Périgueux, Talence, Bordeaux, Toulon, n'en jetez plus. Elle a encore un programme très chargé pour les prochains jours.
Tous les candidats la demandent, y compris ceux qui l'ont combattu pendant la bataille des primaires, les Fabusiens, les Jospiniens, les Strauss-Kahniens, et tous les autres. Même les Socialistes Alain Rousset, candidat à Bordeaux, ou Pierre Cohen, candidat à Toulouse, tous deux naguère très anti Ségolènistes, l'ont appelé à la rescousse. Il est vrai qu'elle fait recette partout où elle passe, avec son air de dire : "venez les petits".

*Est-ce que vous arrivez à expliquer ce retour de flamme des Français pour Ségolène Royal?
D'abord, sans doute, une forme de remords chez certains. Ensuite, son nouveau style. Après avoir tiré les leçons de son échec, Ségolène Royal n'est plus tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Elle a perdu la raideur soupçonneuse d'antan, et cherche désormais à séduire ses adversaires, qu'elle retourne un à un. Elle n'a plus rien à voir non plus, avec la femme expéditive qui ne renvoyait pas les appels des éléphants, annulait ses rendez-vous au dernier moment, ou travaillait en solo, sans écouter personne.Elle est maintenant organisée avec une garde rapprochée autour de François Rebsamen, Michel Sapin, Vincent Peillon, Jean-Louis Bianco, ou Aurélie Filippetti. Elle ne laisse plus vraiment de place à l'improvisation, et potasse ses dossiers, économiques notamment, avec des experts de haut vol.En somme, elle est sortie de la catégorie amateur, pour passer dans la catégorie professionnelle.

*Si elle est pro maintenant, quel est son projet? Elle travaille sur tous les fronts à la fois. Les municipales pour lesquelles elle ne ménage pas sa peine. La prochaine présidentielle, pour laquelle elle apparaît déjà comme la candidate naturelle. La direction du Parti qu'elle entend bien conquérir au prochain congrès, à l'automne. Plaignons d'ailleurs ceux qui lui mettront des bâtons dans les roues, car elle se donne déjà le beau rôle.Comme elle me disait hier, avec une gourmandise oecuménique, "il y a une attente, et il faut qu'on soit à la hauteur de cette attente". Dernier front enfin, le projet politique, c'est là que ça se corse, parce que sa stratégie relèvera forcément du grand écart. D'un côté, elle entend jeter des ponts avec le Centre, et de l'autre garder avec elle la gauche de la gauche. Pour se faire, il lui faudra beaucoup d'habileté et de charisme, d'entregent, mais elle n'en est pas dépourvue.*Pourquoi réussirait-elle là où elle a échoué? Parce qu'elle a changé. C'est ça qui est le plus frappant. La politique est un univers impitoyable. Quand on fait ce métier, du moins en ligue 1,  il faut être capable d'encaisser beaucoup, de faire le mort, ou de ressusciter souvent. Il faut aussi savoir s'adapter, et se réformer soi-même. Un des grands politiques du 20ème siècle, Georges Clemenceau, disait : "seul l'homme absurde ne change pas". La France a touché une nouvelle Ségolène Royal. Et c'est quand elle sera sûre d'avoir un nouveau Nicolas Sarkozy, un Sarkozy métamorphosé, disons plus présidentiel, qu'elle se réconciliera avec l'actuel locataire de l'Elysée.


Auteur : Franz-Olivier Giesbert    Ecoutez  sa chronique  RTL undefined
Mardi 4 mars 2008
undefinedPaul Allies
professeur de sciences politiques à l’université Montpellier-I.

