vous trouverez ici la contribution que nous déposons au Parti socialiste le 2 juillet. Elle est le résultat d’un long travail
collectif, d’une large participation de militants, de chercheurs et de femmes et d’hommes politiques.
Vous pouvez y apporter votre signature en cliquant sur le lien prévu à cet effet. Soyons nombreux à porter le changement avec nous.
»
C'est la règle du boomerang : plus on le lance loin et fort, plus il revient vite et violemment. Nicolas Sarkozy en fait
aujourd'hui l'expérience à ses dépens. Elu brillamment en mai 2007, persuadé de ne devoir son succès qu'à son seul talent, convaincu de bénéficier dans l'opinion d'un crédit inoxydable, le
président de la République a mené la charge pendant six mois. Bousculant les institutions, se portant en toute occasion en première ligne, engageant des réformes sur tous les fronts, imposant son
agenda à un rythme effréné, il ne s'est guère soucié des dégâts qu'il provoquait sur son passage.
Le retour du boomerang est d'autant plus brutal, comme en témoigne sa dégringolade dans les
sondages au cours des dernières semaines : en cinq mois, depuis septembre 2007, sa cote de confiance a chuté de 23 points (selon la Sofres). Comme si tout ce qui était porté à son crédit jusqu'à
l'automne s'était brusquement retourné en son contraire.
Le premier ministre relégué au rang de "collaborateur" ? Et voilà François Fillon qui apparaît, dans la tourmente, comme un pôle de sérieux
et de stabilité. La majorité invitée à suivre son chef comme un seul homme ? La voilà qui renâcle, s'impatiente et conseille à l'"hyperprésident" de revenir à des règles plus classique de
"gouvernance partagée", selon le mot de Jean-Pierre Raffarin. L'inépuisable énergie prêtée au président ? La voilà désormais perçue comme la cause d'une action brouillonne et
confuse.
Quant aux Français, hier stupéfiés ou séduits, les voilà qui grognent et doutent, oubliant ce qui a été fait (le nouveau traité européen ratifié, les
régimes spéciaux de retraite alignés, la réforme de l'université engagée, une présidence active et assumée...) pour mieux pointer ce qui ne l'a pas été : le "choc de confiance" propice à la
croissance réduit à néant par la récession économique qui menace, et le "président du pouvoir d'achat" contraint à de cruels aveux : "Les caisses sont vides" et, en quelque
sorte : "Circulez, il n'y à rien à attendre." Sans parler des romances présidentielles, de nature à choquer profondément un électorat de droite bourgeois, provincial et âgé. Sans
mentionner, non plus, un discours sur les religions de nature à heurter le socle républicain et laïque du pays.
La difficulté n'est pas mince pour Nicolas Sarkozy. Ayant poussé à l'extrême ce qui avait fait son succès (l'audace, l'énergie, la magie du verbe),
tout mouvement dans l'autre sens risque fort, au moins dans un premier temps, d'apparaître comme une reculade ou un renoncement. Et de brouiller un peu plus son image. Pour reprendre la main, le
président de la République va devoir mieux hiérarchiser et expliquer son action et ses contraintes. A ce stade, cela ressemble à un contre-emploi.
PARIS (AFP) — Le psychodrame électoral de Neuilly-sur-Seine est "une péripétie qui ne doit pas
occulter le reste", a déclaré la socialiste Ségolène Royal mardi sur RMC et BFM-TV en déplorant une "espèce de feuilleton permanent et désolant".
Dans une interview au Parisien publiée le même jour, l'ex-candidate à la présidentielle estime que Nicolas Sarkozy est "en pleine dérive
monarchique en désignant qui est son successeur ou qui ne l'est pas, à quel moment on l'installe et à quel moment on le retire".
"Cette péripétie ridicule offre un spectacle affligeant de la morale politique", ajoute-t-elle à propos de la situation à
Neuilly-sur-Seine où le porte-parole de l'Elysée David Martinon, parachuté par Nicolas Sarkozy, a été évincé par le propre fils du chef de l'Etat, Jean Sarkozy.
