"Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas,
ce que nous avons commencé ensemble,
nous allons le continuer ensemble"
- le 17 mai à la section du Havre (9rue Georges Braque ) de 14h à 17h
« Le Parti socialiste doit intégrer toutes les
nouvelles formes de militantisme et d’engagement citoyen, ainsi que les réussites du travail des élus locaux. Il doit aussi décider efficacement, avec le sens de la
discipline collective. Quelles nouvelles règles communes pour y parvenir sereinement ? »
-le 24 mai à la section du Havre (9rue Georges Braque ) de 14h à 17h
richesse ?
à la Maison de la Lombardie, 50 rue Leverrier, sur les Hauts de Rouen
je vous souhaite la bienvenue sur ce site participatif. Il répond à l'initiative que nous avons lancée, en vue du Congrès du Parti socialiste, pour lancer un débat de qualité, serein, utile aux Français. Je compte sur vous pour le faire vivre et apporter vos idées. Elles nous permettront de composer une belle contribution dont nous serons toutes et tous co-auteurs !
Ségolène Royal
Si vous souhaitez une social-démocratie moderne à
la française, passez par le Centre: La gauche est trop maladroite... Et le PS n’a jamais été social-démocrate. Poids du passé et pesanteurs de l’ère d’Epinay et de la période
Gribouille...
Si vous souhaitez une social-démocratie moderne à la française, passez par le Centre : La gauche est trop maladroite... Et le PS n’a jamais été social-démocrate. Poids du passé et pesanteurs de l’ère d’Epinay et de la période Gribouille...
"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire" (Jean Jaurès)
REFONDATION : le mot à la mode ! « L’appel » à l’ordre du jour ! Pour Libération, pour le Nouvel Observateur, pour les mille et un cercles de réflexions (ou réseaux d’influences) qui parcourent
le PS ou gravitent autour. Refondation du PS, refondation de LA Gauche, refondation DES Gauches, refondation de l’écologie politique (et des politiques écologiques), refondation de la
social-démocratie, refondation de l’anti-libéralisme, refondations communistes, citoyenne, sociale, sociétale, philosophiques...
Qu’est-ce que c’est une « refondation » ? Un renouvellement, une rénovation, une redéfinition, une « modernisation », une évolution, une réinvention, une « révolution » ?... Pourquoi ne parle-t-on pas de re-fondement ? Ce serait plus fondamental, peut-être...« Quand les hommes ne peuvent pas changer les choses, ils changent les mots », constatait Jean Jaurès.
Mais d’abord, qu’est-ce que la Gauche ou que sont les Gauches ? Et qu’est-ce que le PS, surtout, en dehors des clichés sur la gauche-caviar que Joffrin avait si bien décryptée en prédisant son échec aux présidentielles alors que les supporters étaient aveuglés par des sondages trompeurs ou jouaient les Gribouilles ?
La question posée dès la fin du premier septennat de Mitterrand a été reposée après chacune des défaites du parti de la rose au poing et de ses alliés. Mais elle reste sans réponse digne de ce nom.
Ce pourrait être intellectuellement passionnant : la question vaut toujours plus que la réponse, mais politiquement dramatique. Parce que les questions soulevées sont rarement les bonnes. « Le
courage, disait Jaurès, c’est de chercher la vérité et de la dire ».
Les hiérarques du PS passent leur temps à l’esquiver et à la taire, cette vérité : cela leur permet de durer, « drapés dans leur arrogance technocratique » (comme le dit depuis longtemps Kouchner)[1], vautrés dans leur paresse devant une société et un monde qui bouge trop vite pour eux, comme paralysés par une frilosité intellectuelle « provoquée par une sorte d’arthrose cérébrale chronique » et obsédés comme les notables de jadis par un carriérisme qui les coupe de ce « peuple » dont ils se réclament...
Quelques constats parmi d’autres :
La gauche est toujours demeurée minoritaire au premier tour des présidentielles (36,5% en 2007) depuis que cette élection existe.
La gauche vient de perdre sa troisième présidentielle consécutive. Et elle n’a eu qu’un Président se recommandant d’elle sur les six de la V ième République.
Les succès électoraux de second ordre gagnés par la gauche (régionales et européennes pour ne citer qu les deux dernières) ne se sont traduits ni par des renouvellements générationnels ni par des élus plus représentatifs de la société « plurielle »
Depuis 1992, l’électorat dit « populaire » ne vote plus majoritairement à gauche...
Les analyses faites jusqu’à présent de la défaite de Ségolène Royal ne sont que superficielles, partielles, partiales, minées par des calculs personnels, égotistes et tactiques, et surtout empreinte d’une hypocrisie généralisée qui fait honte à voir. Les Législatives servent de prétexte à refouler les diagnostics et les règlments de compte.
C’est fou comme le PS , qui n’est que l’héritier de la SFIO (relookée par Mitterrand) mais qui est devenu trop archaïque pour être bien intégré dans l’union des partis socialistes européens, est vraiment prisonnier de sa culture patrimoniale !