Les élections municipales passent en France pour être le plus démocratique de tous les scrutins. Les 36 782 communes garantiraient une proximité exceptionnelle entre l’élu et l’électeur, à peine troublée par l’émergence depuis 1999 de quelque 3 000 structures intercommunales. Qu’il ait fallu plus de deux siècles pour que disparaissent seulement 7 200 paroisses de l’Ancien Régime, devenues «communes» le 14 décembre 1789, confirmerait la bonne résistance de ces «cellules de base de la démocratie». De surcroît, les 500 000 élus qui les animent feraient de la France le territoire d’Europe le plus administré, et aux moindres coûts.
La clause de compétence générale, qui vaut pour toutes les communes quelle que soit leur taille, amplifie ce sentiment d’un pouvoir politico-administratif resté attentif et réactif aux attentes des citoyens. Tous les sondages confirment le maire dans la figure de l’élu le plus aimé des Français. Cette vision idyllique n’est donc pas sans fondement. Mais elle cache une stagnation démocratique qui apparaît clairement quand on observe l’évolution des pouvoirs locaux en Europe, et ce à trois niveaux au moins : celui des maires ; celui des conseils ; celui des territoires de coopération intercommunale.

Les gouvernements locaux sont ultraprésidentialisés, comme si le statut et la fonction des maires français s’alignaient toujours plus sur ceux du président de la Ve République. Le fait que le maire soit élu au second degré par le conseil municipal n’est pas sans conséquence : il devient ainsi le chef tout-puissant de l’assemblée et le maître des adjoints qu’il nomme et révoque à sa convenance alors que lui reste «intouchable».

Cette concentration des fonctions délibératives et exécutives sur la personne du maire est la source d’une confusion organique des pouvoirs, aggravée par la décentralisation. S’y ajoute la spécialité française du cumul des mandats locaux et nationaux, qui n’a cessé de s’étendre malgré une législation limitative depuis 1985. Partout ailleurs en Europe (sauf en Belgique) on rend toujours plus difficile sinon impossible ce cumul : en Allemagne les maires ne peuvent plus être présidents des Kreis [circonscriptions, ndlr] ; en Italie un maire ne peut se présenter aux élections législatives, sauf s’il a démissionné au moins six mois avant le scrutin, et il ne peut effectuer que deux mandats consécutifs ; en Espagne aucun cumul n’est permis sauf au Sénat, mais celui-ci n’a pas de réel pouvoir. Partout on observe un renforcement de la responsabilité de l’exécutif.

La tendance générale dans onze Etats de l’Union est à l’élection directe des maires et à la mise en place à la fois de procédures de destitution (motion de censure de l’assemblée, référendum d’initiative populaire) et d’équipes collégiales de direction : c’est l’«assessorialisme» en Italie ou la junta de gobierno local [conseil de gouvernement local] en Espagne, dont un tiers des membres peut être non élu. Ce système va en effet avec une émancipation des assemblées locales.

Vendredi 14 mars 2008
Ni les luttes d'appareil ni le flou de la doctrine n'ont réussi à décourager les bataillons fidèles d'un parti qui n'a pas toujours les dirigeants qu'il mérite