Quant à la baisse du président de la République dans les sondages, Mme Royal a estimé sur RMC et BFM-TV qu'elle était due au fait que "les
résultats ne sont pas là par rapport à la masse de promesses qui ont été faites". Elle évoque également l'étalage de sa vie privée dans la presse. "Etre chef de l'Etat, c'est
ne plus être un homme ou une femme comme les autres, c'est représenter un Etat, une nation, un pays. Donc on attend de la tenue, de la distance, une certaine allure".
Interrogée sur le fait de savoir si Nicolas Sarkozy porte atteinte à la fonction de président de la République, elle a répondu : "Je le
crois. Je ne suis pas la seule à le penser, tout le monde le dit, tout le monde le pense et comme il y en a encore pour quatre ans, j'espère pour le pays qu'il va se ressaisir".
Beaucoup d'adhérents et de comités Désirs d'Avenir ont participés à la démarche de réflexion que je vous ai proposée en décembre 2007 autour du thème "La Ville pour tous" afin que nous soyons
apporteurs d'idées aux candidats de gauche lors des élections municipales et cantonales de mars 2008.
Cette réflexion a concerné plus précisément 3 thèmes: le rôle de l'élu pour lutter contre la vie chère, le droit au développement durable pour tous au niveau local et enfin la démocratie
participative comme élément clé d'une politique locale.
Nous avons conclus ensemble nos réflexions lors de l'assemblée nationale participative du 26 janvier dernier: veuillez trouver ci joint le
fruit de nos travaux sur deux des thèmes. Ces documents seront remis très prochainement à Bruno Le Roux, secrétaire national du Parti Socialiste aux élections ainsi qu'à tous les candidats de
gauche qui le souhaitent.
Cordialement,
Jean-Pierre
Mignard
Yvon GRAÏC
Président de Désirs d'Avenir Désirs d'Avenir 76
Ségolène Royal en campagne apporte son soutien (ndlr quand elle est invitée, et en Seine-Maritime ??)aux candidats socialistes et aux équipes de
gauche pour les municipales et les cantonales. Et rencontre également des salariés qui se battent pour leur entreprise, leur famille, leur pouvoir d’achat.
Retour sur les premières étapes d’un tour de France qui continue jeudi 14 à Villeurbanne et Vaulx-en-Velin (Rhône) et samedi 16 dans les Deux-Sèvres. En
attendant bien d’autres déplacements…
11 février, Cognac et Angoulême (Charente) – En visite dans le quartier populaire de Crouin, Ségolène est venue soutenir Michel Gourinchas et son équipe, candidats aux
municipales de la deuxième ville de Charente. Et souligner par là-même que le plan Borloo ignore totalement le quartier, la ville. Incurie des actuels édile locaux et signe des temps : les
images chatoyantes, celle en l’occurrence d’un des plus prestigieux spiritueux français, ne doivent pas amener à négliger les vraies difficultés des plus modestes.
Puis, à Angoulême, dédicace de Ma plus belle histoire, c’est vous. Un moment chaleureux et convivial « en contact direct avec les habitants, c’est indispensable», avant d’aller prendre un
verre au café du coin avec Philippe Lavaud et son équipe, partis à la reconquête de la capitale charentaise. L’action politique passe avant tout par l’écoute et aussi par la
convivialité.
1er février, La Rochelle (Charente-Maritime) – La journée commence par un petit-déjeuner avec les candidats au Conseil Général : mobilisation pour un changement de majorité
à portée de main. En ce jour de grève exceptionnelle dans la grande distribution, Ségolène Royal rencontre ensuite une délégation d’employés de Carrefour. Pour dénoncer « la pression
intolérable sur vos salaires et vos conditions de travail, d’autant plus insoutenable que la grande distribution n’est pas soumise à la concurrence internationale contrairement à d’autres
secteurs ».
30 janvier, Argenteuil (Val d’Oise) – Les hôpitaux manquent cruellement de moyens, la qualité des soins est en jeu : pour la santé publique et ceux qui la font vivre au
quotidien, Ségolène Royal rencontre une délégation de l’établissement hospitalier de la troisième ville d’Ile-de-France. Une visite à Argenteuil pour apporter également un soutien amical et
engagé à Philippe Doucet et son équipe partis à la conquête de la mairie, « unis et rassemblés » depuis Lutte Ouvrière jusqu’au PS en passant par le PCF et les Verts.