Il faut remonter au Congrès du Globe, en 1905. J’en ai relu la « déclaration de principes » fondatrice. Elle reste au cœur du fonctionnement bureaucratique de ce « parti » qui se voulait « de classe » et uni face « aux fractions politiques bourgeoises » : l’appareil domine tout, contrôle tout, y compris les élus qui ont des « mandats impératifs » et « ne peuvent engager le parti sans son assentiment ». Silence dans les rangs ! un bon militant est un militant obéissant. Et u élu un porte-voix de la « ligne » officielle. Cela stimule les imaginations et la créativité, bien sûr...
La règle des « synthèses », compromis entre « révolutionnaires « et « réformistes », entre « courants », entre « tendance » remonte au discours de Jaurès au Congrès de Toulouse en 1908 . « Nous n’acceptons pas qu’on oppose l’action d’aujourd’hui à l’action d’après-demain, nous n’acceptons pas qu’on oppose l’esprit révolutionnaire et l’action réformatrice du Parti. Nous disons que dans un Parti vraiment et profondément socialiste, l’esprit révolutionnaire réel est en proportion de l’action réformatrice efficace et que l’action réformatrice efficace est en proportion de la vigueur même de la pensée et de l’esprit révolutionnaires. » Un beau discours. De référence. A condition que l’esprit soit vraiment révolutionnaire et que l’action soit réellement réformiste.
Le syndrome de l’Union de la gauche remonte bien sûr au Congrès de Tours, en 1920... Les communistes l’emportent (3208 voix) et choisissent le III internationale.
Vive Lénine ! La minorité (1022 voix) refuse de confondre « communisme » et « socialisme » Mais la référence marxiste est verrouillée et la « Lutte des classes » scellée dans le marbre ! «
Restons des frères qu’aura séparé une querelle cruelle, mais une querelle de famille, et qu’un foyer commun pourra encore réunir », lancera Léon Blum...
D’où la difficulté pour les socialistes français de faire cet « aggiornamento », cette rupture avec le marxisme, cette reconnaissance du capitalisme et de l’économie de marché, cette orientation
« social-démocrate » qu’ont la plupart des partis socialistes européens depuis longtemps (depuis 1959 par le SPD, par exemple)
L’ivresse du pouvoir… !
ceux d’entre nous qui étions un peu navrés devant l’abstinence totale d’alcool médiatiquement affichée par notre nouveau président, seront définitivement rassurés.
Bon, à vrai dire, je ne sais si l’on doit en rire ou en pleurer de honte ; je ne sais si cela est le résultat d’un malencontreux mélange de Vodka et de Lexomil ; je ne sais pas non plus si le reste de la conférence était – si j’ose dire – du même tonneau ; je ne sais même pas s’il est stratégiquement pertinent d’assurer la diffusion de telles images mais ce dont je suis sûr, c’est que pour sa première conférence de presse internationale en tant que Président de la République française, Nicolas Sarkozy a donné une image pour le moins lamentable de notre pays aux yeux du monde entier. Enfin, quand je dis « entier », ce n’est pas tout à fait juste puisque cette image, vous ne l’avez vue sur aucune de nos grandes chaînes de télévision hexagonales…, vous n’en avez entendu parler sur aucune de nos radios nationales. Nicolas Sarkozy nous avait appris que nos frontières étaient capables d’arrêter les nuages radioactifs venus de Tchernobyl, il nous apprend maintenant qu’elles sont aussi capables de stopper toute information susceptible de lui nuire.
C’est dire combien nous sommes déjà entrés dans l’ère de la démocratie UMP, c'est-à-dire la possibilité généreusement donnée aux médias d’exercer la libre information des citoyens à condition de ne relayer exclusivement que les propos exaltant l’extraordinaire dynamisme de notre grand président : comment, par exemple, il s’est magnifiquement battu un après-midi entier pour imposer à Georges Bush himself l’ajout de l’adverbe « sérieusement » dans le communiqué final du G8 annonçant la réduction de 50% (et peu importe si l’on ignore sur quelle base seront calculés ces 50%…) des rejets de gaz à effets de serre.
Bien sûr, on me dira que la déception due à la sévère déroute électorale de la Gauche m’égare, que je ne suis qu’aigreurs et que l’utilisation de telles images est un procédé nauséabond qui déshonore ceux qui y ont recours ; on criera à la « politique poubelle » qui met notre démocratie en péril... Ces critiques auraient du sens si nous étions dans l’ordre de la vie privée ou si il s’agissait d’une vidéo volée ou trafiquée mais en l’occurrence nous sommes bien ici dans le cadre du plus haut sommet international qui soit – ah, l’ivresse des sommets ! Et Nicolas Sarkozy y représente la France, il nous représente et parle en notre nom. Nous sommes face à la fine fleur de la presse internationale ; et nos grands médias nationaux restent muets ??? Que n’auraient-ils pas dit d’une Ségolène Royal hilare, éméchée et bredouillante en pareilles circonstances ? Quand on se souvient de leurs commentaires méprisants et sans fin sur la « bravitude » alors qu’elle avait elle-même souri de cette bévue langagière totalement insignifiante, parions qu’ils auraient interprété cet état d’ébriété publique comme une manière de noyer un quelconque nouveau dépit amoureux – on sait aujourd’hui qu’une femme qui fait de la politique ne saurait être mue que par les seuls élans de son cœur ! – et parions aussi que les images auraient été diffusées en boucle sur toutes les grandes chaînes de télévision accompagnées de commentaires assassins réclamant à longueur d’antenne sa démission.