Formulons une hypothèse : l'effondrement de Nicolas Sarkozy dans les sondages marque d'abord la défiance du peuple à l'égard de sa personne, tandis que la défaite municipale de dimanche révèle surtout la désapprobation à l'égard de sa politique. Et si le désaveu est moins massif dans le second cas, c'est que Nicolas Sarkozy a été proprement exfiltré de la campagne électorale au cours des deux dernières semaines. Sanglant échec pour un homme qui est passé en quelques mois du statut de potion magique de la droite à celui de mouton noir ! Echec d'autant plus cuisant qu'il lui a été infligé par ses propres troupes. Cette fois-ci, on ne pourra plus, comme on l'a fait impudemment un peu plus tôt, imputer l'impopularité du président à la presse. Ce sont les notables de droite; ce sont les électeurs de droite qui répétaient en choeur : «Surtout, surtout, M. Sarkozy, restez chez vous; reposez-vous un peu, vous en avez grand besoin Telle est la première leçon d'un scrutin, qu'avec le sens de l'humour qu'on leur connaît, les leaders de la droite ont qualifié dimanche de purement local, sans incidence sur la politique générale de la France. Si les choses continuent ainsi hypothèse de Jean-François Kahn formulée ici même il y a quinze jours -, François Fillon sera bientôt en situation de faire la peau à Sarkozy, comme celui-ci l'avait faite précédemment à Jacques Chirac.
Deuxième leçon de la campagne : le MoDem a réussi à exister, mais à un niveau modeste. Cette existence traduit essentiellement la répugnance d'une partie des classes moyennes à se reconnaître dans la droite. Mais la stratégie du ni droite ni gauche prônée par François Bayrou trouve, à l'épreuve des élections, ses limites naturelles. Elle peut séduire un large électorat à l'occasion d'une élection présidentielle où ce sont d'abord des hommes qui sont en concurrence. Mais dans toute autre élection, le jeu de bascule entre la gauche et la droite se révèle illisible. Le ni droite ni gauche devient, au gré des situations locales, un oui droite oui gauche. Une incohérence qui traduit l'absence d'une stratégie autonome. Le MoDem n'est qu'un réseau entièrement dépendant de la stratégie personnelle de François Bayrou.
Troisième enseignement, le plus important : il concerne l'avenir du Parti socialiste. Une suggestion à François Hollande : il serait bien inspiré, avant de quitter la Rue-deSolférino, d'y faire élever dans la cour une statue à l'électeur socialiste inconnu. Ou mieux peut-être : à l'électeur socialiste méconnu. Cet électeur, en dépit de la double défaite, présidentielle et législative de l'an dernier; en dépit surtout des incessantes luttes d'appareil et du flou de la doctrine conserve à son parti une fidélité inébranlable.
Voilà des troupes vaillantes, des notables solides au poste qui n'ont pas toujours les chefs qu'ils méritent. En tout cas, leur choix est fait : pendant toute la campagne, électeurs et notables socialistes ont plébiscité Ségolène Royal, réclamée un peu partout pour soutenir les candidats et accueillie en leader légitime. C'est ainsi qu'elle a parlé dimanche soir, préconisant, comme allant de soi, des alliances de second tour avec le MoDem. Et si François Bayrou s'y refusait, une nouvelle fois après la présidentielle, il faudrait néanmoins faire appel sans hésitation à l'électorat de son mouvement.
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En d'autres temps, cela se serait appelé : «plumer la volaille centriste». Seules les vieilles chaisières d'une union de la gauche cadenassée à double tour renâclent devant cette évidence. Une gauche structurellement minoritaire dans l'électorat français se trouve devant l'occasion historique de s'élargir sur sa droite, et elle la repousserait ! Dans sa tombe, François Mitterrand doit en hausser les épaules.
Comme Ségolène Royal fut dimanche soir la seule dirigeante socialiste à préconiser une tactique qui a l'appui des troupes, elle se trouve dans la posture qu'elle affectionne : seule contre tous les autres. Je ne connais d'ailleurs pas de dirigeant socialiste qui se prive à l'échelon local de la tactique qu'il récuse au niveau national. Comme si au PS le double langage était devenu une seconde nature.

Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur

Mercredi 19 mars 2008

Mlenchon_2 C'est un scoop: Jean-Luc Mélenchon est d'accord avec Jean-Pierre Mignard, le très royaliste président de Désirs d'avenir! Ou presque... Bien sûr, le flamboyant ailier gauche du PS ne s'est pas subitement converti aux positions et aux propositions de l'ex-candidate, dont il fut - et est toujours- un des plus farouches détracteurs. Mais il partage l'analyse géopolitique de la rue de Solférino que propose Mignard.

Dans un post précédent, celui-ci, dans la perspective du prochain congrès, affirmait n'avoir " vu aucune autre alternative hormis Ségolène Royal". Et considérait qu'à part l'aile gauche du PS, clairement identifiée idéologiquement, la seule offre politique structurée était celle de sa championne: "En dehors d'une minorité guesdiste tonitruante, les seules divergences ne portent plus sur les thèmes de Ségolène Royal, mais sur sa personne."

