Désirs d'Avenir 76 Comité de Seine-Maritime
 
 
Avec Ségolène Royal nos Désirs d'Avenir continuent !
 
 

Ségolène Royal

"Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas"" Ségolène ROYAL Paris, le 6 mai 2007
 

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Le 6 mai et après 
avec Ségolène !

"Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas,
ce que nous avons commencé ensemble,
nous allons le continuer ensemble" 


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Dans votre commune, votre quartier , Créez votre comité !
 
     
3 Dates à retenir :
  1/A l'initiative d'Alain MAIRE animateur DA 76 le Havre , deux réunions dans le cadre de la consultation participative "pour un congrès utile et serein" nous vous invitons le:

 

        -  le 17 mai  à la section du Havre  (9rue Georges Braque )  de 14h à 17h

« Le Parti socialiste doit intégrer toutes les nouvelles formes de militantisme et d’engagement citoyen, ainsi que les réussites du travail des élus locaux. Il doit aussi décider efficacement, avec le sens de la discipline collective. Quelles nouvelles règles communes pour y parvenir sereinement ? »

-le 24 mai à la section du  Havre (9rue Georges Braque ) de 14h à 17h

    « Le socialisme ne peut pas se contenter d’aménager le capitalisme financier à la marge : comment produire et répartir  autrement la
 richesse ?
_______________________________________________________________________________________

 2/ Débat public sur l’Agglo de Rouen prévu initialement le vendredi 16 mai 20h30 , est reporté au Jeudi 22 mai
à la Maison de la Lombardie, 50 rue Leverrier, sur les Hauts de Rouen

Chères amies, chers amis,  
je vous souhaite la bienvenue sur ce site participatif. Il répond à l'initiative que nous avons lancée, en vue du Congrès du Parti socialiste, pour lancer un débat de qualité, serein, utile aux Français. Je compte sur vous pour le faire vivre et apporter vos idées. Elles nous permettront de composer une belle contribution dont nous serons toutes et tous co-auteurs !

                                                                 Ségolène Royal

Mardi 16 octobre 2007
L’ère du soupçon
 
libe.gif Isabelle Adjani  comédienne.
QUOTIDIEN : mardi 16 octobre 2007
 
 Quelles que soient nos origines, quels que soient nos gènes, nous les Français, tous les Français, sommes là pour entrer en résistance et refuser l’instauration, par l’amendement Mariani, d’un test ADN. Pourquoi ? Parce que c’est un test qui jette le soupçon sur les étrangers, des immigrés qui sont, rappelons-le, en situation régulière !

Encore pourquoi ? Parce que c’est un test qui va à l’encontre de ce qui fonde la «filiation» dans notre République, à savoir la reconnaissance et la déclaration, une véritable déclaration d’amour. Oui, une déclaration d’amour ! Oui, oui, car si je dis «il est mon fils», «elle est ma fille», la République et tous ses citoyens leur reconnaissent alors la légitimité de porter ce titre, et bien plus, de porter un nom : en faisant ainsi, la République inscrit nos enfants dans une lignée, dans une histoire.

Nous refusons en bloc un amendement qui, sous couvert d’intégrer plus rapidement celles et ceux qui attendent ici leur famille, les stigmatise, les marque au fer rouge, en inscrivant un soupçon d’irrégularité dans le sang d’hommes et de femmes qui sont, rappelons-le, totalement en règle.

Il s’agit bien de l’ère du soupçon ! Car ce qui est désigné ici c’est «l’étranger», «l’autre», cet autre qui veut à tout prix mentir et tromper ! Et pour le prouver il serait alors demandé un traçage génétique, comme s’il s’agissait de bétail, de vaches folles !

Sommes-nous donc devenus fous au point d’oublier que quand la xénophobie fait appel à la science et à la technologie, alors le pire a toujours été possible… Et le pire reste toujours à craindre ! Cet amendement est tout simplement hors la loi au regard des règles de la bioéthique.

Nous sommes tous des sang-mêlé, nous sommes tous des Français, nous sommes tous des filles et des fils de France, qui refusons que l’amour d’une mère et l’amour d’un père puissent être réduits à une paire de chromosomes !

La France est le pays des droits de l’homme et du citoyen. Accepterons-nous qu’il y ait demain des droits pour les citoyens d’un côté et de l’autre côté des droits différents pour ces «autres», ces hommes et ces femmes qu’on empêcherait d’être citoyen. Comme si ces hommes et ces femmes, en quittant leur pays, avaient perdu le droit, ici, d’être tout à fait des êtres humains.

Je veux espérer que notre président de la République ne laissera jamais pareille chose se produire, et comme lui, je veux croire qu’ensemble tout devient vraiment possible.

Jeudi 18 octobre 2007
Tribune dans "les Echos"
Ségolène ROYAL
 Nicolas Sarkozy nous disait que tout était prêt pour provoquer, dès l'élection, le choc de croissance, le choc de confiance. Il raillait la nécessité du dialogue social pour réformer. Il se gaussait du constat sur la dette publique. Il se moquait des propositions de création d'un « small business act » et d'une sécurité sociale professionnelle.

Six mois plus tard, le choc promis est celui de la méfiance. Pourquoi Archaïsme, arrogance, affrontement constituent les poisons par lesquels le pouvoir en place est en train de miner les chances de redressement de la France.

Archaïsme. A cause d'une méthode de gouvernance déplorable, la France a connu hier une journée de grève, des transports bloqués, et je dis qu'un pays moderne, confronté à la compétition mondiale ne peut pas se permettre ce type de situation. Arrogance. Une conférence nationale sur la croissance, le pouvoir d'achat et les retraites aurait du être convoquée dès la rentrée pour prendre à bras le corps, et sérieusement, tous les défis qui se posent à nous. Arrogance des cadeaux fiscaux aux privilégiés alors que la grande pauvreté s'accélère, que quatre millions de salariés sont payés en dessous du SMIC (au 1er juillet 2007, après la revalorisation du salaire minimum, plus de 60% des branches sont repassées sous la barre du SMIC pour le premier niveau de la grille salariale), tandis que se profile la réduction de l'accès aux soins. Les enquêtes récentes montrent une inquiétante aggravation des conditions de travail des salariés et une augmentation des journées perdues pour maladies professionnelles.