Alors je n’sais pas vous, mais moi, je crois que je vais me (re)mettre à boire.
A la bonne votre !
Combien de temps le PS refusera-t-il encore d'ouvrir les yeux ?
Ça n'est pas en ressassant les poncifs les plus éculés du Marxisme du genre : "les patrons doivent payer" que le PS fera sa rénovation !
Ce genre de slogan a toujours été contredit par les faits : les patrons ne paient jamais, ils répercutent toutes les cotisations sociales sur le prix de vente de leurs produits ou de leurs services... S'ils ne peuvent le faire ils s'expatrient. Ce qui fait que c'est toujours le consommateur qui paie !
Je suis un farouche partisan du resserrement des écarts entre classes sociales...mais certainement pas de la démagogie ! La démagogie parce qu'elle s'éloigne du réel, parce qu'elle est entièrement dans le champ de l'idéologie la plus stérile, ne peut qu'être préjudiciable aux plus faibles, aux plus démunis.
Dans ce combat contre le dumping social le transfert des charges sociales sur la TVA est un outil infiniment plus puissant que ne pourrait l'être par exemple un transfert vers la CSG, car la TVA s'applique également aux
importations (donc fait payer les producteurs pratiquant le dumping social)
Un allégement de charges sociales de 1 euros par la TVA sociale correspond à un allègement de 2 euros effectué par la CSG, sur le plan de l'efficacité anti dumping social."
Pourquoi nous avons soutenu Ségolène ?
Pour sa façon de prendre le parti
non par la gauche mais par la base
<< Regardez donc autour de vous ! Regardez le monde comme il va ! Conservez vos convictions mais débarrassez-nous de vos impostures ! >>
Les caciques hochaient la tête : décidément, ces Daniel, ces Joffrin, ces Julliard n'étaientils pas en train de << glisser à droite >> ? Sincèrement, nous n'avions pas l'impression d'être plus à droite que MM. Hollande, Strauss-Kahn, Fabius ou même Emmanuelli.
Seulement voilà : n'étant pas candidats à des fonctions électives au sein du PS, nous n'étions pas contraints de << prendre le parti par la gauche >>, c'est-à-dire d'émettre à intervalles réguliers ces calembredaines rituelles qui font plaisir aux militants mais découragent les électeurs. L'un déclarait, tout à trac, qu'il fallait d'urgence augmenter les impôts ; le deuxième, qu'il était temps de renationaliser l'énergie ; le troisième, qu'il était sage d'augmenter massivement le smic et de régulariser tous les sans-papiers.
Les ouvriers, à qui on ne la fait plus, avaient l'impression qu'on les prenait pour des billes et regardaient ailleurs. Les classes moyennes, lassées d'être maltraitées par leurs défenseurs naturels, cherchaient leur salut du côté de François Bayrou. Je veux bien vous faire une confidence : pourquoi croyez-vous que nous avons pris parti pour Ségolène Royal ? Pourquoi pensez-vous que j'ai personnellement mouillé ma chemise à la défendre ? Pour ses beaux yeux ? Pas seulement ! Parce qu'il ne nous avait pas échappé qu'elle partageait nos critiques à l'égard du PS ; nos critiques et nos inquiétudes ! D'où sa manière de prendre le parti non par la gauche mais par la base. D'où sa façon bien à elle de lâcher les chiens, ces déclarations inattendues, capricantes, mélange d'intuitions justes et de maladresses à demi calculées. D'où cette façon provocatrice de parler du travail, de la morale, de la patrie, de l'ordre, toutes notions que les imbéciles jugent réactionnaires, qui choquent les militants mais font plaisir aux électeurs.
La vérité est que Ségolène a improvisé une campagne dont les fondations étaient justes mais la construction quelque peu bâclée. Pendant ce temps-là, ses << camarades >>, furieux et meurtris, employaient le plus clair de leur temps à la démolir. Que dans ces conditions elle ait pu recueillir 26 % des voix au premier tour et 47 % au second relève de l'exploit. Un exploit que le parti s'est révélé incapable de renouveler aux législatives. Vous voyez bien... Alors, que faire ? On a déjà, ici, dans l'optique d'une refondation de la gauche, indiqué quelques orientations. Sous le nom de socialisme de marché , on a suggéré une voie qui permettrait au Parti socialiste de renouer avec l'univers de la production des richesses au lieu de se contenter de prétendre en modifier la répartition. Un parti qui borne sa compétence au social sans se préoccuper de l'économique peut être utile comme puissance tribunitienne ; mais comme tel, il n'a pas vocation à prétendre au gouvernement du pays ! Il me semble que c'est cela que les électeurs ont voulu lui faire entendre l'autre jour.