25 janvier, Chartres (Eure-et-Loir) – Une semaine avant les grèves dans la grande distribution, Ségolène Royal en arrivant dans le chef-lieu d’Eure-et-Loir se rend dans une
grande surface. Rencontre et échanges avec des clients pour évoquer les problèmes de pouvoir d’achat. Puis avec des représentants du personnel de l’hypermarché, ravis de pouvoir faire
entendre directement leurs inquiétudes et leurs revendications.
Le soir, soutien à Françoise Vallet, candidate à la législative partielle sur la 1ère circonscription d’Eure-et-Loir. La semaine suivante, Françoise sera élue avec 55,26 % des suffrages… Un
score qu’on l’espère voir renouveler pour devenir la nouvelle première édile de Chartres.
24 janvier, Tours (Indre-et-Loire) – A son arrivée dans l’élégante cité des bords de Loire, Ségolène Royal rencontre une délégation de salariés du centre d’appel
Téléperformance. En grève depuis 10 jours, ils se battent pour des salaires décents (pour 35h, le salaire d’un opérateur est d’à peine 900€ !). Les assurant de son soutien, elle dénonce
l’attitude de la Direction peu de temps après sur France 3 en Région et au National. Quelques minutes plus tard, après dix jours de silence, la direction des Ressources Humaines de
l’entreprise appelle les délégués syndicaux pour ouvrir des négociations… qui ont abouti depuis.
Autour d’une galette républicaine et devant plus de 1000 personnes, invitée par Jean-Patrick Gille député et 1er secrétaire fédéral du PS 37, Ségolène apporte son soutien à Jean Germain,
candidat à sa succession à la mairie de Tours pour continuer et amplifier le magnifique travail réalisé. Soutien appuyé également aux candidats socialistes et de gauche aux cantonales. Des
encouragements porteurs d’espoir : le Département peut basculer, la majorité actuelle ne tenant qu’à un siège !
15 janvier, Ribeauvillé, Colmar et Strasbourg (Haut-Rhin et Bas-Rhin) – A Ribeauvillé, chaleureusement guidée notamment par Fabien Becker, Ségolène Royal rencontre les
salariés de Sony en lutte contre un plan social prévoyant la suppression de 200 des 500 emplois du site. A leur demande, pour les soutenir, elle adresse une lettre aux Directions « France »
et « Europe » de la multinationale. Sans réponse à ce jour, le courrier fera l’objet d’une relance pour soutenir les salariés jusqu’au bout.
A Colmar, rencontre avec Paul Layer, tête d’une liste « très ouverte », selon les mots mêmes du candidat socialiste à la mairie de la deuxième ville du Haut-Rhin, mais « clairement,
naturellement, sereinement et tranquillement ancrée à gauche ». Dans le Bas-Rhin, à Strasbourg, Ségolène apporte un soutien chaleureux et décisif à Roland Ries, donné au coude à coude avec
l’équipe municipale sortante « pour une alternance urgente, un vrai changement. »
12 janvier, Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor)– Première sortie municipale, une journée de soutien amical à Danièle Bousquet. Partie à la reconquête d’une ville dirigée par la
droite depuis 2001, la candidate à la première magistrature veut sortir, avec les Briochins, la ville de la « petite torpeur » dans laquelle l’a laissée s’enfoncer le maire actuel. Le
soutien de Ségolène comme un vent de changement.
Pardon de n'être pas élu. Pardon d'avoir été choisi par Jacques Attali comme l'un des 42 membres de sa
commission pour la libération de la croissance française. Pardon d'en être fier. Pardon d'aimer mon pays tout autant que vous l'aimez. Pardon d'avoir travaillé, cinq mois durant, avec des
personnalités aussi diverses qu'exceptionnelles.
Pardon d'avoir écouté avec passion le point de vue de deux Italiens, d'une Espagnole, d'une Allemande,
d'un Anglais, d'un Autrichien, également membres de la commission et tous attachés à la France. Pardon d'avoir auditionné 450 personnes. Pardon d'avoir contribué au diagnostic commun : notre pays
va mal, plus mal encore qu'on ne croit. Mais il dispose d'atouts considérables, à rendre jaloux tous ses concurrents.
Pardon d'avoir prêté attention aux expériences réussies de nos voisins. Pardon d'avoir, avec mes camarades, cherché des solutions pour réveiller
l'énergie de notre pays. Pardon d'avoir cru en trouver. Pardon d'en avoir, avec le secours du directeur du budget, évalué le coût.