Affrontement. Ce choix de méthode dépassée et nuisible ne peut conduire qu'aux blocages des réformes structurelles indispensables. C'est un pacte social clair, responsable, efficace dans lequel l'Etat, par son comportement moral, est le garant d'un objectif gagnant- gagnant qui pourrait permettre de mobiliser pleinement les énergies. Le pouvoir est en train de gâcher les bonnes dispositions de nos leaders syndicaux qui sont prêts, pour beaucoup d'entre eux, à accompagner les besoins d'agilité des entreprises. Mais en focalisant la réforme sur les seuls régimes spéciaux, tandis que les scandales politico-financiers révèlent des connivences douteuses et des enrichissements scandaleux des amis du pouvoir, alors que, sans vergogne, est promise au MEDEF la dépénalisation du droit des affaires, comment les salariés peuvent-ils avoir confiance. Je suis convaincue qu'il faut changer de toute urgence la façon de concevoir la création de valeurs et de richesses. Je suis convaincue qu'un développement durable repose aujourd'hui sur les trois piliers que sont l'économique, le social et l'environnemental et que la défaillance d'un seul peut faire crouler le tout. Nous sommes la cinquième puissance économique mondiale, mais nous devons ce rang au travail des Français qui conquièrent des marchés, qui innovent, qui prennent des risques et travaillent dur. Et je suis convaincue que nous ne tiendrons durablement ce rang que si accélérons notre capacité à mobiliser les compétences, à motiver et à former les salariés et à investir dans les PME pour leur permettre de franchir les seuils de performance. L'assainissement de nos finances publiques est une nécessité. Elle suppose une méthode raisonnée, consistant avant toute chose à conforter les marges de manœuvre destinées au financement des dépenses réellement prioritaires. La priorité budgétaire doit donc être consacrée, d'une part au désendettement de la France et d'autre part à la préparation de l'avenir par le soutien aux petites et moyennes entreprises en termes de recherche, de formation, d'investissement, et d'exportation. C'est là que se trouve la source d'une nouvelle croissance, économiquement performante, écologiquement responsable et socialement efficace. Des économies doivent être recherchées à travers la modernisation de l'Etat, une décentralisation efficace et la réforme de notre protection sociale. Mais ces réformes ne peuvent se faire que dans la recherche obstinée d'un consensus national obtenu par le dialogue. Cette nouvelle façon de faire doit se traduire en tout premier lieu dans la gestion des finances publiques. Or, le projet de budget pour 2008 accentue le choc de méfiance. Il révèle en effet l'incapacité du gouvernement à maîtriser le déficit de l'Etat, puisque celui-ci devrait augmenter de 3,3 milliards d'euros par rapport à 2007, pour atteindre 41,7 milliards d'euros en 2008. De son côté, l'état des finances sociales n'est guère plus reluisant, avec un déficit du régime général de la Sécurité Sociale évalué pour 2008 à 9 milliards d'euros et qui atteindra probablement plus de 12 milliards d'euros.

La position de la France au sein de l'Union européenne s'est dégradée : elle fait aujourd'hui partie des cinq pays européens les plus endettés, alors qu'il y a dix ans elle était le 2ème pays le moins endetté. Surtout, en s'endettant toujours davantage pour couvrir ses déficits, notre pays est à contre-courant de la majorité de ses partenaires européens qui, eux, se désendettent. Ces mauvais résultats ont été obtenus alors même que l'Etat n'a pas hésité à céder des actifs publics considérables : 15 milliards d'euros tirés de la privatisation des sociétés concessionnaires d'autoroutes fin 2005 ont servi en 2006 et 2007 à éponger une partie des déficits, l'Etat perdant au passage les recettes que les sociétés devaient verser au budget.

La France est ainsi plus que jamais vulnérable à la hausse des taux d'intérêt : la seule charge de la dette de l'Etat devrait ainsi augmenter de 1,6 milliards d'euros en 2008 par rapport à 2007.

La situation est d'autant plus inquiétante que les perspectives économiques et financières sont peu encourageantes. Avec des déficits extérieurs record depuis trois ans, révélateurs de la perte de compétitivité de notre économie, la France cumule désormais les handicaps : les déficits commerciaux pèsent sur la croissance, et l'atonie de la croissance pèse sur les comptes publics.

Il faut donc un sursaut. Il faut d'autres façons de penser et d'agir car, pendant ce temps, la mondialisation n'attend pas. Les investissements dans les pays émergents s'accélèrent, les multinationales les ayant augmenté, souligne la CNUCED, de 38% (+ 1,3 milliards de dollars) en 2006, mais surtout les groupes basés dans les pays en développement, comme Embraer au Brésil, Mittal en Inde ou Petronas en Malaisie, sont aujourd'hui de redoutables concurrents dans les secteurs de pointe.

Le défi à relever est donc considérable mais il est à notre portée. Il doit s'appuyer sur nos forces, notre matière grise et sur les capacités de l'Europe. Il faut cesser de jouer « petit bras » et « petite politique ».

Et surtout, Nicolas Sarkozy doit cesser de garder le pire de la continuité (la dette et l'affairisme) et de choisir le pire de la rupture (l'affrontement et les injustices), pour agir de manière moderne et efficace afin que la France saisisse, de énergiquement, toutes ses chances. C'est une société de confiance qui permet le choc de croissance.
 
Signature Ségolène Royal
Lundi 29 octobre 2007
Je vous prie de bien vouloir trouver ci-dessous l'intervention que j'ai prononcée à l'occasion du conseil national du PS du samedi 27 octobre 2007. J'ai souhaité faire part du malaise que l'on peut ressentir à la base.
  Pour me présenter rapidement, je fais parti du « tiers renouvelable » du conseil national, c'est le tiers que l'on change à chaque congrès dans le cadre de la rénovation ... les deux autres tiers, vous le savez bien, sont figés et absents. Je suis par ailleurs secrétaire section et à ce titre j'ai un certain nombre de points à aborder.

Tout d'abord, on n'en a ras-le-bol, à la base, des petites phrases, des critiques acerbes vis à vis des uns et des autres. Il y a un vrai malaise. Car, lorsqu'on attaque un (ou une) socialiste en particulier dans la presse, ce sont tous les socialistes que l'on affaiblit. Aussi, les camarades souhaitent que nos responsables nationaux utilisent le temps qui leur est consacré dans les médias pour s'opposer et proposer face à la politique qui est actuellement mis en oeuvre par le régime SARKOZY. Il y a des instances de débat au sein du parti socialiste pour exprimer ses différences, encore faudrait-il que ceux qui prennent des responsabilités y siègent, ce qu'ils ne font pas aujourd'hui.