L'autre réflexion à mener devrait porter sur les alliances. Sur sa lancée idéologique actuelle et sur sa stratégie d'union de la gauche, le PS et ses alliés, qui pèsent environ 35 % du corps électoral, n'en représenteront que 30 ou même 25 la prochaine fois. Or, en démocratie, le premier devoir est de présenter un programme potentiellement majoritaire. Mener le combat électoral en écartant toutes les chances de le gagner, c'est un jeu qu'il faut laisser aux gauchistes. Ceux-là ne croient pas à la règle majoritaire ni aux élections ; ils s'entendent très bien pour les perdre. Lorsque Ségolène Royal propose de prendre langue avec le parti de François Bayrou, elle ne fait une fois de plus que tirer les conséquences de la situation d'aujourd'hui, qui est plus qu'un accident : la gauche, dans sa forme actuelle, est structurellement minoritaire. Il est temps de rompre avec la délectation morose qui naît d'une telle situation.
Le Nouvel Observateur
J'ai vu de la lumière et je suis rentrée.
J'ai eu connaissance de votre réunion. Bravo pour votre initiative, qui peut être un exemple pour les 700 comités locaux de Désirs d'Avenir.
Je suis fière de cette campagne que nous avons menée ensemble, surtout sur Paris, tant pour la présidentielle que pour les législatives.
Je vous invite à poursuivre votre travail, j'ai besoin de vous. En effet, Désirs d'Avenir, partie prenante du mouvement social, peut contribuer à donner au PS et à la gauche les couleurs de notre siècle, grâce aux conclusions de vos débats participatifs.
Désirs d'Avenir n'est pas en opposition, mais bien en complémentarité avec le PS. De même, Désirs d'Avenir n'est pas un lieu d'enjeux de pouvoir, car cette structure ne servira pas à désigner des candidats lors des prochaines échances électorales.
Nous ne devons pas céder aux fausses oppositions. Le réalisme ne s'oppose pas à la radicalité. La radicalité du mouvement social permet de réconcilier le souhaitable et le possible. Par exemple, la protection collective n'est pas en opposition avec l'individualisme de la société. Pour Jean Jaurès, "l'individu est la mesure de toute chose".
Ensemble, nous devons actualiser la matrice du PS, non de recycler une social-démocratie des années 50-60. Nous devons nous ouvrir aux intellectuels, aux réflexions des mouvements sociaux d'autres pays. Nous devons mobiliser notre intelligence collective. Pour ce faire, nous devons approfondir notre démarche de démocratie participative. Pour ma part, je m'engage à être garante de vos réflexions.
Je vous appelle d'ailleurs à prendre part à l'évolution du PS, en devenant militant de celui-ci, si ce n'est pas encore le cas. Si nous ne sommes pas propriétaires de nos voix, nous devons transformer les 17 millions de voix contre "l'autre" en voix pour la gauche, pour une nouvelle vision de la gauche.
La gauche doit batailler pour revisiter son logiciel, comme la droite a su le faire. Désirs d'Avenir a sa place pour cela, grâce la politique par la preuve. Nous aurons une assemblée générale de Désirs d'Avenir début septembre pour envoyer une synthèse de nos propositions vers le PS en octobre.
D'aucuns disent que la démocratie participative est finie, mais, non, nous devons continuer de militer pour une alternative crédible et une opposition constructive, je vais m'y employer. Les comités locaux de Désirs d'Avenir sont des lieux de construction d'idées pour renouveller la gauche.
Je compte sur vous pour libérer la parole des citoyens et administrer la preuve du possible. Ainsi, grâce à vous, le PS pourra se renouveller. JM Caudron
Au total, une seule refondation se sera révélée féconde : celle du Congrès d'Epinay en 1971. Elle suit la lourde défaite de juin 1968 aux élections législatives et l'absence de la gauche au second tour de l'élection présidentielle de juin 1969. Elle se fait avec le concours d'un "nouvel arrivant" dans la politique : François Mitterrand, onze fois ministre sous la IVe République, notamment dans le gouvernement de Guy Mollet de 1956 à 1957. Comme quoi il faut se méfier du piège des mots. L'histoire ne se répète pas, et elle fournit quelques leçons.
Il est bon de faire le tour de ce que les uns et les autres mettent derrière le mot "rénovation". Certains se contenteraient de changer le premier secrétaire : patience, François Hollande quitte sa fonction en 2008 ! D'autres veulent un renouvellement générationnel, mais la direction n'est pas si vieille que cela : il suffit de s'intéresser à nos secrétaires nationaux, et on verra à l'écran beaucoup de têtes nouvelles ! Féminiser, diversifier avec les hommes et les femmes issus de l'immigration : tout cela peut se faire mais ne change pas la politique pour autant. D'autres imaginent de changer le nom du Parti socialiste. Il ne faut pas avoir honte de son étiquette.
Que peut-on alors entendre par rénovation ? Je vois quelques pistes utiles à emprunter, de nature idéologique politique et culturelle, avant d'être programmatique.
Tout d'abord, un autre regard sur la mondialisation. Celle-ci est un fait du XXIe siècle. Elle reprend son cours historique ouvert au XVe siècle et interrompu entre 1914 et 1991 par deux guerres mondiales et une guerre froide jusqu'à la dissolution de l'Union soviétique. Trop souvent à gauche, dans les esprits, cette mondialisation est perçue et même présentée comme la menace et le risque suprêmes. Dans ce cas, la réaction est le repli et la peur, donc la fermeture et la frilosité.