Pardon de connaître le rôle de chacune des institutions de la République : je ne prends pas une commission, fût-elle la nôtre, pour l'une d'entre
elles.
Pardon de comprendre votre souci de l'intérêt général. Pardon de moins comprendre votre passion du statu quo, votre attachement à un système qui a
montré son inefficience sauf pour fabriquer de l'inégalité. Une à une, les corporations se présentent au palais pour supplier que rien ne change. A chacune, on répond de se tranquilliser : rien
ne changera. Une à une, les corporations repartent du Palais, ravies. Pardon de ne point partager leur bonne humeur : tout privilège est une rente. Toute rente est une taxe et mauvaise pour
l'emploi.
Un scrutin s'approche. Pauvres élections municipales ! La droite va les perdre : elle aura eu beau renier ses engagements de réforme. La gauche va y
triompher sans avoir réglé une seule de ses contradictions.
Plus tard, dans dix ans, dans vingt ans, lorsque nos enfants, endettés jusqu'à la gorge, nous demanderont : "Comment avez-vous fait pour tant
gâcher les atouts de notre pays ? De votre temps, paraît-il, nous étions la quatrième ou la cinquième puissance du monde, avec de la solidarité, de la santé pour tous, des moyens de financer la
recherche... Comment avez-vous fait pour tant ruiner ?"
Alors nous, les anciens, aurons la mine qui convient à la fierté modeste : les yeux mi-clos. Nous caresserons lentement, l'une sur l'autre, nos mains
tavelées et répondrons, désolés : "Comment nous avons fait ? En 2008, nous n'avons rien changé."
Vous semblez vous tenir très informé de l’actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président
?
Victor Hugo : Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il
a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan. Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît,
dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien
gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit
chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.
Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu’on est en droit de l’attendre d’un
élu à la magistrature suprême ?
Victor Hugo : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce
sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et
qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et
l’aventurier… On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent…Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand
peuple, d’être un puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France n’y voit plus clair. Voilà un succès.
Que penser de cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Cette volonté de mener le pays comme on mène une grande
entreprise ?
Victor Hugo : Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si
facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions
de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait
antichambre, on boit toute honte…une foule de dévouements intrépides assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme… C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le
pauvre prince d’industrie. Et la liberté de la presse dans tout çà ?
Victor Hugo (pouffant de rire): Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre,
honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?
_______________________________________
*Toutes les réponses de Victor Hugo proviennent de son ouvrage « Napoléon le Petit »,
le pamphlet républicain contre Napoléon III. Texte transmis par JM CAUDRON
POLITIQUE - Ségolène Royal a été reçu en présidente de la République, jeudi après-midi, en banlieue lyonnaise. Venue soutenir des
candidats à Vaulx-en-Velin puis Villeurbanne, l'ancienne candidate à l'Elysée a dénoncé le "vide" du plan banlieue de Nicolas Sarkozy. Qu'elle a sommé de venir s'expliquer dans six mois
dans un "quartier populaire", pour rendre des comptes sur "les promesses qu'il a faite"...
L'ancienne candidate avait commencé son après-midi à Vaulx-en-Velin, aux côtés d'Hélène Geffroy, conseillère générale socialiste qui se
présente face au maire (apparenté communiste) sortant. La foule et les youyous étaient au rendez-vous. Beaucoup de liesse et de bousculade. "Laissez passer la présidente, laissez
passer la présidente", répète un responsable associatif local. Elle, souriante, serre les mains et répète : "Je suis avec vous, je ne vous abandonne pas."
Entourée d'un noyau compact de proches et de journalistes, elle a du mal à atteindre les habitants pour échanger quelques mots. Un attroupement
se forme au coeur du Mas du Taureau, quartier emblématique depuis que des émeutes, en 1990, ont relancé la politique de la Ville. "Nicolas Sarkozy, il a pas osé venir, lui", souligne
une dame un peu âgée. Le Président de la République était attendu le 22 janvier dernier avec Fadela Amara, pour la présentation de son plan Espoir banlieue. Mais il avait reporté, posant un
lapin à Vaulx-en-Velin.