Croisé dans les coulisses d'une émission de télé, cette semaine, Jean-Luc Mélenchon, qui n'a pas manqué de se reconnaître dans cette "minorité guesdiste tonitruante", n'est pas loin de penser la même chose: "On a du mal à définir ce qu'il y a entre Royal et la gauche du parti, qui elle-même n'est pas dans une forme extraordinaire mais qu'on arrive tout de même à délimiter idéologiquement."

Pour résumer, aux yeux de "Méluche", il y a une gauche du PS, qu'il incarne, avec d'autres. Une droite, fermement représentée par Ségolène Royal: "Elle est à mon avis en retard d'une guerre, mais très en phase avec ce qui se passe dans la social démocratie européenne, très cohérente et très structurée", explique le sénateur de l'Essonne, plutôt fan du modèle que représente aujourd'hui, outre-Rhin, Die Linke.

En revanche, de centre du parti, nulle trace, selon Mélenchon. "Il y a l'espace d'un centre dans le parti. Mais ce centre a du mal à se délimiter. Et je ne crois pas qu'il puisse émerger." Et surtout pas du côté des reconstructeurs, le sénateur n'étant pas disposé à miser le moindre kopeck sur le rapprochement entrepris entre fabiusiens et partisans de DSK: "Je ne crois pas à ce truc. C'est une chimère..."
La ligne Mignard-Mélenchon vous semble-t-elle acceptable? Entre aile gauche et aile droite, n'y aurait-il aucun joueur susceptible de s'imposer au milieu de terrain socialiste?

http://vieenrose.blogs.liberation.fr/revault/

Dimanche 23 mars 2008
15 Mars 2008 Par Bastien François
Edition : Politolog

Avant les municipales, 90% des députés cumulaient leur mandat national avec un mandat local (et, pour une grande partie d’entre eux, une fonction exécutive : maire, président ou vice-président de conseil général ou régional). Il est très vraisemblable que le scrutin de mars 2008 ne changera pas cette donne, qui est une caractéristique centrale de la vie politique sous la Ve République.

A la fin de la IIIe République, à la suite des élections législatives de 1936, un peu plus d’un tiers (35,7 %) des députés détenaient un mandat local. Sous la IVe République, le taux de cumul passe à 42 % (en 1956). C’est sous la Ve République que la proportion d’élus cumulants va connaître une progression considérable. En 1973, plus de 70 % des députés détiennent un mandat local ; en 1988, 96 % des députés sont dans cette situation. La « nationalisation » de la vie politique qui passe par une consolidation de l’implantation locale des élus nationaux, le mode de scrutin législatif, qui favorise (ou implique) la constitution de fiefs électoraux locaux, la nécessité d’assurer aux « professionnels » de la politique une forme d’assurance-chômage contre les revers électoraux, les réformes de la décentralisation (depuis 1982), qui valorisent la conquête de positions locales mais aussi de nouvelles formes d’articulations centre/périphérie dans le déroulement des carrières politiques, expliquent sans nul doute cette progression exponentielle du cumul des mandats. Ce phénomène unique au monde par son ampleur, du moins dans les démocraties des pays développés (et en particulier en Europe), est la source de nombreux dysfonctionnements. Parfois défendu au nom d’un argument de proximité – la détention d’un mandat local permettant d’être mieux au fait des « réalités profondes » du pays (l’argument est en réalité assez peu recevable, du moins tant que le mode de scrutin, comme c’est le cas aujourd’hui, est fondé sur l’élection d’un député dans le cadre d’une circonscription de petite taille) –, le cumul des mandats est de plus en plus souvent dénoncé, y compris dans un think tank proche du patronat comme l’Institut Montaigne. Accusé d’être la source de nombreux conflits d’intérêts pouvant conduire parfois à de la corruption, de transformer les représentants de la nation en lobbyistes des collectivités territoriales, d’empêcher tout travail parlementaire sérieux (les tâches de gestion locale devenant de plus en plus lourdes et accaparantes) et toute réforme ambitieuse du Parlement, de freiner la paritarisation de la vie politique, ce cumul a commencé à être timidement réglementé en 1985, sans grand succès.