La mondialisation est certes un défi, mais c'est aussi une nouvelle chance pour la France et l'Europe. Il faut être présent comme Pascal Lamy à l'OMC et peut-être Dominique Strauss-Kahn au FMI.
En second lieu, un comportement décomplexé face à l'extrême gauche et aux associations qui s'en recommandent. Trop longtemps les socialistes ont été culpabilisés par leurs voisins de gauche, communistes léninistes d'abord, trotskistes aujourd'hui. Eux aussi ont besoin de se rénover, mais s'y refusent. Adressons-nous à leurs électeurs, mais soyons totalement nous-mêmes, réformistes, sociaux-démocrates, sociaux-libéraux même. Ils sont le passé. Soyons l'avenir.
Ensuite, un engagement soutenu pour l'Europe. Les socialistes doivent rester un des fers de lance de la construction européenne. On ne peut pas devenir le Schtroumpf grognon de l'Europe. Un traité constitutionnel nous a divisés. Le second traité doit nous réunir. Nous ne devons pas faire la fine bouche pour chaque avancée de l'Union. Si nous attendons l'Europe idéale, elle ne sera jamais là. Si chacun exige l'Europe de ses rêves, l'impuissance sera au bout du chemin. Le prochain rendez-vous sera le traité réformateur ou modificatif : je voudrais qu'aucun socialiste ne lui dise non. La suite ici
La chronique de Jacques Julliard
Il n'est pas facile de parler sereinement de notre ministre des Affaires étrangères. Bernard Kouchner est l'ami du genre humain, et l'on voit
rarement ce type d'homme à ce type de poste. Il a été des années durant en concurrence avec l'abbé Pierre pour le titre d'homme le plus populaire de France. C'est dire. De plus, si le peuple
l'aime, les élites en raffolent. A gauche, parce qu'il fut successivement soixante- huitard, gauchiste de coeur, communiste oppositionnel, fondateur de Médecins sans Frontières puis de Médecins
du Monde, ministre socialiste pendant dix ans, haut- commissaire au Kosovo. A droite, parce que ce baroudeur de la paix a approuvé l'invasion de l'Irak par les Américains, proclamant tout haut ce
que les beaux quartiers n'osaient dire aussi longtemps que Chirac et Villepin étaient là.
Le voici au Quai-d'Orsay. Divine surprise ou habile gestion des hommes par Nicolas Sarkozy ? J'opte pour la seconde hypothèse. Le président a compris que l'ouverture à gauche pourrait servir à
l'inflexion à droite de sa politique étrangère. Kouchner va à Bagdad proclamer que la page est tournée de la querelle franco-américaine. Plus tard, il ajoute qu'il n'y aura plus
d'antiaméricanisme au gouvernement^ ce qui suggère qu'il y en avait auparavant... Mais c'est surtout à propos de l'Iran que Bernard Kouchner gagne ses galons de Realpolitiker atlantiste. Il se
prononce dès le mois de mai pour l'aggravation des sanctions si l'Iran ne renonce pas à l'enrichissement de son uranium. Et le 16 septembre, il franchit le pas en prononçant le mot fatal :
«Le monde doit se préparer au pire», c'est-à-dire à la «guerre »...
Ce qui distingue le diplomate du militaire, c'est le choix des mots, le poids accordé aux mots. Et là, de l'avis du monde entier, Kouchner a usé entièrement de l'artillerie lourde. Les Russes, les Allemands, les Autrichiens, les Arabes s'inquiètent : «Se préparer au pire», qu'est-ce que cela prépare au juste ? Il n'y a pas d'autre hypothèse que celle d'une frappe préventive contre l'Iran. A la Maison-Blanche, on n'en croit pas ses oreilles, et Robert Gates, le secrétaire américain à la Défense, se paie le luxe de calmer le jeu, soulignant que la diplomatie «restait pour le moment la meilleure approche». En paraissant ne plus imaginer d'autre issue que la montée aux extrêmes, Kouchner donne l'impression, malgré lui, d'avoir renoncé trop tôt aux moyens traditionnels de la diplomatie. Du coup, Nicolas Sarkozy estime lui-même que son ministre est allé trop loin : à deux reprises, il récuse le mot guerre et déconseille le voyage à Téhéran que son ministre envisage. Il n'est pas sûr en effet qu'il y serait bien reçu.
Résumons. En quelques mois, la diplomatie française a fait un véritable tête-à-queue. Hier principale opposante à la politique de Bush, la voici qui apparaît aujourd'hui au monde comme son fourrier. Nos alliés européens en ont le tournis. La voie est ouverte pour le retour solennel de la France dans l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (Otan). Il ne reste plus rien de ce qui a fait l'originalité et la valeur des positions gaulliennes de Jacques Chirac : le constat d'un monde multipolaire et les conséquences à en tirer. Quand on lit ce qu'Hubert Védrine a écrit avec raison et fermeté, dans son rapport au président, sur la tentation atlantiste et occidentaliste dans les élites françaises, on comprend qu'il ait refusé de diriger la diplomatie de Nicolas Sarkozy : il y eût été fort mal à l'aise.
Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur
Haro sur Ségolène ! Voilà ce qui semble être le maître mot de certains socialistes qui sortent tour à tour des livres anti-Ségo pour expliquer la défaite du PS à la présidentielle. Leur conclusion est pour tous la même : Ségolène n’était et ne sera pas la bonne candidate pour gagner.
Peu leur importe, car ils n’y pensent pas, que du même coup ils relèguent au rang de débiles profonds ceux qui ont eu l’audace de la choisir pour porter un Parti socialiste en manque d’idées. En gros ils leur déclarent, à ces pauvres électeurs déficients, par livres interposés : « Vous n’avez pas été au niveau, vous avez manqué de clairvoyance ! »
Ont-ils oubliés qu’un capitaine, que son ego a étouffé et qui n’a pas supporté un certain échec d’avril 2002, a préféré quitter le navire, laissant du même coup à son équipage le soin de colmater les fissures ? Sans Ségolène y aurait-il eu plus de 17 millions de voix derrière le PS ? N’a-t-elle pas eu le courage de vouloir remettre sur les rangs un PS qui faisait figure de conservatisme dépassé en montrant qu’il fallait revoir certaines idéologies que tout le monde sentait déjà désuètes et inadaptées au monde réel ?
Car le Parti est bel et bien en manque d’idée ! C’est un fait. Bertrand Delanoë n’a-t-il pas lancé sur son blog de pré-municipales un appel aux idées pour son Paris à venir ? A croire que 6 ans aux commandes de notre belle capitale l’ont abattu à ce point qu’il ne sait déjà plus comment appâter le manant. Ségolène appelait cela de la démocratie participative. Lui appelle cela l’expression démocratique. Le français aime la rhétorique, la sémantique. Mais le fond est le même. Parlez-nous de vous et nous porterons vos idées !
En ce sens déjà les Français peuvent remercier madame Royal d’avoir mis un coup de pied dans la fourmilière en décrépitude qu’est le Parti socialiste. La preuve en est que ces ténors anti-Ségo reprennent ses modes de fonctionnement et de modernisation, soit l’écoute de la voix du peuple. Car cette dernière ne vient pas des énarques, elle surgit de son terreau le plus profond, de ceux qui gagnent moins de 4 000 euros par mois. Ces fameux 4 000 euros que monsieur Hollande considère comme riches sans savoir ce qu’est une charge locative, ni même le nombre d’enfants à élever avec ce salaire à deux ! Imagine-t-il que l’on peut se serrer la ceinture pour faire grandir 3 enfants avec 3 500 euros par mois sans être propriétaire de son logement ? Se demande-t-il comment les couples, les familles font pour boucler les fins de mois ?
Je pose la question à ce donneur de leçons qu’est ce capitaine qui s’est vite débiné au soir du 21 avril 2002. Pourquoi cher monsieur Jospin avez vous mis en route les 35 heures au moment du passage à l’euro ? Comment vous qui savez tout, qui connaissez tout et qui avez réponse à tout n’avez pas pu percevoir, voire imaginer, l’augmentation des prix qui allait s’ensuivre ? Vous qui pendant votre législature avez continué à nier l’augmentation des prix ? Vous que cette mesure des 35 heures a amené à voir nos salaires gelés voire indexés sur le nombre d’heures à effectuer ? Nous avons vu, nous salariés, émerger la notion de travail effectif ! Avec le recul le peuple français peut dire que vous avez manqué de clairvoyance, vous savez cette qualité qui normalement fait les grands hommes ! Cette qualité vous fait défaut.
Voilà la première victoire de cette femme que tous veulent déjà enterrer. Elle a voulu replacer le Français moyen au centre du discours.
Le PS pendant le quinquennat de Jacques Chirac, pour exister sans programme, sans projet, s’est fait l’avocat du contre tout. Le non-non est devenu sa marque de fabrique, sans réflexion. Les idées des autres étant toujours négatives. Mais quelles sont donc les idées de la gauche ? Quelles sont les solutions ?
La gauche a besoin d’une figure. Ségolène Royal donnait à rêver. Pourquoi au lieu de vous acharner contre elle, ne vous rangez vous pas derrière elle, pourquoi ne l’aidez-vous pas à devenir celle, parce que le peuple français au fond l’aime bien, qui pourrait porter haut le drapeau d’une France en mouvement, avide d’espérance ? Mais au lieu de cela, vous préférez tirer sur l’ambulance. Méfiez-vous, car c’est bien l’ambulance qui seule peut vous amener jusqu’aux urgences...
La chronique de Jacques Julliard
Au fait, pourquoi «l'ouverture» ? Pourquoi Nicolas Sarkozy, au grand dam de ses partisans, continue-t-il de faire les yeux doux à ses adversaires
d'hier ? Pour une raison simple : parce qu'il entend parvenir à une maîtrise totale de la scène politique française.