Ségolène Royal est venue, la ferveur est au
rendez-vous, mais l'exercice a ses limites. Elle lance de loin aux habitants qui se tendent vers elle qu'elle veut leur apporter "de l'espérance". Mais ils s'égacent des journalistes
qui forment un mur entre eux et elle. Et un jeune homme juché sur une borne s'éloigne en grommelant : "La meuf, elle est là que pour les journalistes, en fait".
Pour l'étape suivante, dans le quartier des Buers, à Villeurbanne, l'ambiance n'est pas la même. Le maire socialiste sortant se fait sérieusement
chahuter par de jeunes habitants du quartier qui ont rejoint massivement le Modem, dont le candidat est venu distribuer ses propres tracts. Ils accusent le maire de ne s'être ouvert que
tardivement à la diversité, pour les élections. Une beurette habillée d'un long tee-shirt orange siglé "sexy centriste", rigole du chahut. Le maire s'énerve, glisse à son directeur
de campagne : "T'aurais pu gérer un peu mieux !"
La troupe rejoint alors un local abritant un point information jeunesse. Elle s'enferme à l'intérieur, pour discuter avec des travailleurs
sociaux à l'écart des cris. Dehors, la foule gronde un peu de ne pas avoir pu entrer. Elle suggère de "laisser entrer M6, c'est l'équipe de Laurence Ferrari". Une éducatrice très
émue lui dit que c'est la première fois qu'elle voit une présidente en vrai :"Ben oui, faut que je vous dise, pour moi vous êtes ma présidente. Quand vous avez perdu, j'ai failli faire
une dépression". Ségolène rigole, la remercie, et lui dit plusieurs fois que "l'important, c'est de garder l'espoir". Un jeune homme, Hannibal, lui répond : "L'espoir, ça
fait vivre, mais ça ne nourrit pas". Il est temps de filer vers la troisième étape.
Dans une brasserie près de la mairie de Villeurbanne, Ségolène Royal donne une courte conférence de presse, éreinte le "vide" du plan
banlieue de son ex-adversaire. "Mais la désillusion ne doit pas se transformer en désespoir, dit-elle. Car le désespoir se transforme en violence". Elle conseille aux
"territoires" de voter pour les équipes "de gauche" qui se trouvent "en première ligne" et qui pourront selon elle "combler les manques avec l'aide des conseils
généraux en renouvellement et des régions socialistes".
Elle accuse le Président de la République de ne pas tenir parole. "Il avait promis un plan Marshall pour la banlieue. Il est où, son plan
Marshall". Selon elle, les mesures annoncées ne bénéficient d'aucun moyens supplémentaires. "Je souhaiterais que Nicolas Sarkozy puisse venir rendre des comptes sur ses promesses,
dans six mois par exemple. Je lui demande de venir, comme moi, dans un quartier
populaire. C'est une question de respect, de considération."
Il est bientôt temps de repartir et elle doit encore dédicacer des livres. Elle prend le micro brièvement, pour s'adresser aux militants. Elle
leur répète, à eux aussi, qu'elle ne les "abandonne pas", qu'il doivent "garder espoir". Puis elle termine en tapant une dernière fois sur le Président, "le règle de
l'argent facile, de l'exhibitionnisme, du clinquant". Soit, conclut-elle, "tout le contraire de ce que l'on demande aux jeunes dans les quartiers".
Ol.B.
Selon des chiffres provisoires du
ministère de l'Emploi, communiqués vendredi 15 février, la durée hebdomadaire collective moyenne du travail est restée stable à 35,6 heures à la fin décembre 2007, alors que la loi favorisant les
heures supplémentaires est entrée en vigueur le 1er octobre.
Cette stabilité semble indiquer que les entreprises et les salariés ayant bénéficié de ce dispositif phare illustrant le "travailler plus pour gagner plus" du président Sarkozy ont surtout
bénéficié d'un effet d'aubaine, puisque la durée moyenne du travail n'a pas augmenté. Elle est la même depuis cinq ans.
Salaire : +2,6% sur l'année
Toujours selon le ministère, l''indice du salaire mensuel de base (SMB) a progressé de 0,3% au quatrième trimestre 2007 et de 2,6% sur l'année par rapport à 2006, soit un gain de pouvoir d'achat
limité à 0,1 point compte tenu de l'inflation.