Alors que la question du cumul des mandats avait été inscrite sur l’agenda de la campagne pour l’élection présidentielle de 2007 – la plupart des candidat-e-s ayant pris position en faveur du mandat unique pour les député-e-s –, la campagne pour les élections municipales (et… cantonales) a envoyé des signaux contradictoires : d’un côté certains candidats considèrent que la renonciation quelque peu emphatique à un emploi national constitue un argument positif auprès de leurs électeurs (l’exemple le plus spectaculaire étant celui d’Alain Juppé à Bordeaux), de l’autre la plupart des ministres sont (ré)élus à des postes locaux, tandis qu’à gauche, l’un des ténors de l’anti-cumul, Arnaud Montebourg, a décidé de briguer la présidence du Conseil général de Saône-et-Loire en sus de son mandat de député.

Le rapport du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, présidé par Edouard Balladur, a pris position en faveur du mandat unique des député-e-s, mais de manière minimaliste et seulement comme objectif à (très) long terme (proposition n° 56). Et dans sa « lettre d’orientation » à François Fillon du 12 novembre, le président Sarkozy enterre plutôt la question du non cumul même s’il propose une réforme originale (« l’octroi de moyens de fonctionnement supplémentaires aux parlementaires qui font le choix du mandat unique ») qui revient à renforcer les députés non cumulants plutôt que de limiter le cumul lui-même… En fait, la question du cumul des mandats est exclusivement abordée à travers le renforcement du rôle du Parlement et de la disponibilité des parlementaires, en laissant bien d’autres questions fondamentales de côté. Quid par exemple de la rotation des mandats et de la limitation des mandats dans le temps ? Quid du cumul horizontal des mandats et des fonctions locales, surtout si le mandat intercommunal compte enfin pour ce qu’il est ? Quid de l’évolution du statut de l’élu qui doit être indissociablement lié à toute réforme sur le cumul des mandats ? La question du cumul des mandats touche directement au fonctionnement démocratique : élargissement de la représentation politique, possibilités d’une décentralisation plus conforme aux objectifs qu’elle proclame (efficacité de la décision publique et démocratisation locale), etc.

En l’état, l’avant-projet de révision constitutionnelle – très en deçà du rapport Balladur – ne touche pas à la question du cumul des mandats (qu’il s’agisse des parlementaires mais aussi des ministres, alors même que l’on peut constater que l’ancienne « jurisprudence » Jospin interdisant aux ministres d’occuper un poste exécutif local est totalement enterrée). Sur la toile, pourtant, les initiatives se multiplient pour tenter d’imposer le mandat unique pour les députés. C’est ainsi qu’on pourra signer une pétition qui rencontre déjà un certain succès, mais aussi prendre la mesure exacte du phénomène sur le site de l’Observatoire du cumul des mandats dans la République (Obscure). Ce site produit des analyses sur le cumul des mandats (recensement des arguments pro et anti-cumul, état de la question dans la réforme institutionnelle – peut-être – en cours, enseignements des élections municipales de 2008, etc.) et fournit des ressources (données récentes sur le cumul – notamment à l’Assemblée nationale à la veille des élections municipales –, liens sur la toile, bibliographie, etc.). Il est animé par Marion Paoletti, maîtresse de conférences en science politique à l’Université Bordeaux IV, auteur récemment d’un petit essai décapant : Décentraliser d’accord, démocratiser d’abord, La Découverte, 2007.

Mardi 1 avril 2008

Cher(e) Camarade,

Au lendemain des élections municipales, je souhaite te faire part de mon sentiment sur l'état de notre Parti et sa nécessaire rénovation. En homme libre. En socialiste de toujours !

Le succès que nous venons de remporter nous permet de reprendre ce débat dans la sérénité.

L'appui que nous ont apporté les Français le 16 mars, l'espoir d'une alternative, nous créent maintenant un double devoir de vérité et de clarté.