Vis-à-vis de l'opposition, tout d'abord, à qui il chipe les uns après les autres tous ses dirigeants. Rares sont ceux qui résistent aux sirènes de «l'intérêt général». C'est fou comme, en
quelques mois, des dirigeants farouchement socialistes, au sein d'un parti qui faisait un crime à quelques-uns des siens de vouloir dialoguer avec Bayrou, ont été gagnés par le souffle puissant
de «l'intérêt général». On en pleure d'attendrissement. Chacun est aujourd'hui à même de mesurer la fermeté de leurs convictions passées à l'aune de leurs renoncements présents. On ne se lassera
pas de le répéter : la crise du socialisme est d'abord une crise de la moralité de ses dirigeants. Et puis ouvrir les portes du gouvernement à Jack Lang ou à Claude Allègre, cela coûte tout de
même moins cher que d'augmenter le smic !
Cette ouverture vers les socialistes a un autre avantage : faire cautionner par la gauche une politique de droite, comme on le voit avec les affaires étrangères ou l'immigration. Le retour au
bercail atlantique, l'absolution donnée à Bush pour sa politique irakienne, le durcissement envers les immigrés, avec la bénédiction ou le consentement de tous les ralliés - Kouchner, Besson,
Jouyet, Attali, Allègre, Lang, sans oublier DSK (1) -, aucun auteur de politique-fiction ne serait allé jusque-là. En vérité, il n'y a pas d'ouverture véritable parce qu'il n'y a pas eu de
négociation avant ralliement. Sarkozy les voulait à poil, il les a eus à poil. A aucun moment l'un quelconque des ralliés n'a obtenu de Sarkozy le moindre infléchissement vers la gauche de son
programme.
Le gouvernement ressemblera bientôt à un vaste cimetière d'éléphants. A terme, ce nettoyage par le vide rend service au PS, où il ne
restera que Ségolène Royal, Hollande, Fabius, Emmanuelli. C'est bien assez.A droite, maintenant. Le souci de tout président, après avoir fait
exploser son opposition, est de mater sa majorité. C'est pourquoi, naguère, il dissolvait à temps et à contretemps. Il en va autrement depuis l'instauration du quinquennat. Elue dans la continuité de
sa propre élection, sa majorité ne devrait lui causer aucun souci : elle est éminemment sarkozyste. Seulement voilà : Nicolas n'est pas plus sarkozyste que le Bon Dieu n'est pratiquant. C'est
pourquoi il a symboliquement sacrifié quelques chevaulégers comme Devedjian qui demandaient précisément un gouvernement sarkozyste.Si disciplinée
qu'elle soit, la majorité UMP ne pouvait voir sans frémir Nicolas Sarkozy s'autonomiser vis-à-vis d'elle, prendre de la distance, de la hauteur, en un mot, se chiraquiser à grande allure. D'où le
succès qu'elle fait actuellement au Premier ministre.
Entre victimes de l'ingratitude, on se comprend. Voilà François Fillon devenu champion de la rupture de droite plutôt que de l'ouverture à gauche. Premier collaborateur du maître ou statue du
Commandeur face à Don Juan- Sarkozy ? Au bout de quatre mois, la guérilla inscrite dans les textes entre le président et son Premier ministre est déjà en place.Que conclure de ce jeu de rôles ? Il est trop tôt pour le dire. Ceci pourtant : si j'appartenais à la commission Balladur, je me poserais des questions. Tandis que
celle-ci travaille à la réforme des institutions, on voit Sarkozy la mettre déjà en pratique. La commission hésite devant le régime présidentiel ? Il l'a déjà institué. Le jour où elle s'y
résignera, nous serons déjà dans le pouvoir personnel.
(1)Je n'y inclus pas Védrine, dont le rapport au président sur la politique étrangère est impeccable et sans
concession
Jacques Julliard
Une victoire des Bleus à Cardiff et on oublie
"faillite", "rigueur", "guerre" et même "détail".
Samedi soir, les Français l'ont emporté contre les All Blacks. Et si cette victoire sportive effaçait tout ?
Mieux qu'Houdini, que David Copperfield et Garcimore réunis. 20/18, et tout à coup oui, tout s'efface.
Une victoire des Bleus à Cardiff et on oublie "faillite", "rigueur", "guerre" et même "détail". La France depuis samedi soir, c'est fierté, rassemblement, jeu gagnant.
Une victoire des Bleus à Cardiff et on oublie donc François Fillon et ses gaffes à répétition, ses coups de menton pour exister et ses coups de blues quand il n'y parvient pas. Ses saillies faciles contre les médias, samedi devant le conseil national de l'UMP. Le premier ministre s'en est pris au "microcosme qui décrirait selon lui, des tensions au sommet de l'Etat et dans la majorité qui n'existent pas". Quand ce sont les protagonistes, acteurs ou témoins de ces tensions qui en rendent compte au microcosme - c'est à dire à nous, les journalistes - saillies faciles, récurrentes, dès qu'un premier ministre se trouve fragilisé, ne cherchez pas, c'est toujours à cause du microcosme.