En effet, les prix pour l'ensemble des ménages, et hors tabac, ont affiché une progression de 1,2% au cours du quatrième trimestre et de 2,5% sur l'année.
L'indice du salaire horaire de base des ouvriers (SHBO) a pour sa part progressé de 0,3% et de 2,8% sur l'année, selon le ministère. Il s'agit de l'une des composantes de la revalorisation annuelle
du Smic.
Par secteurs d'activité, le salaire mensuel de base a davantage progressé dans la construction (+0,4%) que dans l'industrie et les services (+0,3%) au dernier trimestre 2007.
Idem pour le salaire horaire de base des ouvriers, en hausse de +0,5% dans le BTP, contre +0,3% dans les deux autres secteurs.
Plus de 16 millions de salariés
Pour ce qui concerne le niveau de l'emploi salarié, le ministère de l'Emploi annonce une progression dans le secteur concurrentiel de 0,4% au quatrième trimestre 2007 (+60.000 postes) et de +1,9% par rapport à 2006 (+298.000). Il
y avait, selon des chiffres provisoires, plus de 16 millions de salariés fin décembre. Les résultats définitifs seront publiés le 21 mars.
Christine Lagarde, la ministre de l'Economie et de l'Emploi, s'est félicitée dans un communiqué "de la vigueur remarquable des créations d'emplois en 2007 (+298.000)", saluant "un rythme inédit
depuis l'an 2000" qui "conforte son analyse selon laquelle les fondamentaux de notre économie restent bien orientés".
Créations d'emplois
Sur l'ensemble de l'année, l'économie française a créé plus d'emplois qu'elle n'en a détruits et elle a dépassé sa performance de 2006 (+230.000), les économistes tablant sur un ralentissement en
2008.
Par secteurs d'activité, la construction se montre particulièrement dynamique, avec +1% de créations d'effectifs salariés au dernier trimestre 2007 (+14.800 postes) et +4,5% sur un an
(+64.300).
Sur l'année, ce sont surtout les services qui permettent de faire le plein d'emplois: le secteur tertiaire a ainsi enregistré +0,6% de créations nettes d'emplois salariés (+62.100 postes) au
dernier trimestre 2007 et +2,7% sur un an (+282.400).
La création d'emplois en intérim a atteint +0,4% sur le dernier trimestre (+2.500) et +5,8% (+36.200) sur l'année 2007.
Pour l'industrie à proprement parler, l'hémorragie d'emplois stables continue, avec une baisse de -0,5% au dernier trimestre (-16.900 postes) et -1,3% sur l'année (-48.900).
L’idée de Nicolas Sarkozy de «confier la mémoire» d’un enfant déporté à chaque élève de CM2 suscite les critiques de nombreux historiens,
enseignants et psychologues.
CATHERINE COROLLER et Véronique soulé
vendredi 15 février 2008
«Je savais que le Président ferait une proposition au sujet de l’enseignement de la Shoah, mais je n’en savais pas plus.» Comme tout le monde,
Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a été surpris, mercredi soir, par l’annonce du chef de l’Etat selon laquelle «à partir de la
rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se [verront] confier la mémoire de l’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah».«Je n’avais pas lu le discours du président
de la République», précise le responsable, ajoutant : «Cette demande ne vient pas de chez nous.»
Controverse. Nicolas Sarkozy s’est-il laissé aller, devant un public qu’il
savait particulièrement sensible à la question de la mémoire de la Shoah, à l’une de ces annonces spectaculaires dont il a le secret ? Son initiative en tout cas a provoqué une controverse toute
la journée d’hier, suscitant le débat entre historiens, psychologues et enseignants. «Un Premier ministre invité par le Crif peut se contenter de dire "je vous aime et je vais faire en sorte de
lutter contre l’antisémitisme". Un président de la République doit absolument annoncer quelque chose, note Joël Rochard, président du cercle de réflexion juif de gauche Bernard-Lazare. Juppé
avait annoncé la création de la commission Mattéoli [sur la spoliation des Juifs pendant la seconde guerre mondiale, ndlr], Jospin a annoncé ses résultats, Chirac a reconnu la responsabilité de
la France dans la déportation des Juifs. Qu’est-ce qui restait à Sarkozy ? Rien.»