Ensuite, je veux parler du processus de rénovation. Il ne faudrait pas nous prendre pour des imbéciles. On veut bien animer des débats internes dans les sections, des débats publics, des cafés débats, ce que vous voulez mais quand on adresse des contributions locales, merci de ne pas nous répondre par un simple accusé de réception. Prenez connaissance de nos propositions et évitez le classement vertical, ça nous évitera d'avoir l'impression d'avoir travailler pour rien si ce n'est d'avoir donné une légitimité à la forme (l'image de la rénovation) mais de ne pas avoir pu participer au fond. Nous souhaitons que des réponses précises soient apportées à chaque proposition qui émanera des sections et des fédérations. Dans cette perspective, nous lancerons, avec plusieurs secrétaires de section, une initiative car dans ce parti, si vous n'êtes pas organisés, on ne vous prend pas au sérieux.

De plus, nous devons faire front commun face à la machine de guerre qui est en place au sommet de l'Etat. Il est temps, grand temps, de passer du socialisme de l'inventaire au socialisme de l'invention. Je suis fier du bilan qui a été accompli par le gouvernement de Lionel JOSPIN même s'il comporte des ombres, il y a des lumières. Je suis fier de ce qu'ont réalisé les socialistes aux congrès de Dijon et du Mans, en 2004 lors des élections régionales et européennes. Je suis beaucoup moins fier de l'image que nous avons donné en 2005 lors du référendum ou pendant la campagne interne de 2006 et externe de 2007. Tirons les conséquences de nos erreurs, respectez le vote des militants, et ensemble construisons enfin un parti socialiste fort, ouvert. Respectons tout simplement nos engagements de congrès validés par les militants. Quand on est incapable de respecter le vote de quelques centaines de milliers d'adhérents, comment peut-on être crédible vis à vis de millions d'électeurs ?

Enfin, il est temps de remettre en route une campagne nationale d'adhésion. J'en ai entendu un certain nombre siffler lorsque la proposition a été émise à l'occasion du dernier conseil national. J'en ai même entendu jouer aux enchères (« 6 euros, 5 euros, ... etc »). Depuis, il semble qu'au plan national, il y ait eu beaucoup de défections. Eh bien, je vous invite à réfléchir et surtout à agir, à ne pas avoir peur des nouveaux adhérents car ce sont eux qui feront le parti socialiste, ce sont eux qui participeront à nos campagnes (notamment municipales et cantonales de mars 2008), ce sont eux qui représenteront le renouvellement. Si vous refusez ce principe aujourd'hui, alors cela signifie que le conseil national n'est devenu que la chambre de résistance face au mouvement de rénovation qui traverse le PS mais aussi toute la gauche. Le conseil national serait-il devenu à l'image du Sénat ? Une vieille institution conservatrice qui est vouée à la décrépitude.
 
Laurent GRANDGUILLAUME
Samedi 3 novembre 2007
QUOTIDIEN : vendredi 2 novembre 2007libe.gif

Magie de l’actualité : parfois un feuilleton s’y installe, totalement inédit, et vient bousculer toutes les règles du genre. C’est le cas de l’affaire de l’Arche de Zoé. Avec toute la puissance inattendue de son appellation, ce choc de biblique et d’enfantin qui produit de la poésie pure, elle est venue chasser de la une des 20 heures Clearstream, le Grenelle, les incendies, les explosions, les grèves et autres feuilletons plan-plan qui croyaient y avoir leur rond de serviette (sans parler de l’omnifeuilleton Sarkozy).

L’affaire captive d’abord parce qu’on peine à y distinguer les bons des méchants. Habituellement, dans les séries patinées par des décennies de diffusion régulière au 20 heures, les rôles sont distribués de manière lisible et non perturbante pour le public. Méchants grévistes contre infortunés usagers, inquiétants «jeunes de banlieue» contre habitants, compagnies pétrolières spéculatrices contre automobilistes piégés à la pompe, dictateurs contre bonzes, tsunami contre vacanciers, chiens méchants contre bébés, gentil gouvernement qui multiplie les plans pour sauver la planète contre le reste du monde (ou l’inverse : inhumaine administration contre infortunés citoyens persécutés). Et tout à coup voilà que les signes se bousculent, deviennent indéchiffrables.

Des parents viennent attendre les enfants à l’aéroport, avec banderoles et petits gâteaux : dans l’imagerie du JT, ce sont forcément les gentils. Mais surprise : le gouvernement les accable. Quant au capitaine de l’Arche, il multiplie les signes du héros positif : non seulement c’est un pompier volontaire, mais voilà deux ans il est parti en Asie lointaine se battre contre le tsunami. Et voilà que l’Etat, ce monstre froid, le traite comme Bob Denard : un pestiféré contre lequel on a tout fait pour le dissuader de se lancer dans l’aventure. De l’autre côté, voilà un gouvernement en saharienne d’anciens guérilleros des sables, des procureurs africains sans cravate, qui demandent sur un ton rude des comptes à la France : nous sommes préparés à voir en eux toute l’arrogance naïve et insupportable des «rois nègres».

Mais resurprise : le gouvernement, le nôtre, notre fier gouvernement, semble se soumettre à l’engueulade. On n’y comprend plus rien. Le gouvernement contre des parents ! Le gouvernement filant doux devant un potentat du désert ! Il est vrai que planent sur l’Arche de terribles accusations : trafic d’organes et connexion avec des réseaux pédophiles. On croit que notre gouvernement, une fois encore, va laver immédiatement nos ressortissants de ces accusations boursouflées. Pas du tout. Aucune réaction. Là encore, le président-orateur, qui naguère s’y entendait si bien en grands discours lyriques sur «l’homme africain», qui montrait le chemin aux grands enfants du continent noir, file doux et garde un incompréhensible silence. Ce qui dérègle toutes les boussoles du JT et rend le récit illisible, on le voit, c’est l’étrange réaction du gouvernement français. Eût-il vitupéré le gouvernement tchadien, exigé à grands cris la libération de nos ressortissants, envoyé les paras, interpellé l’ONU, les choses auraient été claires. Mais voilà. Les lâchant bruyamment, semblant se ranger derrière Idriss Déby, il perturbe tout. En lisant les plus fines analyses de la presse écrite, on croit comprendre les raisons qui poussent à ce comportement apparemment incompréhensible. Peut-être les autorités françaises se sentent-elles coupables de n’avoir pas tout entrepris pour empêcher l’équipée baroque ; peut-être sentent-elles que la promotion du droit-de-l’hommisme kouchnérien au Quai d’Orsay pourrait avoir créé un climat intellectuel favorable à cette grande première d’«ingérence adoptive».