Je crois en l'avenir de la Gauche : l'exigence de justice n'est pas près de s'éteindre ! Mais pour y répondre, il nous faut faire l'inventaire des transformations que nous devons apporter à notre pensée, comme à notre organisation.

Ma conviction, celle que j'avais déjà exprimée à la tribune du Conseil national après l'échec de 2007, c'est que le fonctionnement de notre Parti ne correspond plus aux défis d'une démocratie moderne. Sa rénovation constitue donc bien un préalable !

Héritée d'une histoire tourmentée, la logique des courants s'appuie depuis 20 ans sur des questions qui n'ont, à l'évidence, plus rien d'idéologique. Protégés par la proportionnelle, des dirigeants, en mal de notoriété ou d'influence, perpétuent depuis le Congrès de Rennes le même et vain combat. Celui-ci ne produit plus au mieux que des synthèses molles, au pire, comme on l'a encore vu à la présidentielle, des affrontements suicidaires.

Le bilan est terrible aux yeux d'une opinion persuadée que les Socialistes se sentent désormais davantage concernés par les batailles de pouvoir interne que par les solutions à apporter aux problèmes du pays. Cette dérive, au delà des défaillances personnelles, répond à des causes profondes auxquelles il faut nous attaquer, sauf à prédire sa réédition à la première occasion.

La réponse tient en une seule formule : démocratisation. C'est en donnant le premier et le dernier mot à nos adhérents que nous pourrons déjouer les petites tactiques, contourner les stratégies personnelles et faire prévaloir l'intérêt collectif.

Nous devons d'abord bâtir un Parti populaire et moderne, capable d'accueillir et de mettre en mouvement plusieurs centaines de milliers d'adhérents. Avec un objectif unique mais impératif, la victoire en 2012, auquel toutes les autres préoccupations doivent être subordonnées.

Nous devons ensuite, pour y parvenir, nous doter d'une Direction claire et un leadership fort de la confiance des adhérents.

Je propose ainsi que notre Premier secrétaire soit élu avant le Congrès, pour donner le ton et fixer l'orientation. Ce sera le moyen de déjouer les manoeuvres d'appareil et de consacrer notre congrès au travail de rénovation.

Nous devons également organiser différemment la consultation de nos adhérents. Je propose de renoncer au triste cortège des contributions, des motions et des nuits de synthèse pour organiser dans chaque fédération et chaque section une vaste consultation sur la base de laquelle sera établi le document d’orientation soumis au vote final (et aux amendements) de nos adhérents.

Je propose enfin de jeter les bases d'un fonctionnement plus efficace, plus démocratique et plus moderne. Comment nous ouvrir sur la société et changer notre rapport aux Français sans favoriser les adhésions, comme nous l’avons fait avec les nouveaux adhérents ? Comment faire vivre la démocratie sans tenir chaque année une Conférence nationale chargée d'arrêter les orientations du Parti ? Comment professionnaliser notre action, sinon en faisant de nos secrétaires nationaux des responsables à temps plein ?

L'autre axe de changement doit concerner nos alliances : la Gauche plurielle ne renaîtra pas et je ne vois pas l'intérêt pour le PS de ressusciter, à travers une quelconque formule de fédération d'appareils à bout de souffle. Quant à l'alliance au Centre, elle peut constituer une passade, le temps des municipales, ici ou là, mais certainement pas ouvrir une perspective si l'on veut bien tenir compte du fait que François Bayrou n'imagine de reconfiguration du paysage politique qu'autour de sa candidature à la présidentielle. Nous devons donc assumer notre destin, c'est à dire construire par nous-mêmes une nouvelle force politique représentative d'un électorat aujourd'hui éclaté qui cherche une alternative au sarkozysme.