Cet épisode rappelle évidemment un précédent: lorsque Sarkozy avait annoncé abruptement, en mai 2007, que sa «première décision» de président
serait de faire lire dans tous les lycées la lettre écrite par le jeune communiste Guy Môquet avant son exécution par les nazis en 1941. A l’époque,cette annonce avait pris tout le monde de
court, y compris Xavier Darcos, le ministre de l’Education. Ce dernier a-t-il été prévenu, voire consulté, cette fois-ci? Interrogé lors de sa conférence de presse de présentation du volet
éducatif du plan banlieue (lire page 18), il s’est montré très prudent. Y allant d’un souvenir personnel: «Mon père m’avait emmené voir Nuit et
brouillard[documentaire d’Alain Resnais sur les camps] alors que j’avais 13 ans. J’avais eu beaucoup de mal, j’avais dû prendre du recul, c’était trop tôt.» D’où la question qu’il dit s’être
posée : «Que faire pour les 10-12 ans ?» Réponse: «Créer une relation identitaire entre un enfant d’aujourd’hui et un enfant du même âge qui, lui, a été enlevé puis gazé.»«L’idée est venue
lorsque j’ai vu cette carte postale représentant les enfants d’Yzieu en septembre 1943, a ajouté Darcos. Un an après, ils ont été gazés. On [sous-entendu, Sarkozy et lui] en est venus à
cette idée».Les élèves feront «une petite enquête sur la famille, le milieu, les circonstances dans lesquelles l’enfant a disparu, rechercher s’il a des parents, des grands-parents». «Cette
relation personnelle, affective pourra ensuite permettre de construire un travail pédagogique».
Flou. A l’inverse de la lecture de la lettre de Guy Môquet, ce «parrainage» ne
serait pas obligatoire : «Peut-être que cela ne se passera pas dans tous les CM2», a déclaré le ministre. Sur la mise en œuvre de la mesure, Darcos a d’abord été très flou : «Peut-être que l’on
pourrait en charger quelqu’un comme la présidente de la maison d’Izieu […], avec un ou deux inspecteurs.» Dans l’après-midi, le ministre a un peu précisé le tir. Il a officiellement chargé Hélène
Waysbord-Loing, présidente de l’Association de la maison d’Izieu, inspectrice générale honoraire de l’Education nationale, d’une «mission en vue d’élaborer les documents pédagogiques valorisant ce
travail confié aux enseignants du primaire».
Par Jean-Yves
Camus (Chercheur en science politique) 14/02/2008
En France, le culte juif est représenté par le Consistoire Central. Cette vénérable institution allant commémorer cette année son bicentenaire, on
peut penser que Nicolas Sarkozy en a entendu parler. Pourtant, en prononçant hier soir son discours devant les invités du dîner annuel du Crif
(Conseil représentatif des institutions juives de France), le président de la République a choisi, et cela ne peut être fortuit, de parler de religion à des laïcs, renforçant par là même la
confusion qui existe entre religion juive et judéité.
Alors que les deux centres d’intérêt traditionnels du Crif sont le soutien à Israël et la lutte contre l’antisémitisme, les passages de l’allocution
présidentielle consacrés à ces questions ont été relégués au second plan par la première partie du texte qui, après les discours de Latran et de Riyad, aurait pu s’intituler: "Défense et
illustration de la foi et des religions".
Car Nicolas Sarkozy persiste et signe: pour lui, les deux grands fléaux du XXe siècle, qu’ont été le nazisme et le communisme, ne sont pas nés "d’un excès de Dieu, mais de sa redoutable absence".
On a échappé (pour l’instant) à la mise en cause de la philosophie des Lumières, mais de peu. Se faisant ensuite exégète à la fois de la Bible, de la
Torah et du Coran, le président de la République a indiqué que dans ces textes il
"n’y a pas une ligne(…) restituée dans son contexte et dans la plénitude de sa signification, qui puisse s’accommoder des massacres commis en
Europe au cours du XXe siècle au nom du totalitarisme et d’un monde sans Dieu".
Au passage, on remarquera que la phrase est curieuse, puisqu’elle prend soin de réfuter l’idée selon laquelle il aurait pu y avoir dans la Torah de
quoi justifier la Shoah (?) ou le communisme, et qu’elle passe par pertes et profits la responsabilité de l’antijudaïsme chrétien dans la solution finale.