Donc, se sentant confusément responsable, craignant les reproches, un embrasement africain, une récupération par Ben Laden, le gouvernement surréagit et en rajoute dans la bruyante dénonciation. C’est classique. Et c’est ainsi que se brouille l’histoire. Mais cette histoire, au fond, quelle est-elle ? Derrière les tentatives désordonnées – et comme vouées d’avance à l’échec – de récit journalistique, on entend d’abord une histoire humaine, c’est-à-dire totalement irrationnelle. On entend d’abord souffler ce désir d’enfant qui emporte toutes les digues et fait courir tous les risques. Du côté des Africains offensés, on entend le souffle, pas moins puissant, de la peur des enlèvements d’enfants, et on entrevoit le grand fantôme de la traite. C’est une histoire davantage taillée pour le roman ou pour le cinéma que pour le pauvre JT, qui n’y comprendra jamais rien et dont ce n’est pas le métier.

Dimanche 4 novembre 2007
DDA A la une [03/11/07]

Je réponds à vos questions

Vous m'interrogez sur le référendum et me demandez pourquoi je ne réclame plus un référendum. Pendant la campagne présidentielle, je me suis engagée en effet à consulter les Français. Ma prise de position actuelle qui consiste à dire oui à une ratification parlementaire du mini-traité peut paraître contradictoire. Elle s'explique par le fait que ce texte étant vraiment minimum, c'est une sorte de règlement intérieur qui permet de fonctionner notamment en prévoyant des décisions à la majorité (je vous invite à vous reporter à l'interview que j'ai donnée dans Libération), cela ne mérite pas un référendum. Tous les autres socialistes européens et notamment le président de l'union, M. Socrates, y sont favorables. Il y a aujourd'hui en France de très graves problèmes de pouvoir d'achat qui diminue, d'injustice fiscale, de recul de la couverture maladie, de ralentissement de la croissance et par contraste, une telle consultation serait perçue comme décalée. Enfin ce que j'avais prévu c'est un référendum sur la réforme des institutions avec un volet sur les institutions européennes.

Certains d'entre vous s'interrogent sur une information parue dans une dépêche et reprise par France Inter notamment selon laquelle j'aurais porté plainte en diffamation contre le livre de Claude Allègre. Je ne sais pas pourquoi cette information sort bizarrement ces jours -ci alors qu'il y a d'autres sujets d'actualité plus importants et que je n'ai pas rendu publique cette action. J'ai en effet assigné les éditeurs de cet ouvrage,comme toutes les publications qui mettent ou mettront en cause ma vie de famille et mes enfants. Et comme l'expérience m'a appris que quand je demande l'euro symbolique de réparation, il y a souvent récidive, désormais je demande une amende afin que cesse une bonne fois pour toutes ces rumeurs détestables. Je pense que la nouvelle année 2008 va balayer tout cela.

Bien attentivement à vous,
Signature Ségolène Royal
 
Jeudi 8 novembre 2007
Ce qui est en train de se passer aux Echos est grave. Voilà un journal dont l'indépendance fonde la crédibilité, un journal qui gagne de l'argent, un journal dont le lectorat augmente.

Il vient de tomber aux mains de Bernard Arnault, la première fortune de France contre l'avis de sa rédaction qui s'est mobilisée pendant quatre mois en dénonçant des risques sérieux de conflits d'intérêt.

Car, comment parler sereinement des activités des multiples filiales du groupe LVMH ? Comment traiter sereinement les résultats des groupes concurrents ? Comment rester politiquement libres alors que Bernard Arnault est un ami intime de Nicolas Sarkozy ?

Parfaitement cynique, l'Elysée a non seulement couvert l'opération mais s'en est réjoui publiquement. C'est une formidable nouvelle pour un journal qu'un industriel achète 240 millions d'euros, c'est un prix très très important s'est réjoui George Marc Benamou le conseiller culture et audiovisuel de Nicolas Sarkozy en reconnaissant, mais sans s'en émouvoir, que oui, il risquait d'y avoir des conflits d'intérêt rédactionnels et éditoriaux.

En même temps qu'il rachète Les Echos, Bernard Arnault vend La Tribune... La première fortune de France s'arroge le droit de restructurer à son avantage le marché de la presse économique. Et le gouvernement ne trouve rien à redire. Quand on lui demande s'il va saisir le conseil de la concurrence pour s'assurer de la transparence de toute cette opération, il élude la réponse.

Quand l'argent, le pouvoir et la presse sont à ce point mélangés, il y a danger pour la démocratie.
 
Ségolène Royal
Vendredi 21 décembre 2007
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Le roman des amours du président paraît découpé en épisodes de 52 minutes. Celui de ses actions aussi

Encore un succès de l'ouverture : au printemps dernier, Carla Bruni s'était prononcée en faveur de Ségolène Royal. Mais la politique n'a jamais empêché les sentiments. Et puis Nicolas Sarkozy a tenu parole : il avait promis de moderniser la vie française; il le fait. De la part d'un président abandonné il y a deux mois par son épouse, un épisode comme celui de Disneyland eût été inimaginable il y a encore une quinzaine d'années. Avec pourtant une constante : tout le monde a remarqué la ressemblance physique entre Carla et Cécilia. Beaucoup de femmes vivent plusieurs aventures différentes avec le même homme; beaucoup d'hommes vivent la même aventure avec des femmes différentes; Nicolas Sarkozy est de ceux-là.
Le voilà en tout cas condamné par son système de communication à nous raconter une nouvelle histoire chaque semaine. C'est le principe des telenovelas brésiliennes. C'est ainsi que le roman de ses amours paraît découpé en épisodes de 52 minutes; celui de ses actions aussi. Avant le sauvetage des infirmières bulgares, il y avait eu celui des enfants de Neuilly. On voit, semaine après semaine, Sarkozy l'Africain succéder à Sarkozy l'Européen, qui avait lui-même précédé Sarkozy l'Américain. Il en va de même avec ses entreprises de politique intérieure : et tant pis si on laisse les problèmes en plan une fois les caméras parties. Chaque nouvel épisode chasse le précédent. Kadhafi, quel Kadhafi ? The show mustgo on.

C'est pourquoi il faut prendre au sérieux Sarkozy quand il nous suggère, interview après interview, que la présidence de la République ne lui suffit pas. Mais là où Giscard et Mtterrand se contentaient de se rêver en écrivains et Chirac en ethnologue, Sarkozy, lui, s'invente plusieurs vies à la fois. Mais où veutil en venir, à la fin ? Entend-il avant tout faire étalage de la variété de ses dons ? Ou au contraire se cacher derrière la multiplicité de son personnage ? Le fait est qu'un certain trouble est en train de s'installer, non seulement sur la ligne politique mais sur l'identité même de Nicolas Sarkozy. L'étranger est tourneboulé et ricaneur; le Français est à la fois fasciné et perplexe et l'image du président se brouille chaque jour davantage.