Je propose qu'une fois le congrès passé, nous lancions des « Assises de l'Alternative », ouvertes à tous les citoyens, qu'ils viennent du Centre ou de la Gauche, qui voudront contribuer à refonder notre formation politique, un peu sur le mode des Assises du Socialisme lancées en 1974 par François Mitterrand et qui avaient permis à notre Parti de s'enrichir de tant d'apports nouveaux. Alors que le Parti se rétracte aujourd'hui sur un noyau dur, ces Assises nous permettront d'enclencher une dynamique d'adhésions dont nous savons, depuis le succès des nouveaux adhérents, qu'elle est possible. Cet élargissement résoudrait, en la rendant caduque, la question des Primaires.

De tels changements sont souvent présentés par leurs détracteurs, c'est à dire les conservateurs qui sont nombreux à Solférino, comme un retour à la SFIO. Le rapprochement est savoureux venant de ceux qui ont précisément placé le Parti dans la situation que connaissait la SFIO dans les années 60 : l'effacement de l'autorité de la direction nationale, l'incapacité à trancher et à fixer une stratégie, des alliances électorales à la carte.

Il est temps de rejeter le joug des habitudes, de bousculer le poids des intérêts de boutique et des ambitions personnelles. La clé du succès réside dans la capacité qui sera la nôtre à innover, changer, transformer.

Imposons le Changement. Ici et maintenant !

Je te prie de croire, Cher(e) Camarade, en l'expression de mes amitiés fidèlement socialistes.

Gaëtan Gorce

Jeudi 3 avril 2008
Il y a un problème entre Nicolas Sarkozy et la politique économique. S'exprimant récemment à un colloque au Sénat, le président déclarait que, contre les conseils de tous ceux qui lui disaient de pratiquer une politique de l'offre, il avait heureusement choisi de faire, avec les heures supplémentaires, et son slogan "travailler plus pour gagner plus", une politique de la demande, devançant ainsi George Bush face au ralentissement mondial, et que, au demeurant, il n'avait jamais bien compris la différence entre une politique de la demande et une politique de l'offre.

 

Cela se voit. Toute économie de marché chemine sur une ligne de crête bordée de deux précipices : d'un côté, si elle croît trop vite, elle tombe dans l'inflation ; de l'autre côté, si elle croît trop lentement, elle tombe dans le chômage. Entre ces deux écueils, l'équilibre est difficile à trouver. En France, pendant les "trente glorieuses" de croissance à 5 %, nous avons souffert de l'inflation. Puis, après 1974, durant les trente années suivantes de croissance à 2,5 %, nous avons souffert du chômage. Pas facile de piloter une économie !

Les recettes sont pourtant connues : en période d'inflation, il faut libérer l'appareil productif par une politique de l'offre de production en faveur des entreprises. En période de chômage, il faut injecter du pouvoir d'achat par une politique de demande en faveur des ménages. Quand on a, comme en 2008, à la fois un peu trop d'inflation et un peu trop de chômage, on peut chercher un dosage des deux politiques.

Or, que dit M. Sarkozy ? Il entend faire une politique de la demande en donnant du pouvoir d'achat grâce aux heures supplémentaires. Profonde erreur ! "Travailler plus pour gagner plus", c'est une politique de l'offre. On agit en faveur des entreprises pour qu'elles accroissent leur production et distribuent ensuite plus de salaires. La politique de la demande serait l'inverse : "Gagner plus pour travailler plus." C'était la découverte géniale de John Maynard Keynes de montrer que, si on commence par distribuer du pouvoir d'achat, celui-ci est alors consommé et permet à la machine économique de redémarrer.

Rappelons-nous la crise de 1930 : tout s'arrêta et les gouvernements, devant la chute de leurs recettes fiscales, se dirent avec "bon sens" que, quand on a moins de recettes, il faut réduire ses dépenses, ce qui eut l'effet inverse. Le "bon sens" mena à la catastrophe : l'Etat, en réduisant ses dépenses, aggrava la crise. Keynes montra alors qu'il fallait continuer à dépenser, en acceptant un déficit, jusqu'à ce que l'économie redémarre. La leçon fut suivie avec succès durant toutes les décennies ultérieures.