Une remise en cause de la laïcité dans sa conception actuelle
Quoi qu’il s’en défende, c’est ensuite à une véritable remise en cause de la laïcité dans sa conception actuelle que s’est livré le président de la
République. Il déclare:
"Nos enfants ont le droit de rencontrer, à un moment de leur formation intellectuelle et humaine, des religieux engagés qui les ouvrent à la
question spirituelle et à la dimension de Dieu",
Il élude ainsi l’essentiel: si cela se fait, se sera dans quel cadre, sous l’autorité et l’enseignement de qui et avec quel contenu? Et si ce n’est
pas dans la famille, où cela pourra-t-il se faire, sinon à l’école?
Pas le bon endroit pour parler de l'islam
Nicolas Sarkozy, ensuite, a choisi le cadre peu approprié du Crif pour parler de l’islam de France. Expliquant qu’on avait trop longtemps refusé
"d’examiner les conséquences pratiques de la présence musulmane en France" (ce en quoi il a raison), il a ajouté qu’on avait ainsi:
"Laissé se développer les attitudes les plus contraires à la laïcité, comme les pratiques vestimentaires ostentatoires et les revendications
identitaires".
A supposer que là soit la cause principale de la montée de l’islamisme en France, et non pas aussi la complaisance à l’égard des régimes autoritaires
arabes, la relégation des jeunes des quartiers sensibles et l’échec des politiques d’intégration, ce n’est pas devant une communauté qui se définit comme telle, et qui réclame à juste titre le
droit d’afficher ses propres pratiques, qu’il fallait tenir ce discours.
Pourquoi n'honorer que les enfants "français" victimes de la Shoah?
Nicolas Sarkozy a ensuite parlé d’Israël, de l’antisémitisme et de la Shoah. Ami revendiqué de l’Etat hébreu, il croit un accord israélo-palestinien
possible en 2008. Partisan d’une action résolue contre l’antisémitisme, il a toutefois eu un propos stupéfiant, en indiquant qu’à son avis, les colloques et recherches sur les différentes
variantes idéologiques de l’antisémitisme "aboutissent parfois à le banaliser".
Les intellectuels, juifs ou non, qui ont passé les années 2000 à faire un travail sérieux et à contre-courant, pour décrire les nouvelles formes du
préjugé anti-juif, apprécieront…
Enfin, et toujours sur le registre émotionnel, le président de la République a annoncé que:
"chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 (se verront) confier la mémoire d’un des 11000 enfants
français victimes de la Shoah."
Problème: comme l’indique parfaitement le "Mémorial des enfants juifs déportés de France", de Serge et Beate Klarsfeld, les enfants en question,
11400 précisément, ont bien été déportés "de France", mais ils n’étaient pas tous français.
Des personnalités se réclamant de "sensibilités très diverses", dont l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, Ségolène Royal (PS) et
François Bayrou (MoDem) signent "un appel du 14 février pour une vigilance républicaine" publié dans Marianne.
Affirmant avoir "en commun un certain nombre de convictions et de valeurs", ils entendent notamment réaffirmer "leur attachement au
principe républicain" et "leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective".
Ils rappellent également "leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante", "à l'indépendance de la presse et au
pluralisme de l'information" et enfin "à une politique étrangère digne, attachée à la défense des droits des peuples, soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire
une Europe propre à relever les défis du XXIe siècle".
Sans mentionner le nom de Nicolas Sarkozy, cet appel reprend nombre de critiques formulées contre le style de gouvernement
ou les grands thèmes défendus par le chef de l'Etat.
Parmi les signataires, figurent des personnalités de presque tout l'échiquier politique comme le maire PS de Paris Bertrand Delanoë,
l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement (MRC), les députés Arnaud Montebourg (PS), Noël Mamère (Verts), André Gérin (PCF), Nicolas Dupont-Aignan (souverainiste), ou Maurice Leroy
(Nouveau centre).
Reconnaissant avoir "sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes", les signataires, en tête
desquels figure l'ancien chef de cabinet du général de Gaulle, Pierre Lefranc, s'engagent "à défendre séparément ou ensemble ces impératifs comme toujours ce fut fait au cours de
l'histoire de la République".