En vérité, l'ambiguïté s'est installée dès le premier soir avec le va-et-vient entre le Fouquet's et la place de la Concorde, entre le CAC 40 et le Top 50, comme on disait naguère, entre Bernard Arnault et Mireille Mathieu.
Je sais bien que la France est par excellence le pays de la connivence incestueuse des élites, mais tout de même... Cet homme cultive le paradoxe, et il est difficile de croire que ce soit gratuitement. Est-il donc le militant de l'ouverture à gauche ou celui des cadeaux aux riches ? Le bourreau des «privilèges», quand il s'agit des cheminots, et le fourrier des petits arrangements quand il s'agit de son salaire ? Le champion des droits de l'homme et le libérateur des otages célèbres ou l'ami complaisant de Bush, Hu Jintao, Poutine, Chavez, Kadhafi ( série en cours ) ? L'amoureux éploré de Cécilia ou le séducteur de tout ce qui compte à l'écran ?

Car voici le dernier épisode, en forme de sapin de Noël : la liaison affichée avec Carla Bruni, véritable scène de dépit amoureux mais surtout cadeau de fin d'année à toute cette presse qui a pour seul point de vue sur l'avenir le trou de la serrure. Au vrai, nul besoin cette fois-ci d'interminables planques : c'est à Disneyland que l'Etat français luimême avait rendez-vous avec la romance : on ne fait pas plus galant ni plus romantique. La France, qui aime bien voir les amours de ses princes se teinter d'un peu de mystère et de beaucoup de panache, est pour l'heure abasourdie : nous voilà tombés des ferrets d'Anne d'Autriche et du collier de Marie-Antoinette dans la verroterie de fête foraine.

Quelqu'un a dit un jour que la présidence de la République était une bonne situation mais qu'hélas ! elle n'offrait pas de débouchés. Nicolas Sarkozy est en train de démontrer le contraire : l'Elysée est un endroit rêvé pour tout faire, absolument tout, y compris autre chose.

Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur
Vendredi 28 décembre 2007
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QUOTIDIEN : vendredi 28 décembre 2007

Bernard-henri Lévy  
philosophe, directeur de la Règle du jeu.
 

C’est une femme, d’abord, qu’ils ont tuée.

Une femme belle.

Une femme visible, et même ostensiblement, spectaculairement visible. Une femme qui mettait son point d’honneur, non seulement à tenir meeting dans l’un des pays les plus dangereux du monde, mais à le faire à visage découvert, dévoilé - l’exact contraire de ces femmes honteuses, cachées, créatures de Satan et donc damnées, qui sont les seules femmes que tolèrent ces apôtres d’un monde sans femmes.

Ils ont tué un Juif avec Daniel Pearl.

Ils ont tué un musulman modéré, un lettré, un esprit libre, avec le commandant Massoud.

Ils ont tenté, avec Salman Rushdie, de tuer, pendant des années, un homme qui osait dire qu’être homme c’est aussi, parfois, choisir de choisir son destin.

Eh bien, avec BB, Benazir Bhutto, ils ont tué un peu tout cela ; mais ils ont aussi tué une femme, cette femme, ils ont éteint cette intolérable provocation qu’était l’éclat de ce visage montré, juste montré, exposé dans sa nudité sans défense et magnifiquement éloquente - ils ont tué celle qui, parce qu’elle était cette femme, parce qu’elle était ce visage de femme à la fois démuni et d’une force sans réplique, parce qu’elle vivait son destin de femme en refusant cette malédiction qui pèse, selon ces nouveaux fascistes que sont les jihadistes, sur le visage humain des femmes, ils ont tué, donc, celle qui était l’incarnation même de l’espoir, de l’esprit et de la volonté de démocratie, non seulement au Pakistan, mais en terre d’islam en général.

Pervez Musharraf était un faux adversaire d’Al-Qaeda. Il feignait de les combattre alors que, par son double jeu, ses alliances occultes, sa façon de tenir sous le coude son stock de terroristes et de les lâcher un à un, au compte-gouttes, selon les besoins de son alliance compliquée avec son grand ami américain, il faisait leur jeu en sous-main.

Benazir, si elle avait gagné, que dis-je ? si elle avait vécu, simplement vécu, n’aurait cessé de dire, par sa vie même, son être, sa présence, bref, son témoignage, qu’elle était leur adversaire résolue, absolue, irréductible : elle était, pour ces gens, une menace, mieux que politique, ontologique ; elle ne leur aurait pas fait de quartier, ils le savaient, ils l’ont tuée.

Je repense à elle, cet après-midi de décembre 2002, à Londres, à l’époque où j’enquêtais sur la mort de Daniel Pearl et, donc, sur cette poudrière, cette base arrière d’Al-Qaeda, parfois même cette base avancée qu’était déjà le Pakistan : belle, oui ; incroyablement courageuse dans sa volonté, coûte que coûte, de revenir dans ce pays qui lui avait déjà arraché, dans un parfum de tragédie shakespearienne, ses deux jeunes frères et son père.

Je revois son père, Zulfikar Ali Bhutto, il y a trente-cinq ans maintenant, juste avant la libération du Bangladesh et l’éclatement de ce Pakistan dont il était déjà le Premier ministre - je le revois tel qu’il était alors, ignorant du destin qui l’attendait, élégant, raffiné, pakistanais et anglophile, musulman et occidental, croisée vivante des deux cultures, enfant naturel et réussi de deux grands lignages culturels dont nul, en ce temps-là, n’imaginait que tant de forces allaient, si vite, tenter de les opposer.

Ils étaient, ces gens, le sel de la terre pakistanaise.

Ils étaient de ceux qui pouvaient empêcher, non seulement ce pays, mais cette région du monde de sombrer dans le chaos.

Benazir Bhutto est morte et, un peu comme le 9 septembre 2001, jour de la mort de Massoud, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le scénario macabre qu’ont, forcément, en tête ses assassins - je ne peux m’empêcher de me demander de quoi cet événement énorme, cet autre coup de tonnerre, peut bien être le prélude.

La meilleure façon de répondre c’est d’agir, et d’agir vite. La meilleure, la seule façon de répliquer à ce nouveau et terrible défi c’est de donner, tout de suite, toute son importance symbolique à l’événement.

Mme Bhutto sera inhumée dans les tout prochains jours dans ce pays martyr qu’est, plus que jamais, le Pakistan.

Il faut que soient là, pour l’accompagner dans ce voyage ultime, Angela Merkel, George Bush, Gordon Brown, les autres.

Il faut que notre président, Nicolas Sarkozy, consente à interrompre ses vacances pour aller dire, au cœur de cette fournaise où une religion devenue folle nourrit de plus en plus souvent le crime, que l’espérance des peuples est moins, comme il l’a imprudemment déclaré il y a quelques jours, dans la foi que dans la démocratie et le droit.