Mais voilà, une victoire des Bleus à Cardiff et on oublie tout, jusqu'aux agaçements et énervements de Nicolas Sarkozy, contre son premier ministre, ses ministres et sa majorité, jugés pas à la hauteur pour les premiers, trop frondeuse et rétive pour la dernière. On oublie ce président solitaire, président de tout et de tous décidément, qui a même décidé de reprendre fissa sa casquette de président de l'UMP en convoquant désormais les petits déjeuners de la majorité à l'Elysée, et plus à Matignon, comme le veut la tradition. De qui, de quoi, Nicolas Sarkozy n'est-il pas le président aujourd'hui ?
Une victoire des Bleus à Cardiff et on oublie évidemment les réserves émises autour de la personnalité du ministre anti-daté, Bernard Laporte. Homme sandwich pour le jambon Madrange, Bic, Nike, Orange ou les maisons Phénix, homme d'affaire soupçonné hier par certains d'avoir porté au plus haut et au plus loin les liaisons dangeureuses rugby/argent, l'entraîneur de l'équipe de France est aujourd'hui, évidemment l'homme providentiel.
Dans l'euphorie post-match, on a même lu hier dans la presse dominicale, qu'on attendait désormais de voir si "ce succès parviendrait à booster la croissance".
Et oui, une victoire des bleus à Cardiff et le petit 1,8 % de croissance et les milliards d'euros de déficit et de dette s'effacent. Le "choc de confiance" tellement espéré par Nicolas Sarkozy, ne cherchez plus, il est là, servi sur un plateau par le pack de 15.
C'est la magie du sport sans doute, de distiller en cas de victoire, une sorte d'euphorisant collectif qui s'immisce partout et dans tout. En 98, c'était du foot, mais le triomphe des bleus avait eu cet effet magique de réconcilier une nation avec les siens, Black Blanc Beurs, avec ses dirigeants, la popularité de Jacques Chirac et Lionel Jospin avait culminé, avec son économie, moral et consommation des ménages étaient repartis à la hausse.
Alors, bis repetita ?
Les bleus du rugby n'ont gagné qu'un quart de finale, mais ils ont déjà donné une réalité à ce qui n'était jusque là qu'un slogan de campagne, "tout devient possible" - slogan présidentiel s'il en est.
Alors, la route est encore longue avant que la magie fasse encore éventuellement son effet. Mais on
sent bien, dans l'ardeur que Nicolas Sarkozy a mis à être présent dès les premières minutes du triomphe samedi soir, que quelques jours ou semaines au mieux d'engouement collectif au pire
d'amnésie collective lui siéraient parfaitement. Allez, au moins jusqu'à samedi soir prochain, on oublie tout.
Et si cette situation reste démocratique - Nicolas Sarkozy a été, bien sûr, régulièrement élu et ses projets de loi sont, in fine soumis au Parlement -, dans aucune démocratie moderne, on ne constate une telle concentration des pouvoirs. Dans l’euphorie d’un début de quinquennat, on ne s’en soucie guère. Pourtant, dans la durée, on sait bien que trop de pouvoir finit par nuire au pouvoir. Et à la démocratie.
Déni de justice
Nombre d'experts, juristes et magistrats, psychiatres et sociologues, avaient pourtant mis en garde : malgré de multiples travaux, aucune corrélation n'a jamais pu être établie entre la sévérité de la peine et le taux de récidive. Mieux même, l'analyse du système de peines planchers instauré aux Etats-Unis ou au Canada depuis une vingtaine d'années démontre qu'il est souvent contre-productif, notamment chez les mineurs, comme l'a souligné la commission de suivi de la récidive du ministère de la justice, il y a quelques mois.
Sourd à ces avertissements, le gouvernement a mis en oeuvre les engagements de Nicolas Sarkozy durant sa campagne et la philosophie répressive qui les inspire : à ses yeux, la sanction est le premier instrument de la prévention. Comme le répète à l'envi la garde des sceaux, Rachida Dati, "nous devons apporter une réponse ferme" à cette France en quête "de sécurité et de tranquillité".
Ce qui devait arriver arrive donc. Jusqu'à présent, le juge était chargé d'adapter la peine à la gravité des faits ; aujourd'hui, l'infraction suffit à définir la peine. C'est un camouflet pour les magistrats, ainsi soupçonnés de laxisme alors même que les peines n'ont cessé de s'alourdir depuis quinze ans. Mais cela revient surtout à nier les principes du droit français, mais aussi européen : l'individualisation de la peine, la prise en compte du parcours du délinquant, l'équilibre entre les circonstances de l'infraction et la personnalité de l'individu ; le tout à l'appréciation du magistrat chargé, naturellement, de punir la faute, mais aussi d'offrir une chance de réinsertion. C'est ce travail d'orfèvre qui est brutalement remis en question.
Les conséquences sont prévisibles : à l'instar de ce qui s'est passé aux Etats-Unis, la population carcérale va augmenter, voire exploser, alors même qu'avec 60 000 détenus les prisons françaises affichent déjà un taux de suroccupation de 120 %. Or chacun sait que la prison est tout sauf un antidote à la récidive, en particulier pour les petits délinquants.
Vouloir rassurer l'opinion est une chose. Mais à quel prix et pour quel résultat ? Une justice automatique est une justice aveugle. Et une justice aveugle conduit, inévitablement, au déni de justice.