Il faut que derrière la dépouille de cette grande dame, comme jadis derrière celle d’Anouar al-Sadate ou de Yitzhak Rabin, soit présent le plus grand nombre possible de chefs de gouvernement et d’Etat, faisant de cette célébration funèbre une manifestation silencieuse et mondiale en faveur des valeurs de la démocratie et de paix.

Benazir Bhutto n’était chef ni de gouvernement ni d’Etat ? C’est vrai. Mais elle était davantage. Elle était un symbole. Et elle est, désormais, un étendard. Derrière son nom vont désormais se ranger tous ceux qui n’ont pas fait leur deuil de la liberté en terre d’islam. Et derrière son linceul doivent, d’ores et déjà, se tenir et se recueillir tous ceux qui croient encore que l’emportera, en Islam, le bon génie des Lumières sur celui du fanatisme et du crime.

Bernard-Henri Lévy est actionnaire et membre du conseil de surveillance de Libération.

Mardi 8 janvier 2008
Gérard Grunberg, directeur de recherche au CNRS, à Paris, et spécialiste du mouvement Accueilsocialiste, considère que l'ancienne candidate fait bien d'annoncer vouloir diriger le PS.
Ségolène Royal a lancé son offensive pour s'emparer de la direction du Parti socialiste. Elle a ainsi tranché pour son compte la question de savoir si la candidature socialiste à la présidence de la République doit passer ou non par la direction de l'organisation. Elle sait que, dans sa défaite de 2007, son absence de contrôle de son parti a pesé lourd.

En liant clairement cette tentative de diriger le Parti socialiste à son projet présidentiel, sa position présente une cohérence certaine dans un régime de plus en plus présidentialisé et où le Parti socialiste est avec l'UMP l'un des deux partis présidentiels. Ségolène Royal a sans doute pensé qu'elle ne pouvait prendre le risque de voir le prochain successeur de François Hollande à la direction du parti faire obstacle à sa candidature. En défendant à la fois un projet de rénovation du parti et un projet présidentiel, elle présidentialise encore davantage l'organisation, ce qui est une démarche logique.

Face à elle est en voie de constitution une alliance hétéroclite qui rassemble en réalité, au-delà des clivages politiques et personnels anciens, une sorte de cartel des non, dont l'objectif principal est d'empêcher Ségolène Royal de s'emparer du parti et, à terme, d'être à nouveau la candidate socialiste à la prochaine élection présidentielle. Pour l'instant, ce cartel présente les faiblesses de toutes les alliances de circonstance. Il n'a pas de véritable projet de rénovation, même s'il s'essaie à en bâtir un. Il n'a pas de véritable leader ni de candidat présidentiel crédible ou disponible. Il se bat en contre.

Les leaders de cette alliance, dite des «reconstructeurs», avancent quelques arguments à l'appui de leur démarche. La rénovation doit être collective, et seul un collectif peut porter ce projet. Il est trop tôt pour parler de la prochaine élection présidentielle, et le parti ne peut pas vivre dans une primaire interne permanente jusqu'en 2012. Ségolène Royal a été battue en 2007, elle n'a donc pas une légitimité évidente pour conduire la rénovation du parti et porter à nouveau les couleurs du PS à la prochaine élection présidentielle.

Cette argumentation est défendable, mais elle souffre d'une faiblesse majeure. Dans un régime politique où la personnalisation du pouvoir est forte, où l'élection présidentielle est l'élection majeure et où le Parti socialiste doit être capable de gagner une élection présidentielle, la volonté de ce cartel de «dépersonnaliser» la rénovation du parti et de la séparer de la question présidentielle ne peut qu'affaiblir gravement l'organisation.

Pour avoir une chance de l'emporter, ce cartel doit remplir l'une ou l'autre des deux conditions suivantes: soit proposer clairement une modification du mode de désignation du candidat à l'élection présidentielle qui découplerait la direction du parti et la candidature présidentielle en créant de véritables primaires à l'américaine ou à l'italienne, en faisant de cette question un enjeu majeur du congrès. Pour l'instant, il ne l'a pas fait clairement. Soit disposer en son sein d'un véritable leader capable lui aussi de briguer l'investiture socialiste de 2012 avec des chances de succès à la fois dans le parti et dans le pays.

La première condition est aujourd'hui difficile à remplir dans la mesure où, face à l'offre politique que va présenter Ségolène Royal, celle, désincarnée, de ce cartel risque bien de manquer d'impact fort dans l'opinion mais aussi dans le parti. Cette démarche n'est cependant pas impossible à mener. Quant à la deuxième condition, si l'on écarte - peut-être à tort - le retour de Dominique Strauss-Kahn dans le jeu, la seule personnalité socialiste ayant, pour l'instant, une chance de pouvoir contrer Ségolène Royal dans le parti et dans l'opinion est Bertrand Delanoë. Encore faut-il que celui-ci conserve la Mairie de Paris en mars prochain.

Le problème est cependant que le cartel ne lui est pas plus favorable qu'il ne l'est à Ségolène Royal, ne voulant accepter en réalité le leadership ni de l'un ni de l'autre. Une telle position est-elle tenable? C'est peu probable. Nous ne sommes plus à l'époque où un Guy Mollet put successivement barrer la route en 1965 à la candidature présidentielle de Gaston Defferre et en 1969 à celle de François Mitterrand. Le Parti socialiste ne peut plus faire l'impasse sur la présidentialisation du régime. Sa crédibilité actuelle est au plus bas, et le repli sur l'appareil du parti ne peut pas être une stratégie gagnante. Elle peut même affaiblir durablement ce parti. Le pire serait que le cartel se mette d'accord, pour des raisons tactiques, pour glisser dans sa plate-forme des éléments d'orthodoxie ou de semi-orthodoxie qui auraient pour seul résultat de gêner en 2012 le ou la candidat(e) socialiste au point de lui interdire le rassemblement sur son nom d'une majorité d'électeurs. Ce serait alors le choix de la défaite.

Ce type de situation s'est déjà produit dans le passé. Il a coûté cher au Parti socialiste. Ces considérations ne sous-entendent pas que Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë pourraient battre aisément le candidat de l'UMP en 2012, ni même qu'un autre candidat crédible ne pourrait pas apparaître dans les années à venir. Mais une démarche dont le seul but serait de barrer la route aux seuls candidats «présidentiables» du parti serait certainement très dommageable. Les Français, et particulièrement les sympathisants socialistes, attendent du Parti socialiste des propositions et un leader. L'un peut-il aller sans l'autre? Et, si oui, comment?
© Telos, Agence intellectuelle
Mardi 15 janvier 2008
Réponse à la Tribune de Libération :"Halte au meurtre"

Cher Michel Rocard,

Nous te répondons collectivement car si nous partageons ton diagnostic sur le besoin de     « jouer collectif » au Parti Socialiste, nous récusons sur le fond et la forme ton analyse qui semble bien peu clairvoyante et moderne pour un homme qui fut en son temps porte parole d'une modernisation du PS que certains d'entre nous ont soutenue.

Peu clairvoyant d'abord puisque tu proposes peu ou prou d'adopter la même solution qu'en 2002 : surtout ne pas choisir de « présidentiable » pour mieux attendre un hypothétique retour. Mais Michel, c'est oublier que d'ici 2012, nous avons besoin de quelqu'un pour incarner notre ligne rénovée et porter le changement dans plus de 4 scrutins à l'échelle nationale ! Alors,rééditer cette attente, ce que chacun au PS s'accorde désormais pour
qualifier d'ânerie, c'est tout simplement hors sujet à moins de vouloir  définitivement dégoûter les Français et les militants de notre parti.

Plus choquant encore, ton absence de combativité face au pouvoir actuel : «Il n'y a aucun moyen connu de mettre en cause l'ultra domination de Sarkozy ». Mais si, travailler collectivement pour proposer des alternatives sur le fond et gagner des scrutins intermédiaires, ce sont des moyens d'actions.  Ségolène Royal lutte au quotidien pour faire gagner la gauche en soutenant des candidats aux municipales sur le terrain partout en France.

Enfin, de la part d'un homme rigoureux tel que toi, l'analyse du passé que tu fais semble bien sélective : oublies-tu que François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy se sont pour leur part imposés dans leur camp bien avant l'élection présidentielle ? François Mitterrand fut candidat dès 1965 pour être élu en 1981 seulement. Jacques Chirac a pour sa part refondé le gaullisme et présenté sa candidature dès 1981 tandis que Nicolas Sarkozy y pensait depuis … 1995. Face à ces faits politiques, les exemples de Barre, Poher, Balladur ou le tien semblent bien … anecdotiques.

Pas progressiste ensuite par le mépris qui suinte à longueur de ta tribune envers Ségolène Royal que tu qualifies « d'avenante et charismatique », manière polie de dire : « tu es mignonne mais tu es trop conne ». Ce mépris, nous en avions déjà eu un aperçu quand tu lui assurais : «tu ne seras même pas au second tour». Manque de vision, pour le coup non ? Cela nous renvoie vraiment, cher camarade, aux sempiternels stéréotypes rancis d'une partie de la droite « à la papa » plutôt qu'à l'égalité hommes-femmes que nous prônons
depuis 15 ans dans notre parti.

Mépriser une camarade nous semble déjà peu socialiste comme attitude mais mépriser celle qui a été choisie par 62% des militants et reste la plus populaire dans le cœur du peuple de gauche, c'est carrément un déni de démocratie. Non, Michel, nous respectons quant à nous les jeunes et leurs aînés, les femmes et les hommes, et nous ne nous abritons pas derrière de telles postures archaïques qui nous ont provisoirement affaiblis. Réfléchis avec nous, et pose ta plume convenue, pour t'armer à nouveau de tes flammes passées.

Ton choix de rejouer le match perdu contre François Mitterrand, alors que les Français attendent autre chose de nous, est assurément critiquable. Préfèrerais-tu donc continuer à travailler pour Nicolas Sarkozy que de voir la gauche revenir, rénovée et rassemblée, avec Ségolène Royal entourée d'une équipe rajeunie ?

As-tu peur que Ségolène réussisse ce que tu as raté en ton temps, c'est-à-dire précisément la construction d'un « discours cohérent rénové », que tu appelles de tes vœux, en partenariat avec tous les militants ?
L'opposition cohérente, militante et sûre de son projet, c'est en tout cas plus nous militants socialistes « de la base », nombreux et motivés, qui l'incarnons au quotidien que ceux qui jouent au petit jeu destructeur des tribunes assassines.

Rassemblons-nous pour débattre donc mais sans parti-pris « social démocrate » ou « d'attente » mais dans le respect mutuel et l'échange. A ces conditions, nous parviendrons de nouveau à être crédibles et audibles,collectivement.

*Les 36 premiers signataires* :

Luc Delaby – PS Malakoff, Brigitte Huttner – PS Nord, Guillaume Bertrand –PS Montreal, Christian Soulier - PS Le Plessis Robinson, Fabien-Pierre Nicolas – PS Paris, Pierre Trillot – PS Eure et Loir, Yvon Graïc – PS Seine Maritime, Emmanuel Dubois – PS Le Mans, Pascal Schmitt - PS St Leu d'Esserent, Joëlle Féral – PSE Bulgarie, Nicolas Gatineau – PS Montrouge, Elisabeth Humbert-Dorfmüller – PS Issy les Moulineaux, Régine et RolandSaint-Criq – PS Ardèche, Sahra Driouche – PS Montereau, Padovani Jean-Marie– PS Corse, Marie Lavin - PS Nogent sur Marne, René Angel – PS Marseillan, Jacqueline Dahlem – PS Marne, Jean-Louis Prengel – PS Pré St Gervais, Marc Billon – PSE Chicago, Pierre Aupert - PS Eysines, Guillaume Leblond – PSMoselle, Agnès Teboul – PS Paris, Yvette Ferrand - PS Tours, Daisy Stover –PS Paris, Jean Lacassagne – PS Dordogne, Koronko Boula – PS Caen, Pascal Peenaert – PS Aulnay sous Bois, Marie Casterez – PS Paris, Benoit Cornu - PS Haute Saône, Jean-Michel Caudron - PS Rouen, Daniel Cordiez – PS Nord, Patrice Dal-Molin - PS Vizille, Benoit Lonceint – PS Loiret…
Mardi 29 janvier 2008

undefinedTout indique hélas que Sarkozy ne fera que picorer parmi les mesures proposées sans en épouser l'exigence

Le moyen de passer au travers du rapport Attali sans y rien comprendre ? Le réduire à des critères politiques, le juger avec des lunettes teintées à l'idéologie. D'évidence, le rapport est d'inspiration libérale mais c'était sans doute inévitable. Il y avait peu de chances que, pour «libérer h croissance», on emmaillotât encore un peu plus les acteurs. «Libéral» ne s'oppose pas ici à «social», voire à socialisme, mais à dirigiste et même étatique. La conviction des membres de la commission, toutes opinions confondues, est en effet que la conception d'une société réglementée, qui continue de prévaloir en France, la rend incapable d'affronter les défis de la mondialisation et explique en grande partie son déclin, au moins relatif, dont aucun en vérité ne doutait. Pendant plus d'un quart de siècle, la réglementation a eu sa chance : elle n'a su ni relancer l'économie ni réduire le chômage. Il est grand temps d'essayer autre chose.

Trois cent quatorze mesures : c'est beaucoup trop. Cela tourne à l'inventaire de Prévert ou à la boîte à idées sur le comptoir de l'accueil. Mais qu'importe. Le Parisien, qu'il soit de droite ou de gauche, sait bien que, s'il ne trouve plus jamais de taxi quand il en a besoin, c'est que le rationnement en a été soigneusement organisé. Chacun sait aussi que la carte scolaire, loin d'avoir instauré l'égalité, a au contraire cantonné les plus modestes dans de véritables ghettos éducatifs. La commission a raison de vouloir abolir les privilèges et les niches de toutes sortes. Je serais en revanche plus réservé sur la libéralisation totale des grandes surfaces : l'existence de commerces de proximité ne participe-t-elle pas à la création d'un Bonheur national brut, que Nicolas Sarkozy a chargé de grands économistes comme Stiglitz et Sen de redéfinir ?

La logique du libéralisme et de la concurrence, c'est aussi l'évaluation. Alors que, dans toute la société, la notation règne en permanence, pour le médecin, le commerçant, l'artiste, le sportif, et maintenant le ministre, tous confrontés de facto aux performances de leurs concurrents, il est anormal que le fonctionnaire, supposé incarnation parfaite de l'Etat hégélien, échappe, à toute comparaison, à toute remise en cause. Redresser l'université française, c'est aussi y encourager la formation de pôles d'excellence. La commission a raison : la non-sélection à l'entrée de l'université a pour contrepartie nécessaire la diversification des filières et des diplômes. Voilà qui ne plaira guère aux étudiants, devenus au fil des ans les partisans les plus conservateurs de l'université napoléonienne. On pourrait multiplier les exemples. Compte-tenu des ambitions du rapport, il y faudrait d'interminables pages. Il arrive pourtant que les remèdes soient contestables. Ouvrir largement les portes à une immigration de travailleurs, n'est-ce pas passer par profits et pertes les 2 millions de chômeurs qui existent en France et renoncer à leur donner la formation nécessaire à leur entrée sur le marché du travail ?

Reste le fond du diagnostic : la France va mal et, dans tous les domaines, elle a besoin de remèdes de cheval. Soit. Mais il va falloir en convaincre les Français, et d'abord Nicolas Sarkozy lui-même qui, dès son arrivée en fonction, a tourné le dos à cette façon de voir. Au lieu du discours churchillien qui s'imposait, il a commencé à distribuer de l'argent à ceux qui n'en avaient pas besoin et s'est assis sur sa promesse de réduire la dette. Tout en développant un discours cosmétique teinté de grandes ambitions (la «politique de civilisation») , il se chiraquise à toute allure, traitant au cas par cas les affaires courantes pour ne contrarier personne : interdiction des OGM, c'est-à-dire concession énorme à l'écologie du sous-développement; mais aussi remise en cause des quotas de pêche, c'est-à-dire acceptation pure et simple de la course à l'épuisement de la planète. Tout cela manque terriblement de cohérence et surtout de courage.

On le voit mal, dans ces conditions, épouser la logique d'un rapport fondé sur le pessimisme de l'analyse et l'optimisme de la volonté. Tout indique qu'il picorera à l'intérieur, comme il est en train de le faire à propos du rapport Balladur sur les institutions. Mais sans en épouser l'exigence. L'écart entre le Verbe et l'Action est devenu tel à la tête de l'Etat que les Français sont en train de détaler à toutes jambes.
Jacques Julliard  Le Nouvel Observateur
Dimanche 3 février 2008
Deux évènements se sont produits la semaine dernière, de nature fort différente, et sur lesquels il est utile de revenir.

D'abord, la publication du rapport Attali et les réactions qu'il a pu susciter. La méthode suivie est discutable : solliciter les experts, ignorer les représentants politiques, laisser de côté les syndicats, oublier les citoyens, alors qu'il s'agit rien moins que de proposer une révision générale de notre manière d'aborder le monde moderne, tout cela ne peut que produire des malentendus. La cause de la réforme doit être partagée par tous et elle ne peut se concevoir sans pédagogie, c'est à dire sans débat. A la décharge d'Attali, reconnaissons néanmoins que les lieux propices à de tels échanges font défaut : le Parlement n'en a ni les moyens ni l'habitude (peut-être serait-ce là l'occasion de le réformer à son tour ?) ; le Conseil économique et social, qui pourrait en être le réceptacle naturel, est paralysé par une composition et une organisation d'un autre temps ... Mais au delà, force est de constater que notre pays, ses responsables politiques et ses autorités médiatiques ont du mal à s'accommoder de la discussion, chaque proposition faisant immédiatement l'objet, non d'une analyse, mais d'une polémique. Et tous étaient la semaine passée sommés de dire si oui ou non le rapport Attali était « libéral », façon de le qualifier aux yeux des uns et de le disqualifier aux yeux des autres, bref de tuer dans l'oeuf toute véritable réflexion de fond.

La réaction du Parti socialiste a été embarrassée, mais

pas autant que celle de l'UMP. Et là se trouve l'information importante : face à la réforme, la majorité de Nicolas Sarkozy se comporte comme une poule devant un couteau. J'estime et je répète depuis le printemps dernier que cette majorité est d'abord conservatrice et que le Président, loin d'être un réformateur, est un opportuniste qui saisit les occasions de changement quand elles lui paraissent médiatiquement porteuses et les abandonne quand elles lui paraissent dangereuses pour sa côte de popularité. C'est donc bien à la Gauche de relever le défi de la réforme, de la modernisation économique, du dialogue et de la confection d'un nouveau pacte social qui tire les conséquences de la situation nouvelle dans laquelle notre pays est placé depuis près de vingt ans, après le double choc idéologique et économique de la chute du Mur de Berlin et de la globalisation. En faisant ce choix, nous pourrons ainsi juger Sarkozy aux actes et nous tourner vers l'avenir, alors qu'il n'a de cesse de nous renvoyer vers le passé et la seule défense de notre modèle social.

Le second événement, c'est la chute du gouvernement Prodi . Il devrait conduire les partisans d'une primaire à l'intérieur de la Gauche à y réfléchir à deux fois avant d'en faire (mais n'est-ce pas trop tard ?) la panacée. Bien que choisi par une majorité écrasante des électeurs de Gauche, Prodi n'était que le leader d'une coalition éclatée, émiettée, soumise à des pressions idéologiques (sur sa